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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 96

Juin 2017

Sommaire

  • — L’éveil de l’esprit tamoul
  • — Le poète mystique Tiruvalluvar
  • — Les échanges culturels entre la France et Pondichéry
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Numéro 96 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Juin 2017.

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,uhr. Ntq;fNlrd; (1987) Le savoir et l’ignorance

Ce jour-là, un conflit dans mon cœur

Entre le savoir et l’ignorance.

Le savoir rayonnant pleinement,

Les ténèbres de l’ignorance se dissipèrent. Le savoir: C’est moi le souverain du monde

Le maître omniscient !

Toi qui rôdes avec prétention,

Je t’écraserai, maudite ignorance ! L’ignorance: Doucement, Savoir ! Mon orgueil

Ne peut qu’être semblable au tien !

Les humains qui tiennent à la vertu,

Ne sais-tu pas qu’ils se perdent ? Le savoir: Le malheur éclaire la vie.

L’échec sert de leçon.

Le bonheur vient toujours à la fin.

Tu ne veux pas savoir cela. L’ignorance: Où qu’il soit, le bonheur,

Tu me verras là aussi.

Je ne connais pas de revers,

Je suis terriblement intrépide. Le savoir: A force de mensonges et de tricheries,

Tu détruis la beauté du monde

Ô ténèbres ! Arbre vénéneux !

Si tu disparais le monde sera meilleur. L’ignorance : Sans mensonge ni tricherie,

La belle vie est-elle possible ?

Seuls les voleurs et les fraudeurs

Prospèrent. Ne le vois-tu pas ? Le savoir : Avec l’eau destiné au riz

L’ivraie pousse aussi.

Mais on arrache l’ivraie.

Apprends-le et va-t-en ! L’ignorance : Comme Bouddha, Jésus et Gandhi,

Tu peux avoir une naissance glorieuse.

Mais pour te tourmenter sans cesse,

Je vivrai éternellement, tu verras ! Le savoir : Je suis la lumière, donc le moyen

De te détruire, toi obscurité !

Je suis la connaissance, donc le moyen

De te chasser pour jamais !

La vertu, c’est Dieu !

Je le ferai savoir au monde.

Les gens vraiment hardis,

Je les rendrai heureux, va-t-en ! R.Vengadessin (1987) Trad.L.Gasca

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ISSN 1273-1048 No.96 Juin 2017


Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor) Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS GJr;NrhpaH fiy kd;w kly;

Rédaction: M.Gobalakichenane 

22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France

Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 96 Page 1 Nous publions ci-dessous un poème composé par un Pondichérien, professeur de tamoul au Lycée français de Pondi- chéry (également flûtiste éminent) et traduit par un autre Pondichérien, professeur de français à l’Alliance française.

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 96 Page 2 Discours de M.B.Lembezat (*) Administrateur de Karikal à la distribution des prix faite aux élèves de l’Ecole le 19 mai 1951

Il se trouve que l’année 1951 marque pour le Service de l’Enseignement à Karikal un anniversaire - que le hasard d’une lecture m’a fait découvrir. Il y a cent ans exactement que fut fondée ici la première école officielle de garçons. La solennité d’aujourd’hui revêt donc un double caractère que j’ai plaisir à souligner : nous célébrons à la fois la fin d’une année scolaire et le triomphe des bons élèves et le centenaire de l’Enseignement à Karikal …

Cette année, des professeurs sont venus du chef–lieu (1) pour présider une session du Brevet élémentaire et du Certificat d’études et un succès très encourageant a couronné les efforts des élèves qui s’y présentaient. – Sur 48 enfants de Karikal qui se sont présentés au Brevet 9 ont été reçus, dont 6 de l’Ecole centrale; 81 sur 103 au Certificat d’Etudes primaires du français, 62 sur 93 au Certificat d’Etudes de tamoul, proportions fort encourageantes….Nous pouvons en attribuer le mérite au moins pour une grande part à l’actif Délégué du Chef du Service de l’Enseignement et je suis assuré d’être votre interprète en lui décernant ici, avant la lecture du palmarès de ses élèves, un prix de zèle et d’amour de son métier…

Où serons-nous dans 25 ans ? On m’aurait bien étonné si l’on m’avait annoncé quand j’étais enfant, qu’un jour, je serais sur l’estrade et que [cela] m’adviendrait bien loin au-delà des mers, sur une vieille terre française dont je ne savais guère alors que le nom, parée des prestiges de l’histoire de l’exotisme et de l’inconnu, que je dise ici du moins que je suis heureux de cette rencontre et du hasard qui m’a mené dans l’Inde en cette année de 1951…

Que seront les années qui viennent ? Que seront devenus dans 25 ans les enfants qui sont ici ? On peut se poser la question dans le monde troublé qui est le nôtre et dans la situation présente des Etablissements français. Poser la question n’est pas la résoudre …

Je serais enclin à conseiller tout bonnement aux meilleurs élèves : ‘Continuez, faites aussi bien l’an prochain’ et aux moins bons ‘Ne vous découragez pas, persévérez, vous ferez mieux une autre fois’ et à tous ‘Profitez de vos vacances pleinement joyeusement, et revenez dans deux mois pleins d’une vigueur nouvelle’.

