Lettre du CCP n° 97
Sommaire
- — La question de Bâradiyâr
- — Le Nabab Dupleix et le dupleixisme
- — Les Franco-pondichériens en France et dans le monde
Numéro 97 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Septembre 2017.
ey;yNjhH tPiz nra;Nj – mij eyq;nflg; GOjpapy; vwptJz;Nlh? nrhy;yb> rptrf;jp! – vidr; RlHkpFk; mwpTld; gilj;Jtpl;lha;> ty;yik jhuhNah> ,e;j khepyk; gaDw tho;tjw;Nf? nrhy;yb> rptrf;jp! – epyr; Riknad tho;e;jplg; GupFitNah? tpirAW ge;jpidg; Nghy; - cs;sk; Ntz;ba gbnrYk; cly;Nfl;Nld;> eiraW kdq;Nfl;Nld; - epj;jk; etnkdr; RlH jUk; capHNfl;Nld;> jirapidj; jPRbDk; - rpt rf;jpiag; ghLk;ey; mfq;Nfl;Nld;> mirtW kjpNfl;Nld;> ,it mUs;tjpy; cdf;nfJe; jilAlsNjh?
ghujpahH (1882-1921) Une Vîna de grande qualité
A quoi bon avoir fabriqué une vîna de grande qualité, Si c’est pour ensuite la jeter dans la poussière? Dis-moi, Siva-sakti – Pourquoi m’avoir Doté d’une vive intelligence, Si c’est pour ne pas m’accorder la force nécessaire A œuvrer pleinement au bien de l’Humanité ? Dis-moi, Siva-sakti - Voudrais-tu me faire vivre Comme un poids sans utilité sur cette terre ? Telle une balle animée d’un moteur, j’ai demandé Un corps qui épousât la volonté de mon esprit. J’ai souhaité un cœur capable de compatir Ainsi qu’une âme qui illumine chaque jour. Et même si le feu venait à brûler ma peau, j’ai
demandé
La faveur de chanter toujours Siva-sakti.
J’ai souhaité un jugement qui ne faiblisse pas,
Verrais-Tu une objection à m’accorder tout ceci ?
Bâradiyâr (1882-1921), trad. par Câvéry Ostyn
nfhw;wtd; jd;dpYk;
fw;wtd; kpf;Nfhd;
ISSN 1273-1048 No.97 Septembre 2017
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor) Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS GJr;NrhpaH fiy kd;w kly;
Rédaction: M.Gobalakichenane
22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France
Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 97 Page 1 La question de Bâradyâr
En cette période où les gens souffrent beaucoup dans le monde et où d’autres souhaitent leur venir en aide, nous aimerions partager un poème très célèbre du poète Souprananiya Bâradyâr – voir aussi les LCCP nos.10, 29, 32, 42, 69, 73, 82 - (*). Ce poète militant réfugié à Pondichéry de 1908 à 1918 vivotait dans la misère, avec sa femme et ses deux filles, ce qui nous vaut cette sup- plique.
Bien conscient de ses capacités innées inexploi- tées et brûlant de les mettre au service d’autrui, il sup- plie la Muse Sivasakti de l’aider en ce sens.
Hormis le fort accent
mélancolique dû à sa
c o n d i t i o n
m a t é r i e l l e
misérable, cette demande
ferait probablement penser au
célèbre poème d’Alfred
de Vigny ‘Moïse’ dans lequel le
patriarche
demande
à
Jéhovah pourquoi Il l’a fait
‘puissant et solitaire’ ?
(*) Ce poème, mis en musique et chanté de façon très émouvante par Ilayarâja, peut être écouté sur Internet à
l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=9guE2xSdgdE
L’illustration ci-dessus provident
du film ‘Bharathi’ (nom en anglais)
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 97 Page 2 Le Nabab Dupleix et le dupleixisme
L’histoire mondiale ne doit pas oublier que l’Empire des Indes britanniques (d’où la richesse du Royaume-Uni au 19ème siècle) doit son existence à l’idée de Dupleix incomprise et non soutenue à la Cour de Versailles, mais combien fidèlement reprise par les Britanniques.
