Association loi 1901 — Fondée en 1991 Contact
CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 76

Juin 2012

Sommaire

  • — Je lisais
  • — Pondichéry rappelé à Napoléon
  • — ‘Ja’, lettre reine du tamoul
Télécharger le PDF

Numéro 76 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Juin 2012.

(Lecture) Je lisais. Que lisais-je? Oh! Le vieux livre austère, Le poème éternel! – La Bible? – Non, la terre Platon, tous les matins, quand revit le ciel bleu, Lisait les vers d'Homère, et moi les fleurs de

Dieu. J’épelle les buissons, les brins d’herbe, les

sources; Et je n’ai pas besoin d’emporter dans mes courses Mon livre sous mon bras, car je l’ai sous les pieds. Je m’en vais devant moi dans les lieux non frayés, Et j’étudie à fond le texte, et je me penche, Cherchant à déchiffrer la corolle et la branche. Donc, courbé, c’est ainsi qu’en marchant je

traduis La lumière en idée, en syllabes les bruits J’étais en train de lire un champ, page fleurie Je fus interrompu dans cette rêverie; Un doux martinet noir avec un ventre blanc Me parlait; il disait: Ô pauvre homme, tremblant Entre le doute morne et la foi qui délivre, Je t’approuve, il est bon de lire dans ce livre. Lis toujours, lis sans cesse, ô penseur agité, Et que les champs profonds t’emplissent de clarté! Il est sain de toujours feuilleter la nature, Car, c’est la grande lettre et la grande écriture.

         Victor Hugo, Les Contemplations, 1856 

(Illustration: Frédéric Linget) (thrpg;G) (thrpg;G) (thrpg;G) (thrpg;G)
thrpj;Jf;nfhz;bUe;Njd;! vij? X! xU thrpj;Jf;nfhz;bUe;Njd;! vij? X! xU thrpj;Jf;nfhz;bUe;Njd;! vij? X! xU thrpj;Jf;nfhz;bUe;Njd;! vij? X! xU

gioa fbdkhd E}y;! gioa fbdkhd E}y;! gioa fbdkhd E}y;! gioa fbdkhd E}y;! epj;jk; epiyf;Fk; gh! tptpypakh? ,y;iy> ,k; epj;jk; epiyf;Fk; gh! tptpypakh? ,y;iy> ,k; epj;jk; epiyf;Fk; gh! tptpypakh? ,y;iy> ,k; epj;jk; epiyf;Fk; gh! tptpypakh? ,y;iy> ,k;

kz;Zyfk;! kz;Zyfk;! kz;Zyfk;! kz;Zyfk;! thdk; kPz;Lk; ePykhFk; xt;nthU fhiyAk; thdk; kPz;Lk; ePykhFk; xt;nthU fhiyAk; thdk; kPz;Lk; ePykhFk; xt;nthU fhiyAk; thdk; kPz;Lk; ePykhFk; xt;nthU fhiyAk;

gpshj;Njhk;(1) gpshj;Njhk;(1) gpshj;Njhk;(1) gpshj;Njhk;(1)
xNkhpd;(2) tupfis thrpj;jhd;> ehd; thrpg;gNjh xNkhpd;(2) tupfis thrpj;jhd;> ehd; thrpg;gNjh xNkhpd;(2) tupfis thrpj;jhd;> ehd; thrpg;gNjh xNkhpd;(2) tupfis thrpj;jhd;> ehd; thrpg;gNjh

flTspd; kyHfis. flTspd; kyHfis. flTspd; kyHfis. flTspd; kyHfis. GjHfisg; Gw;fisr; Ridfis vOj;Jf; GjHfisg; Gw;fisr; Ridfis vOj;Jf; GjHfisg; Gw;fisr; Ridfis vOj;Jf; GjHfisg; Gw;fisr; Ridfis vOj;Jf;

