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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 98

Décembre 2017

Sommaire

  • — Le temple de Chidambaram
  • — L’épopée de Sivaji
  • — Les trésors cachés de la littérature tamoule
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Numéro 98 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Décembre 2017.

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nghd;. FkhH (Gjpa Nfhlhq;fp> 2017)

La Loi

Le comble de la loi C’est qu’elle peut se retourner
Contre son propre créateur.

Destinée au peuple La Loi de fait ne le protège pas.

La Loi n’a point de conscience ; Elle nécessite des témoins,
Mais les faux-témoignages Lui suffisent.

Derrière les discours Des hommes de la Cour La Loi perdure
Toujours obscure.

Les politiciens Et les dirigeants s’en sortent Grâce aux failles présentes Dans la Loi.

Et la politique Ne laisse jamais la Loi Remplir son devoir
Correctement.

Les autorités ne planifient pas
Leurs décisions à long terme Et préfèrent édicter de temps à autre Des lois d’urgence.

Elle n’est pas la même pour tous, La Loi, Favorable à quelques-uns, Et défavorable à la multitude Elle est ainsi.

Pon.Kumar (Pudiya KôDangui, 2017)
Trad.Ponny Gobalakichenin

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ISSN 1273-1048 No.98 Décembre 2017


Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor) Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS GJr;NrhpaH fiy kd;w kly;

Rédaction: M.Gobalakichenane 

22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France

Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 98 Page 1

Aujourd’hui, dans les régimes dictatoriaux comme dans certaines des démocraties, on voit les Constitutions souvent modifiées, renouvelées et validées par des référendums contestables, afin de maintenir au pouvoir certains dirigeants.

On constate que ces derniers, au cours de leur législature, au lieu de chercher à mieux appliquer les lois déjà existantes, les rendent de plus en plus complexes, sous couvert de réformes, avec un résultat final qui ne va pas dans le sens de plus d’égalité et de justice sociale. Ainsi, le poème ci-dessous peut s’appliquer à tout pays.

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 98 Page 2 Une immense perte pour le monde de la musique carnatique

La musique carnatique du Sud de l’Inde commence à être connue en Occident et en France. L’un des plus grands artistes chanteurs fut Balamurali Krishna, disparu en 2016. Nous publions ci-dessous un article évoquant sa vie et ses dons mémorables dû à l’un de ses disciples et admirateurs, Ragunath Manet, Franco- pondichérien de naissance et de réputation internationale maintenant, pour ses talents multiples.

« A travers cet article, j’aimerais tout simplement partager avec vous, mes chers lecteurs, les moments d’amour et de partage que j’ai vécus avec Dr. Balamurali Krishna.

Dr. Balamurali Krishna, la plus grande voix de l’Inde, s’est éteint le 22 novembre 2016. Il est reparti vers le mystère de l’origine.

Dr. Balamurali Krishna est né le 6 octobre 1930 à Sankaraguptam une ville de l’Etat d’Andhra Pradesh. Il est LE chanteur éminent indien de la musique carnatique et également un grand compositeur. Il est réputé pour sa voix grave, et sa faculté de pouvoir chanter aisément sur trois octaves.

Très vite il s’est perfectionné au violon, au kanjira, à la veena ainsi qu’au miroudangam (tambour à deux peaux). Il est également poète et acteur.

En Inde, le cinéma a toujours rendu célèbres les musiciens traditionnels : les chants les plus remarqués de Dr. Balamurali sont : “Oru nâl pôdumâ”, “Cinna Kannan azaikirân”… etc.

En France, depuis la période orientaliste, les chorégraphes, fascinés par les thèmes hindous, grâce aux danses des bayadères de Pondichéry, créent des ballets : Filippo Taglioni (Le Dieu et la Bayadère), Jean Coralli (La Peri), Jules Perrot (La Rose de Lahore) plus tard le fameux ballet « La Bayadère » à l’Opéra de Paris.

Mais le public français ne connaît pas encore bien la musique carnatique. Les musiciens indiens sont très mal connus en France; d’ailleurs la plus grande chanteuse indienne M.S.Subbulakshmi et même le Dr. Balamurali Krishna, la plus grande voix de l’Inde, n’ont jamais été programmés par les institutions françaises.

Pourquoi ces génies, comme l’Inde sait en produire, restent-ils totalement méconnus par le grand public français. A qui la faute ?

L’art indien et les artistes indiens ont pourtant influencé la création contemporaine occidentale et les artistes français, mais il n’y a pas eu de réciprocité. La France, haut lieu de la création artistique en Occident, n’a pas su inviter ces grands maîtres pour les faire connaître, dans les lieux consacrés à la musique classique comme le Théâtre de la Ville, le Théâtre du Châtelet, l’Opéra de Paris ou tout simplement dans un Conservatoire parisien…

Parfois, on a vu dans les programmations de certains théâtres, les élèves de ces maîtres, mais les Maîtres eux-mêmes n’ont pas été programmés. A qui est la faute ? Les organisateurs de tournées et programmateurs français avouent ne pas être de grands spécialistes du sujet: la musique classique indienne est toujours classée dans les musiques du monde, alors qu’il s’agit d’une des musiques les plus savantes de l’ humanité, extrêmement complexe et sophistiquée.

