Lettre du CCP n° 85
Sommaire
- — Crues de Paris en 1910
- — Subramania Barathiyâr et la France de 1910
- — Visite de quatre aviateurs à Mahé
Numéro 85 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Septembre 2014.
ghup]; nts;sf; fhl;rp ghup]; nts;sf; fhl;rp ghup]; nts;sf; fhl;rp ghup]; nts;sf; fhl;rp mNef tPLfs; ,be;J fw;fSk; kuq;fSk; ,q;Fkq;Fkhf ,iwf;fg;gl;L ePH tbe;j clNd fhzg;gLk; fhl;rp. ,Nj khjpup ghup]py; mNef ,lq;fspy; fhzg;gLfpwJ.
Et dans ‘Vijaya’ du 25 Février 1910, il donne, sous le même titre, les détails suivants :
ghup]pYs;s ngupa njUf;fsp nyhd;whd & Nj yPNahd;(1) vd;Dk; njUtpy; jz;zPH epiwe;jpUf;fpwJ(2). mq;fpq;Fk; uapy; ];Nl\Df;Fg; Ngha; ntspåH nry;yNtz;ba gpuahzpfs; rpW glF %ykha; ];Nl\Df;Fg; NghfpwhHfs;. fl;blq;fspd; fPo;Gw nky;yhk; jz;zPH epiwe;Jtpl;lJ. ntspNa Nghf ,;lkpy;yhj [dq;fs; khbapNyNa trpf;fpwhHfs;. (1) ‘rue de Lyon’, le nom est translittéré correctement en tamoul. (2) Remarquons que la tour de l’horloge de la Gare de Lyon est bien rendue dans l’illustration et facilement reconnaissable. Mais les bâtiments bordant la rue de Lyon sont plutôt de type ‘oriental’, ce qui montre à la fois la volonté de fidélité de Bharathiyâr et la difficulté rencontrée par lui pour redessiner localement.
Crues de Paris en 1910
Dans la ‘Revue française de généalogie’, no.187 d’avril-mai 2010, - que nous remercions - on trouve un article sur les ‘Crues de 1910 à Paris’ reproduisant les extraits de deux lettres d’une habitante(3) datées de fin janvier et début février 1910. En voici les extraits :
« …Quelle semaine ! Et voilà un Paris que vous n’aurez pas connu, puisqu’il y a plus d’un siècle que pareille chose ne s’était vue. Et encore cette inondation dépasse-t-elle celle de 1802…Javel, Grenelle sont sous l’eau. Tout là-bas, Auteuil est dans la désolation. Les habitants ont été forcés d’abandonner leurs maisons, et ont reflué sur l’intérieur de Paris. Depuis hier, le parapet du quai de Passy est sous l’eau. Voilà plusieurs jours que la gare d’Orsay, les rues de Lille, de Poitiers, de l’Université sont inondées par parties.
(3) Louise Gaudibert écrivant à son fils Eugène alors en Chine (lettre retrouvée par l’arrière petit-fils Erik) .
fis gpLq;fhg; gapH; fis gpLq;fhg; gapH; fis gpLq;fhg; gapH; fis gpLq;fhg; gapH;
fhw;gapH fhw;gapH fhw;gapH fhw;gapH
Subramania Barathiyâr et la France de 1910 (*)
Subramaniya Bârathiyâr (11 décembre 1882 - 11 septembre 1921) se réfugie en 1908 à Pondichéry. Malgré les grandes difficultés rencontrées (la France en ‘Entente cordiale’ avec la Grande-Bretagne), il fonde l’hebdomadaire ‘Vijaya’ (Victoire) portant la devise de la République française ‘Liberté, Egalité, Fraternité’, pour propager, au milieu d’autres articles, ses idées nationalistes et anti-britanniques.