Nous publions quelques extraits de la publication de G.Jouveau-Dubreuil (1885-1945)(1) parue en 1942, (en commémoration de l’arrivée de Dupleix à Pondichéry comme Gouverneur général) analysant l’Etat de l’Inde de l’époque.
‘Dupleix était fier d’être le premier Fétor qui ait été nommé Nabab; il était fier d’en avoir eu l’idée, les conséquences du nababisme étant d’immense importance : 1° l’Européen est intégré dans la société mogole; 2° l’Européen peut user d’une nouvelle arme: l’intrigue; 3° l’Européen peut faire victorieusement la guerre contre les puissances militaires de l’Inde.
Depuis Vasco de Gama, l’Européen était un ‘hors-caste’.
Généralement lorsque l’Européen avait voulu s’intégrer dans la société indienne, il avait eu le tort de commencer par le bas. St Français Xavier avait fraternisé avec les pêcheurs; et si le Père de Nobili avait voulu s’identifier au brame (entendre ‘brahmane’ à l’époque), c’est parce qu’il pensait que l’Européen devait prendre la société indienne par le haut et non par le bas.
- Dans la partie hindoue de la société indienne, c’était impossible : l’Européen, mangeur de
- bœuf, ne pouvait s’élever dans l’échelle sociale. Au contraire, la partie mahométane était plus
- libérale. Le Christ était considéré comme un Prophète, aussi le chrétien était il considéré comme
- schismatique et non point comme païen. La société musulmane de l’Inde avait des idées très larges
- les princes de Golconde et de Bijapour buvaient beaucoup de vin; les princes persans buvaient plus que les autres, et ceci mérite d’être noté puisque nous verrons par la suite Nasir Jang être désigné par l’épithète ‘l’ivrogne’.
Les princes mogols avaient ceci de commun avec les Européens que, dans l’Inde, ils restaient des étrangers; aucun Mogol ne pouvait parler sans interprète, et comme les princes Mogols ignoraient même l’Hindoustani et ne savaient que le Persan, il était difficile de leur trouver des interprètes. Lorsque Dupleix se servait de M.Delarche comme interprète, il se trouvait donc dans le cas ordinaire d’un prince Mogol qui, pour parler, avait toujours un interprète. Ne pas savoir la langue du pays était même considéré comme un signe de noblesse. Lorsque notre Nabab Zafar Jang (Dupleix) causait avec le Nabab Muzafar Jang par l’interprète Sikander (Delarche), les vulgaires Indiens ne pouvaient pas savoir ce que se disaient ces grands de l’Empire.
Tout le monde savait que Dupleix était authentiquement Nabab, qu’il était prince Mogol tenant son titre du Grand Mogol lui-même. On le voyait s’avançant précédé de son drapeau Mogol, accompagné de la musique militaire mogole , la ‘nouba’ et au milieu des soldats indigènes qui, dans la nababie mogole de Dupleix portent un nom hindoustani, les ‘cipayes’.
Le fait même d’être étranger le rapprochait davantage des Mogols,. Dupleix n’était pas Raja, il était plus qu’un Khan, il était un Jang. Il était le Nabab Zafar Jang. Il avait un nom spécifiquement persan qui faisait de lui un Mogol. Or, les Mogols formaient dans l’Inde une oligarchie et Dupleix était entré dans cette classe impériale. Grâce à Dupleix, les Européens en s’intégrant dans la société indienne en qualité de Princes ont conquis l’Inde dans le sillage des Mogols.
(1) Voir sa biographie et le rappel de ses recherches dans les LCCP nos. 39 et 46.