Enfant, ma mère me réveillait toujours au son de la musique indienne commençant par “vatapi ganapathim” chantée par Dr. Balamurali Krishna.

J’étais et je suis toujours surpris de voir les grands chanteurs de l’Inde se faire tous accompagner par le violon, qui n’est pourtant pas un instrument indien.

Un jour, l’occasion s’est présentée à moi de rencontrer ce grand Maître, le Dr.Balamurali Krishna. Je savais qu’il était un grand chanteur et j’ai eu l’audace de lui dire que je jouais de la veena et que ma

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 98 Page 3 professeur Rajeswari Padmanabhan m’avait interdit de jouer pour accompagner qui que soit car c’est un instrument nommé “râja vâdiyam”, qui doit être joué en solo.

Mais, étant tombé amoureux de la voix du Dr Balamurali Krishna, je lui ai fait part de mon souhait de l’accompagner. Aussitôt, il me propose de faire un enregistrement ensemble. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que lui-même ainsi que son père Pattabiramayya et sa mère Suryakantamma, jouaient tous de la veena.

Dr. Balamurali Krishna a fixé un jour selon le calendrier tamoul et m’a donné rendez-vous à 8 h du martin à Chennai. Je me suis rendu à Chennai depuis Pondichéry, en roulant 4 heures et en ayant à peine dormi, pour l’enregistrement du disque.

Après un puja, un vrai mirage, une énergie débordante, l’apparition des lumières, le CD était prêt en 3 heures : Dr. Balamurali Krishna chante mon chant d’enfance “vatapi” au son de ma veena, puis il prend son alto et accompagne ma veena (cf. disque “Karnatic” chez Mk2 Music).

Mon producteur Didier Bellocq, a retroussé ses manches et convaincu Monsieur Nathanael Karmitz de MK2 music de sortir le CD en France. A ma demande, il a accepté également de produire en France no- tre concert avec Dr. Balamurlali Krishna qui n’avait pas été présenté de- puis quarante ans !

Dr. Balamurali Krishna a accepté de venir en France à la condition que je lui promette de l’amener jouer dans un Casino. Il m’a dit : « Quand j’étais enfant, on me faisait jouer des concerts à la radio dès l’âge 5 ans mais maintenant j’aimerais m’amuser aux jeux d’un Casino ! "

Arrivé en France, je me suis rendu compte que je n’avais jamais mis les pieds dans un tel lieu. Après quelques coups de fil pour organiser cette sortie, je lui ai fait porter mon costume cravate (c’est une obliga- tion pour y entrer) et nous voilà après un inoubliable concert spirituel à Paris, autour des machines à sous.
Autant dire que l’atmosphère du Casino contrastait après celle d’un concert spirituel !

Dr. Balamurali, tout ému a commencé à nous livrer toute sa vie, à Didier Bellocq et moi-même. Tout en mettant des jetons dans les machines à sous, il nous a dit : “je n’ai jamais eu d’enfance comme les autres, ni amusements, ni jeux ! je chante depuis que j’ai 5 ans…” Il nous a raconté ses premiers concerts, son ma- riage, ses rencontres, ses amours, en illustrant son récit avec des blagues …il a déroulé pour nous une grande partie de sa vie … Quel honneur et quel bonheur pour nous de voir sur son visage grave briller la joie et les lumières de l’enfance.

Le Musée des Arts Asiatiques de Nice nous a soutenu et a organisé un grand concert mémorable.
Radio-France nous a reçu en direct dans les jardins de l’Hotêl d’Albret à Paris et Didier Bellocq a organisé deux concerts au Théâtre de la Cité des Arts à Paris qui ont été des moments inoubliables pour nous tous. En 2003, Didier Bellocq a écrit au Ministère de la Culture et Dr. Balamurali Krishna a reçu du Gouverne- ment français les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Cette reconnaissance de sa car- rière par la France a été une grande joie pour lui.

Quand je pense que j’ai eu le privilège d’écouter la vie de ce grand homme et de partager la scène avec lui ! je me demande « Pourquoi moi ? » Aujourd’hui, toute l’Inde, tous les musiciens et danseurs s’in- clinent devant son image.

Même si Dr. Balamurali Krishna nous a quitté physiquement, il nous laisse tout un éventail de réper- toires de musique carnatique : ses propres compositions (plus de 400), et de nouveaux râgâs, sans oublier Madame Saraswathi Sundareshan avec laquelle ils ont fondé l’Academy of Performing Arts”, MBK Trust, ainsi qu’une une école de danse et de musique “Vipanchee” à Chennai.