M.Gobalakichenane
(*) Année d’arrivée d’Aurobindo Ghosh le 4 avril et de V.V.S Ayer le 4 décembre, à Pondichéry. ISSN 1273-1048 No.85 Septembre 2014
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor) Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS GJr GJr GJr GJr;NrhpaH fiy kd;w ;NrhpaH fiy kd;w ;NrhpaH fiy kd;w ;NrhpaH fiy kd;w kly; kly; kly; kly;
Rédaction: M.Gobalakichenane
22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France
Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 85 Page 1
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 85 Page 2 Crues de Paris en 1910 (suite) ghup]py; nts;sk; (njhlHr;rp) ghup]py; nts;sk; (njhlHr;rp) ghup]py; nts;sk; (njhlHr;rp) ghup]py; nts;sk; (njhlHr;rp)
Ici, la chaussée crève, là les dalles de trottoir sont soulevées par l’eau qui ensuite s’échappe à flots. D’ici et delà des excavations se produisent sous les pas. Du reste les chiffres sont parlants, au pont Royal, la cote normale est de 2m 48. Celle de ce matin est de 9m10… Et on dit que nous allons manquer d’eau ! Amère dérision ! En tous cas, en banlieue elle manque déjà, ainsi que le gaz. Paris n’a presque plus d’électricité, sauf les grands hôtels, magasins, etc. qui s’arrangent pour la produire eux-mêmes.
Dans certains quartiers le pain a manqué, et les boulangers, inondés dans leurs sous-sols, vont cuire dans les fours de ceux que le fléau n’a pas encore atteint. Des commerçants peu consciencieux exagèrent l’élévation de prix des vivres. Je crois qu’ils ont tort, ils pourraient bien être mis au pillage. Après tout ce désastre, gare la cherté des vivres et les épidémies. Quant au désastre, oh oui ! Il est grand !! On ne sait plus où loger les « sans abris », on leur distribue de l’argent, on leur fait des soupes, que sais-je ?
A Grenelle, à Javel, la situation s’aggrave, l’eau gagne partout. Ce qu’on y voit de misère navrante est effroyable. Quatre cents malades dont bien entendu des mourants ont été enlevés aujourd’hui à l’hôpital Boucicaut pour être hospitalisés dans d’autres. Le faubourg Saint-Germain est maintenant recouvert d’une immense nappe d’eau qui, dans sa plus grande profondeur, atteint 1m50. Partout dans ce quartier : rue du Bac, de Lille, de Verneuil, de l’Université, on ne circule plus qu’en barques…(visite de Paris inondée)…des passerelles improvisées servent au ravitaillement des piétons guidés par des soldats. Ah ! les pauvres soldats, on en voit partout, à toutes les besognes. J’en ai vu en tenue de campagne, sales, boueux, venant de je ne sais où. Nous avons rencontré aussi une escouade de génie, pioches sur l’épaule, on ouvre des tranchées, on barre des rues pour endiguer, hélas ! sans grand résultat. Les sapeurs du Génie travaillent sans relâche à protéger la place de la Concorde. On endigue les sacs de ciment arrivant sans cesse et on en place sur les parapets des quais.
De Brest, de Dunkerque, du Havre sont arrivés des bateaux et des marins demandés pour les secours et le service de ravitaillement pour les habitants prisonniers en leurs maisons. La rue Royale a sa digue, on en construit rue de Rivoli, mais les effondrements se produisent un peu partout, et pour sauver le Palais du Louvre, on cimente les quais…La quiétude est maintenant revenue. Tout se réparera avec de l’argent, pas mal d’argent ; mais les malheureux sinistrés de la banlieue, sur certains points surtout, sont pour la plupart ruinés. On donne de partout, on donne beaucoup. Bien des particuliers prennent un ou deux enfants de ces pauvres gens, en attendant mieux, on hospitalise dans tous les abris possibles. Heureusement, l’argent arrive de partout. La Chambre va voter vingt millions. Des prêts seront faits en outre des premiers secours aux petits cultivateurs, commerçants, industriels et propriétaires complètement ruinés. L’Italie qui n’est pas riche a envoyé un million. L’Angleterre donne, et de partout, les souscriptions s’allongent. Il en est besoin. Ah ! Les pauvres gens, c’est à pleurer quand on y pense. Je vais acheter le numéro de l’Illustration (voir ci- contre) de cette semaine. Léon qui l’a vu dans un café me dit que les gravures sur l’inondation en sont très bonnes. Je vais te l’envoyer…