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 97 Page 3 Le métier du Prince Mogol, c’était la guerre perpétuelle. Avant les Mogols, les Princes étaient originaires de l’Inde et ils étaient débonnaires; ils ne régnaient pas par la force des armes. F.Martin nous dit que Shir Khan « était assez aimé » et « était un seigneur populaire qui adminis- trait la justice avec beaucoup de légalité »; mais les Mogols qui étaient des étrangers ne pouvaient pas administrer; ils pouvaient seulement s’imposer par la force des armes Godeheu a fort bien énoncé les lois du droit internababique, disons plutôt les lois de la jungle: « Dans cet empire, les plus puissants doivent toujours être en garde contre leurs vassaux; il n’y a de vassal que celui qui ne peut pas être le maître; on n’est soumis que par la faiblesse; il est glorieux d’être indépendant. Une pareille insubordination occasionne des guerres continuelles. Un vassal se flatte souvent d’ê- tre assez fort pour secouer le joug; il le tente et, tandis que son maître s’occupe à le réduire, un au- tre se soulève; il naît toujours d’une guerre une autre guerre. L’amour de l’indépendance n’est pas la seule source des troubles qui dévorent cette partie de l’Asie; l’ambition en cause d’aussi fré- quents. Il règne dans l’Inde une anarchie outrée; la voie de la Souveraineté est ouverte à tous; un Prince perd son droit du moment qu’il devient faible; la force rend toutes les prétentions légiti- mes ».
Puisque les Nababs n’administraient que par la force des armes, qu’ils se battaient sans cesse entre eux, que chacun voulait l’emporter sur les autres, être Nabab c’était faire la guerre.
Mais c’est au moment de la mort des princes et surtout du Grand Mogol que l’anarchie permettait toutes les audaces. Un demi- siècle avant Dupleix, en 1692, François Martin écrivait : « il s’épandit dans le même temps le bruit de la mort du Mogol; on la crut véritable; on eut la pensée, sur cette nouvelle, que le ministre Asset Khan et son fils chercheraient à tirer les avantages des désordres qui arriveraient indubitablement… »
A la mort du Mogol, anarchie et guerres entre les prétendants
devaient se produire indubitablement; mais pour en profiter, pour «
tirer son avantage des désordres » il fallait être Nabab. A la mort du Grand Mogol, le Nabab Du-
pleix aurait le droit de faire comme les autres Nababs. En 1747 Dupleix attendait donc avec impa-
tience la mort du Nizam et celle du Grand Mogol pour « tirer ses avantages ».
Dupleix n’agira pas comme « auxiliaire » en intervenant dans les querelles des Princes, mais interviendra pour soi-même parce qu’il est Prince. Il sera « partie principale », Dupleix dira aux Anglais (lettre à Saunders) : «Nos troupes n’étaient point sur le pied d’auxiliaires; elles agis- saient ‘comme principale partie’». Les Anglais diront : «Dupleix, afin de pouvoir plus facilement réaliser son dessein prétend qu’il agit comme ‘partie principale’ ». Ainsi, les Princes indiens, amis de Dupleix, ne seront que ses alliés contre d’autres Princes ses ennemis.
La méthode de Dupleix consiste à combattre les autres Nababs ses collègues sans toucher aux lois; Dupleix ne combat ni la population ni les institutions; simplement à la place d’un prince Mogol de race mogole, il met un prince Mogol de race européenne. Lorsque le Nabab Dupleix combat le Nabab d’Arcate, la population y voit une mésentente normale entre les Nababs; les In- diens n’y voient aucune pénétration étrangère.
Ainsi tout est légal dans la conquête dupleixienne; et c’est légalement que l’Européen en se substituant au Mogol va tourner à son profit les conquêtes de Baber, d’Akbar et d’Aurengzeb.
Le Nababisme permet légalement à l’Européen de supplanter le Mogol, et en outre il lui en donne les moyens, car le Nababisme conduit à l’intrigue et l’intrigue, appliquée à l’art militaire, conduit à la conquête.