Quant à moi, modestement, je continue à jouer “Vatapi” à tous mes concerts, pour honorer son sou- venir … » Ragunath MANET (décembre 2017)

La Carte de Pondichéry de 1705 par Nicolas de Fer

Les Franco-pondichériens et ceux qui s’intéressent à l’ancien Comptoir français Pondichéry con- naissent la carte publiée par Nicolas de Fer en 1705, quelque 30 ans après l’arrivée des Français sur cette partie de la côte de Coromandel (Nrho kz;lyk;). Un examen minutieux de ce plan nous permet de noter plusieurs intitulés intéressants (1):

  • ‘Océan ou Mer des Indes’ et non pas Océan Indien, nom qui s’imposera au 19ème siècle ;
  • ‘Golfe du Gange’ au lieu Golfe du Bengale ; remarquons que les cartes anciennes mentionnent aussi les Indes intra-gangétiques à l’Ouest et les Indes extra-gangétiques à l’Est ;
  • ‘Rivière de Pondichéry’ bras de la Rivière de Gingy coulant près de la ville, ce qui a conduit probablement G. Jouveau-Dubreuil à émettre l’hypothèse que les vaisseaux français auraient pu accoster en cet endroit à la fin du 17ème siècle. (Jean Deloche a publié un excellent article sur le déplacement de la sor- tie de cette rivière). Plus tard, la Rivière d’Ariyancoupom située plus au Sud reçut les eaux du bras pré- cédent qui ne devait pas tarder à devenir un marais salant (d’où le nom d’Ouppalom encore en usage pour ce quartier de la banlieue sud devenu maintenant quartier résidentiel). Actuellement, même cette Rivière d’Ariyancoupom n’est plus alimentée, car les eaux de la Rivière de Gingy partent encore plus au Sud de cette localité, dans le bras dit Chounambâr ;
  • ‘La Porte de Madras’ est alors à l’extrémité Nord de l’actuelle rue des Missions (alias rue de la Cathédrale) et l’on voit aussi un chemin de Vald[a]our partant de cette Porte. Ainsi, l’ancienne route de Madras longeait la côte, à l’Est de l’actuelle rue principale de Muthalpet continuant par la rue principale de l’actuelle Kottakuppam (quelques vestiges de cette ancienne route sont encore visibles, avec une stèle du même type que celle érigée en l’honneur de l’officier anglais tué en 1778, près du centre hospitalier JIPMER);
  • La ‘Porte de Goudelour’ située à l’emplacement actuel du pont de la rue Surcouf qui mène en fourche aux deux rues Laporte et Montorsier orientées Est-Ouest ;
  • Seule la ‘Porte de Vald[a]our’ à l’Ouest reste inchangée depuis le début ;
  • Le ‘Village des Sapateres’ (Cordonniers), à l’ouest de la ville, au niveau de la rue des Tisserands (rue Aurobindo maintenant) qui était également connue dans les années 1950 sous le nom de ‘sakkilit theru’ (rf;fpypj; njU), c’est-à-dire rue des Cordonniers ;
  • Le ‘Grand jardin de la Compagnie’, à l’emplacement de l’Hôpital au 18ème siècle où sera érigée plus tard l’Eglise de Sacré-Coeur ; du côté Nord de ce jardin se trouve le croisement actuel des rues Yanam Vengassalapoullé et de la rue Bârady. Au milieu du 20ème siècle, on y trouvait encore une association dite de ‘Vîra véLy’. Par ailleurs, la mémoire de quelques anciens y situe aussi un terrain dit ‘véLy’. Rappelons qu’une carte de 1755 désigne cet endroit sous le nom de ‘rue de Mirabaly’. Jusqu’à maintenant, on a rap- proché le ‘Mirabaly’ au site musulman de la rue de Baslieu, en l’associant au nom Mirapally (sic), mais sans certitude (car pas de preuve de mosquée de Mîra en cet endroit) ;
  • La ‘Fontaine du Père Tachard’ : en cet endroit, il existait encore en 1950 un étang et une rangée de maisons dédiées aux brahmanes (‘Ejou pappân Satram’, Sattram de Sept Brahmanes) ;
  • Le ‘Jardin des Missionnaires’ au Sud duquel le courtier Tirouvengadapillai, père d’Anandaran- gapillai, construira sa maison devenue illustre sous ce dernier, et qui cèdera la place au Grand Marché (ngupa fil> nommé maintenant Goubert Market) ;
  • La ‘Maison des Jésuites’ à l’actuel emplacement de l’Archévêché ;
  • La ‘Blancherie’ à l’emplacement du Collège Calvé, déplacée plus tard à Muthialpet ;
  • L’‘Eglise des Malbares’ c’est-à-dire des Tamouls, dits aussi alors Malabars, convertis au catholi- cisme (2) qui deviendra l’Eglise Notre-Dame des Anges ;
  • La ‘Pagode de Charom fortiffiée d’un mur et gardée par des Pions’ reste au même endroit.

(1) Erreurs possibles que le lecteur est prié de signaler (on a une bonne lisibilité de la carte en l’agrandissant à l’écran). (2) On trouve aussi dans la légende le mot ‘Gentils’ (gens du pays) désignant les Tamouls non convertis. M.Gobalakichenane Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 98 Page 4 Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur :
http: //www.puduchery.org
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