Ce n’était pas la première fois que Paris subissait de pareilles inondations. Les années 1658 (« record » à 8,80 m), 1711, 1740, 1764 avaient vu des montées des eaux très importantes. Après 7,25 m en 1802, les autres crues du XIXe siècle – 1836 – 1876 – avaient culminés à « seulement » 6,70 m. En 1910, la crue semble n’être due qu’à une continuité extraordinaire des pluies : à un été froid et pluvieux avait succédé un hiver chaud et pluvieux. C’est précisément ce qui s’est produit durant les sept mois qui se sont écoulés entre le 1er juin 1909 et le 31 janvier 1910, avec de très fortes précipitations durant les deux derniers mois. »
(Extrait de la Revue Française de Généalogie, avril-mai 2010, no.187)
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 85 Page 3
Visite de quatre aviateurs à Mahé ehd;F tpkhdpfspd; khNa Rw;Wyh ehd;F tpkhdpfspd; khNa Rw;Wyh ehd;F tpkhdpfspd; khNa Rw;Wyh ehd;F tpkhdpfspd; khNa Rw;Wyh
Les noms de Mahé et Yanaon indiqués sur les cartes avec la même taille que Pondichéry et Karikal sont trompeurs : ils avaient moins de 10 000 habitants sur un total d’environ 300 000 au moment du transfert de facto des Comptoirs français, le 1er novembre 1954. Cependant leur histoire est tout aussi intéressante que celle des autres comptoirs. Pour une description de Mahé, entrepôt de poivre, pressenti même en 1785 pour remplacer Pondichéry comme capitale des territoires français de l’Océan indien(1), nous avons choisi de publier quelques extraits du livre ‘25 000 Kilomètres au-dessus de l’Asie’.
M.G.
‘[venant de Tellicherry, Mahé, avril 1936] …Une petite ville calme et paisible nous accueille. Mais voici que quelques cipayes signalent notre venue. En un instant les rues se remplissent, une population en- tière déferle vers le port où un « pandal », sorte de pavillon de verdure orné de drapeaux tricolores, a été dressé. C’est au milieu d’un enthousiasme sans hurlements frénétiques, mais qui se manifeste par mille dé- monstrations de gentillesse, que nous descendons de voiture, tandis que des dizaines de torches fumantes éclairent cette scène.
La première mission française est venue de la métropole visiter ce coin de terre qui non sans raison s’est cru longtemps abandonné !
C’est le leit-motiv que M. Sahadevin, maire, MM. Coumarin et Go- palin, conseillers généraux, M. Tamby, juge, et l’excellent greffier Mout- ton, développent immédiatement devant nous. Ah ! qu’il est facile de leur dire les sentiments de sympathie et même d’admiration que l’on éprouve pour cette fidélité sans aveuglement et dont la qualité mériterait mieux d’ailleurs que des paroles !
Là aussi les rumeurs dissolvantes ont tenté de faire leur mauvais office et là encore, quels que soient les changements politiques intérieurs de notre pays, nous nous efforçons de les détruire…
…Richou (2) braque sa caméra sur la petite mairie pavoisée, entou- rée d’une foule sympathique et dans laquelle nous faisons notre entrée au son d’une Marseillaise jouée par deux musiques – la garde républicaine n’en fait pas autant – tandis qu’un éléphant – naturellement sacré – splen- didement caparaçonné, nous salue d’une trompe inquiétante. Tout le conseil municipal est là et tous les notables. Ils parlent de leur petite ville et n’en oublient pas pour cela la grande patrie qui les délaisse un peu. De- puis la dépréciation du coprah et de l’huile de palme, depuis le départ des bancs de sardines assez brutalement traités d’ailleurs, les ressources de Mahé ont terriblement diminué.
Sa principale production demeure le poivre ; elle est d’environ 150 tonnes. Le meilleur client et le plus normal serait évidemment la France, mais celle-ci achète à l’Indochine et que peut faire la petite Mahé contre la puissante colonie d’Extrême-Orient ? Elle est donc obligée de vendre une partie de ses stocks à Tellicherry, aux Anglais, à un prix qui n’atteint pas la moitié de celui que la métropole paie à l’Annam et au Tonkin.
L’accord douanier de 1918, signé à Paris, a paralysé à peu près complètement les possibilités écono- miques de Mahé au profit de quels intérêts il est permis de se demander.