Extraits de ’Dupleix ou l’Inde conquise’, par G.Jouveau-Dubreuil, 1942 (pp.111-115)
Les Franco-pondichériens en France et dans le monde: Une Diaspora Tamoule méconnue
Malgré la présence française de 280 ans à Pondichéry et Karikal, les Tamouls, en raison même de leur discrétion, restaient presqu’inconnus jusqu’en 1980. C’est après l’arrivée des réfu- giés de Sri Lanka vers 1985 qu’on entendit parler des Tamouls en France. De très nombreuses publications et des thèses universitaires ont été consacrées depuis à la diaspora tamoule originaire de Sri Lanka et au ‘Little Jaffna’ à Paris. Cependant la diaspora spécifiquement ‘pondichérienne’ - ou plutôt ‘franco-pondichérienne’ pour désigner la population d’avant le transfert de facto (1) des anciens Comptoirs français - reste encore peu étudiée.
Des cinq anciens Comptoirs français de l’Inde (2), Pondichéry et Karikal qui constituaient, en superficie et population, plus de 90% de ces Comptoirs, sont situés dans l’aire de langue et cul- ture tamoules.
Nous avons eu l’occasion d’évoquer l’arrivée des tisserands tamouls en France (1784-1787, cf.Lccp, no.59) et celle des Tamouls aux Antilles françaises (cf. Lccp, no.42). Il est à noter qu’au Royaume-Uni une thèse récente a été consacrée aux ‘Pondichériens’ en Indochine.
Comme certains chercheurs déclarent que ‘Pondichéry’ reste un paradoxe de l’histoire mondiale, on ne peut qu’appeler de nos voeux une étude globale plus complète de cette diaspora singulière.
Alors, on connaîtrait mieux l’arrivée en France des premiers ‘Pondichériens’ à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, leurs études supérieures de Droit et de Médecine après le Bac- calauréat, les professions exercées dans les anciennes colonies françaises et leurs conditions de vie.
Cette étude aborderait les vagues migratoires de plus en plus importantes après la Seconde Guerre Mondiale : conséquences de la guerre d’Indochine, politique d’entente franco-indienne sans référendum sur les Comptoirs, transfert de facto à l’Union Indienne. Elle évoquerait les premières difficultés d’insertion, selon le statut personnel (renonçants et non-renonçants), la culture et la religion, pour terminer sur le constat d’une intégration finale réussie, tout en conservant un peu, en apparence, la culture ancestrale tamoule.
Mais, avec l’oubli de la langue, l’inexistence d’école appropriée enseignant le tamoul, fenêtre d’ouverture sur une très riche littérature de plus de vingt siècles et sur la culture tamoule, l’avenir apparaît pourtant sombre. D’où l’importance et la nécessité de l’enseignement du tamoul comme langue minoritaire prônée par la Charte européenne : ceci est possible et souhaitable à la Réunion, en Guadeloupe et en Martinique en tant que départements français, et par extension à Maurice dans le monde francophone.
Enfin, une Remarque sous forme de question ouverte : on parle souvent de diaspora chinoise et de disaspora ‘indienne’ (ou plutôt des diasporas de plusieurs langues/cultures) qui ont fait l’objet de très nombreux colloques dans le monde. On peut aussi y ajouter les diasporas basque, irlandaise, corse, bretonne, Bangladeshi ou vietnamienne … Mais, pourquoi ne parle-t-on pas de diaspora française ou de diaspora britannique ?
(1) le 1er novembre 1954 (cf.aussi LCCP no.23) (2) Chandernagor qui a voté par reférendum sa fusion avec l’Union indienne en 1950, ne figure plus dans
l’actuel ‘Etat de Pondichéry’.
M.Gobalakichenane
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 97
Page 4
Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur :
http: //www.puduchery.org
Toute reproduction doit être accompagnée de la citation de la source
Source :
images.wikia.com