Il faut un conseil plus original. Je dirai donc à tous : « Vous êtes fils de l’Inde française. Vous avez amorcé des études françaises. Gardez la fierté de votre petite patrie et de la France, poursuivez vos études, approfondissez-les, vous vous en trouverez bien, quelque soit le destin ».

Qu’on le veuille ou non, l’Inde française est en effet française depuis deux cents ans et plus et son histoire est entièrement mêlée à celle de la France d’Outre-mer toute entière. Après avoir fait cette histoire, en étroite et cordiale collaboration avec les fils de l’Inde elle-même, ce sont des Français qui l’ont écrite, Français de France ou Français des Indes ; qui prétendrait connaître l’histoire de Karikal et de Pondichéry sans avoir lu les ouvrages définitifs de Martineau, de Gaudart et plus récemment des livres charmants de Madame Gaebelé. Qui pourrait dire aimer l’histoire de son pays et accepter de se voir incapable de lire les Archives de Pondichéry parce qu’[elles sont en français] ?

(1) Pondichéry

(*) Trouvant rarement des articles sur Karikal, nous sommes heureux de publier aujourd’hui des extraits de cette allocution qui situe bien le cadre de l’époque (imprimé dû à l’amabilité du regretté Professeur Amalor Arago).

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 96 Page 3 Loin de moi la pensée de tenir pour sans intérêt les travaux publiés en d’autres langues, mais qui pourrait contester qu’il n’est point de véritable archéologie de l’Inde du Sud sans les travaux de Jouveau-Dubreuil, qui contesterait la valeur des indianistes vivants, qu’ils s’appellent Grousset, Masson-Oursel, Meile ou Lévy ? N’est-ce pas Romain Rolland qui a révélé au monde occidental Ramakrishna et Vivékananda ? L’abbé Dubois n’avait-il pas écrit, il y a 125 ans, un ouvrage qui fait encore autorité sur les mœurs et coutumes de peuples de l’Inde ? Et n’est-ce pas enfin un de plus grands écrivains français de ce siècle André Gide qui assurait à Rabindranath Tagore, par sa traduction du ‘Gitanjali’ l’audience de l’Occident ?

Le paradoxe de tout à l’heure n’était donc pas si hasardeux. Pour bien connaître l’Inde, faites des études françaises.

Est-ce au détriment du tamoul, votre langue maternelle ? Non, certes, il n’y a là aucune in- compatibilité, demandez-le à ce fils de Karikal qui consacre ses loisirs à la traduction française des poètes tamouls d’autrefois (2). De même qu’en France l’étude du grec ou du latin ne gêne pas - bien au contraire -, l’étude du français doit vous aider à parler le tamoul par le goût de la précision, de la clarté, de l’harmonie qui est inséparable de notre langue.

Mais, diront quelques uns, nous sommes bien obligés de penser aux réalités de la vie quoti- dienne; le français dans le monde moderne, c’est un peu comme certains articles de Paris, objets de luxe, enviables certes, précieux, mais inaccessibles pour certains. Le français ne joue plus dans le monde le rôle d’autrefois et c’est l’anglais qu’il faut parler si l’on veut sortir de chez soi. Sans doute, l’anglais a-t-il pris une importance considérable, sans doute avec l’anglais, peut-on ‘se dé- brouiller’ dans l’Inde qui était naguère anglaise. Car ailleurs, le français est encore parlé beaucoup plus que certains ne le pensent. Le français reste en tout cas la langue des élites et la langue inter- nationale de ceux qui veulent penser clair et dire clairement ce qu’ils pensent…Cueillons pour ap- puyer cette affirmation quelques citations dans un article consacré à l’assemblée des Nations Unies, dans la Revue Hommes et Monde du 15 janvier dernier. Voici d’abord [le président de la Vème assemblée Monseigneur Entezan, ambassadeur d’Iran…, les Grecs M.Jean Politis (sic), So- phocle Venzelos (sic)…les délégués belges, M. Costa de Reis, l’ambassadeur actuel à Paris, M.Martienzo (sic), M.Arne Sunde, ambassadeur de Norvège, les Canadiens, l’ambassadeur de Chili, les Egyptiens, la délégation haïtienne, les délégués des Pays-Bas, les Turcs, l’ambassadeur du Pérou, le délégué de Suède etc.] N’avons-nous pas vu passer ici même, à Karikal, des personna- lités internationales - j’ai nommé les observateurs neutres qui étaient ici il y a un mois qui par- laient si bien le français —le Suisse et les Danois—que le Président [de l’Assemblée] répondant à une question que je lui posais déclara penser en français et non pas seulement parler…