… ‘Ah ! nous dit-on ici matin et soir, si au moins pour les malades graves, pour les cas urgents, pour les communications importantes un petit avion pouvait venir de Pondichéry et nous relier à la capitale des Indes françaises’. Mais, pour trouver un terrain d’atterrissage, il faut chercher chez nos voisins ou traverser au moins les terres de ces derniers et par une opération étrange, celles-ci augmentent depuis un demi-siècle. Les bornes frontières, suivant un curieux phénomène, sans doute de « lévitation » se déplacent et toujours dans le même sens. Le territoire français est
(1) Finalement, c’est Port-Louis, à Maurice (ex-Ile-de-France, française jusqu’en 1810), qui remplaça Pondichéry. (2) Docteur et caméraman de l’équipe.
systématiquement grignoté et maison par maison les redevances s’en vont, théoriquement du moins, au per- cepteur britannique. C’est le régime de la « peau de chagrin ».
Il n’y a plus de Français à demeure à Mahé. On le comprend mal quand, de la résidence ornée en- core d’un mobilier du XVIIIème siècle et qui garde d’une étrange façon le parfum de ce que Lenotre appe- lait « le printemps de nos bisaïeules », on laisse aller ses yeux sur l’incomparable horizon.
Devant cette petite terrasse où ma pensée erre en silence, a passé en 1660 l’« escadre de Perse », commandée par M. Blanquet de La Haye, que Louis XIV avait nommé vice-roi des Indes. Cette pointe a vu débarquer en 1724 Mahé de La Bourdonnais et Pardailhan et de nouveau, en 1740 et 1741, Mahé arriver à toute vitesse des Iles, repousser les attaques des indigènes alliés à nos ennemis, reprendre le fort Saint- Georges que j’aperçois là-bas, et délivrer la colonie.
Au siècle dernier, les vaisseaux de l’amiral Courbet qui se dirigeaient vers l’Indochine avaient sur ces berges leur dépôt de charbon, et de temps à autre l’on voyait encore avant la guerre les paque- bots des Messageries Maritimes s’arrêter devant ces rivages.
Maintenant tout est silencieux ; il semble que nous ayons oublié Mahé. Pourtant qui sait si de- main(3) le petit coin de terre ne serait pas de nou- veau utile et, quoiqu’il en soit, la fidélité souriante de cette population aimable, modeste, ne mérite-t- elle pas notre affection ?
M. de La Bourdonnais avait raison. Alanguie, délaissée aujourd’hui et pourtant captivante, Mahé de- meure encore le joyau de nos Indes.
La population de Mahé, voulant prouver encore sa joie de nous recevoir, a organisé pour nous une promenade sur la rivière.
A la fin de l’après-midi, deux pirogues accostent devant la Résidence. Dans chaque embarcation étroite, longue et effilée, se tiennent huit rameurs, le torse nu et la tête couverte d’un immense chapeau de palmes tressées. Nous nous installons à bord et, au rythme cadencé des pagayeurs, nous commençons de glisser. Les deux berges qui défilent lentement sont couvertes d’un épais fouillis d’arbres tropicaux. Toutes les variétés de palmiers sont ici représentées, puis ce sont des bananiers aux larges feuilles vert pâle ; enfin, les dominant tous, les hauts cocotiers qui , par endroits, s’inclinent sur l’eau où baignent leurs racines.
Pas un souffle de vent(4) n’agite l’air léger. Le soleil qui maintenant descend vers l’horizon, par le ciel très pur, de teintes roses et rouges que déjà vers l’Orient, le bleu de la nuit commence à envahir.
Seul le bruit des pagayes frappant les flots trouble le silence. Le chef rameur alors, d’une voix grave et sourde, entonne un chant indien(5), nostalgique et très doux. Les accents étranges s’envolent dans l’air calme et son rythme un peu lent accompagne l’effort de chaque homme. Ceux-ci, bientôt après, reprennent tous ensemble. La mélopée se change en un chant plus alerte. Les rames aux larges pales frappent l’eau, plus rapides…’
Extraits, 25 000 Kilomètres au-dessus de l’Asie, Ed.de France, 1938
(Collationné par M.Gobalakichenane)
(3) Texte de 1936, publié en 1938.
(4) On est en avril, le mois le plus chaud de l’année.
(5) En langue ‘malayalam’ (dérivée du tamoul) parlée au Kérala actuel.
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 85
Page 4
Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur :
http: //www.puduchery.org
Toute reproduction doit être accompagnée de la citation de la source