Aurait-il même moins d’importance qu’il n’en a sur le plan pratique et si je puis dire maté- riel, qu’il resterait ce merveilleux, cet indispensable instrument de culture et de civilisation que les pays et les siècles ont reconnu. Bien sûr, des enfants qui m’écoutent en ce moment certains n’at- teindront pas jusque là, ils s’arrêteront en route, ils oublieront- jamais tout à fait pourtant - il leur restera quelque chose. ‘La culture’, pour reprendre un mot célèbre, ‘c’est ce qui reste quand on a tout oublié’. Eh bien, la culture c’est par le français qu’on l’atteint vraiment…’ Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement’ encore une citation que nos jeunes Karikalais doivent connaître… et pour concevoir clairement, [rien de mieux qu’une] tête bien formée à la française, cartésienne, puisque c’est le grand mot, cette tête bien faite chère à Montaigne.

Extraits, Discours de M.B.Lembezat, Karikal, 1951

(2) Léon Saint-Jean alias Kâravélane que le conférencier a dû connaître durant son séjour à Karikal, ce qui lui a permis de publier une monographie sur Karaikal Ammaïyâr, patronne de cette ville.

Par voie de violence, du sacrifice ou des élections ?

Dans l’histoire du monde nous connaissons beaucoup de massacres ethniques (en Amérique du Nord et du Sud, sans oublier l’Amérique centrale, en Australie, etc.). De même, nous pouvons citer plusieurs révolutions commencées dans un but de progrès social et terminées dans des bains de sang : la Révolution française de 1789, la Révolution russe d’octobre 1917, les Révolutions en Chine, au Cuba, au Chili, etc.

Sans mettre tout sur le même pied, nous pouvons dire que la Longue Marche de Mao, la Ré- sistance française pendant l’occupation allemande durant la Seconde Guerre Mondiale, le mouve- ment du FLN en Algérie, avant et après le référendum organisé par de Gaulle, la victoire de Fidel Castro ont causé de nombreuses pertes humaines en leur époque.

Les mouvements séparatistes de Timor-Est, du Katanga, du Sud- Soudan, des Tamouls de Sri Lanka, des Etats du Caucase et l’Est de l’Union Indienne sont à signaler pour leur manifestation de souhait d’indé- pendance.

Des méthodes différentes ont été utilisées pour ces causes. L’immo- lation par le feu d’un moine au Sud Vietnam en 1963, de l’étudiant tchè- que Jan Palach en 1968, de l’étudiant tunisien (qui était devenu vendeur ambulant par nécessité économique) en décembre 2011 restent des cas très particuliers dans cette liste. Les événements en ex-Yougoslavie, Tunisie, Irak, Egypte, Libye, Syrie, etc. font encore allonger la liste.

Ainsi, l’Histoire mondiale montre que rien n’est permanent politiquement et que tout est ap- pelé à changer, selon les époques et selon les forces en place, les intérêts politiques et financiers des pays les plus puissants.

Mais, est-ce le sacrifice ou la violence qui gagne au final ? Voici la réponse du juriste tamoul S.Krishnassamy : ‘On ne peut dire en un mot que la violence ne gagne pas. Dans ce monde, c’est par des moyens violents que plusieurs royaumes sont nés et sont devenus des empires’.

En effet, est-ce par des moyens non-violents qu’est né l’Empire moghol en Asie ? Est-ce par des moyens non-violents qu’Aurengzeb est arrivé au pouvoir et a étendu son empire dans le Dec- can ? Est-ce par la non-violence que les Britanniques ont occupé le sous-continent indien ?

Netaji Subash Chandra Bose qui voulait chasser les Britanniques a utilisé des moyens vio- lents. Pour parvenir à son but, il avait pactisé avec Hitler et Mussolini, ennemis des Britanniques, et constitué une armée dite Armée Nationale Indienne (INA, en anglais) pour combattre à leurs cô- tés. Certes, son action a échoué, mais peut-on dire qu’il a eu tort de s’allier aux ennemis des Britan- niques ? L’histoire retiendra que son effort n’a pas été couronné de succès. C’est devenu une er- reure parce qu’il a perdu. S’il avait gagné, on l’aurait probablement adulé.

Historiquement, la violence peut aussi bien se nommer révolution ou extrémisme. Il est natu- rel que ceux qui restent collés au pouvoir appellent extrémistes ceux qui essaient de les renverser. Les extrémistes peuvent aussi parfois se soumettre aux lois électives. Ainsi au Népal, les Maoistes connus pour leurs actions violentes ont pu parvenir au pouvoir légitime par des élections, en 2008.

Mais, ceux d’une seule et même communauté culturelle (langue et culture injustement ba- fouées) demandant leur liberté peuvent-ils réussir à l’obtenir uniquement par la voie légale de l’élection ? Ce qui s’est passé au Sri Lanka et ailleurs permet malheureusement d’en douter. M.Gobalakichenane Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 96 Page 4 Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur :
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Immolation d’un moine, Saigon 1963 (capture d’écran)