$l;Lfpd;Nwd;! $l;Lfpd;Nwd;! $l;Lfpd;Nwd;! $l;Lfpd;Nwd;! cyTk;NghJ vd; mf;Fspy; E}nyhd;iw cyTk;NghJ vd; mf;Fspy; E}nyhd;iw cyTk;NghJ vd; mf;Fspy; E}nyhd;iw cyTk;NghJ vd; mf;Fspy; E}nyhd;iw

apLf;fj; Njitapy;iy: apLf;fj; Njitapy;iy: apLf;fj; Njitapy;iy: apLf;fj; Njitapy;iy: mJjhd; vd; fhybapy; ,Uf;fpd;wNj! mJjhd; vd; fhybapy; ,Uf;fpd;wNj! mJjhd; vd; fhybapy; ,Uf;fpd;wNj! mJjhd; vd; fhybapy; ,Uf;fpd;wNj! vtUk; Nghfh topapy; NeNu elf;fpd;Nwd;> vtUk; Nghfh topapy; NeNu elf;fpd;Nwd;> vtUk; Nghfh topapy; NeNu elf;fpd;Nwd;> vtUk; Nghfh topapy; NeNu elf;fpd;Nwd;> ghlj;ij EZf;fkha;f; ftdpf;fpd;Nwd;> Fdpe;J ghlj;ij EZf;fkha;f; ftdpf;fpd;Nwd;> Fdpe;J ghlj;ij EZf;fkha;f; ftdpf;fpd;Nwd;> Fdpe;J ghlj;ij EZf;fkha;f; ftdpf;fpd;Nwd;> Fdpe;J ,jioAk; fpisiaAk; Gupe;Jnfhs;s ,jioAk; fpisiaAk; Gupe;Jnfhs;s ,jioAk; fpisiaAk; Gupe;Jnfhs;s ,jioAk; fpisiaAk; Gupe;Jnfhs;s

Kaw;rpf;fpd;Nwd; Kaw;rpf;fpd;Nwd; Kaw;rpf;fpd;Nwd; Kaw;rpf;fpd;Nwd; ,g;gbf; Fdpe;Nj> xspiaf; fUj;jhfTk; ,g;gbf; Fdpe;Nj> xspiaf; fUj;jhfTk; ,g;gbf; Fdpe;Nj> xspiaf; fUj;jhfTk; ,g;gbf; Fdpe;Nj> xspiaf; fUj;jhfTk;

xypfisr; rPHfshfTk; xypfisr; rPHfshfTk; xypfisr; rPHfshfTk; xypfisr; rPHfshfTk; ehd; ele;Jnfhz;L nkhopngaHf;fpd;Nwd; ehd; ele;Jnfhz;L nkhopngaHf;fpd;Nwd; ehd; ele;Jnfhz;L nkhopngaHf;fpd;Nwd; ehd; ele;Jnfhz;L nkhopngaHf;fpd;Nwd; ©f;fs; kyHe;j Vlhd epy nkhd;iw ©f;fs; kyHe;j Vlhd epy nkhd;iw ©f;fs; kyHe;j Vlhd epy nkhd;iw ©f;fs; kyHe;j Vlhd epy nkhd;iw

thrpj;Jf;nfhz;bUe;Njd; thrpj;Jf;nfhz;bUe;Njd; thrpj;Jf;nfhz;bUe;Njd; thrpj;Jf;nfhz;bUe;Njd; vd; gfw; fdT jilgl;lJ: vd; gfw; fdT jilgl;lJ: vd; gfw; fdT jilgl;lJ: vd; gfw; fdT jilgl;lJ: ntz; tapw;Wr; rpW FUtp nahd;W ntz; tapw;Wr; rpW FUtp nahd;W ntz; tapw;Wr; rpW FUtp nahd;W ntz; tapw;Wr; rpW FUtp nahd;W vd;dplk; Ngrp> ,ijr; nrhd;dJ: JaHjU vd;dplk; Ngrp> ,ijr; nrhd;dJ: JaHjU vd;dplk; Ngrp> ,ijr; nrhd;dJ: JaHjU vd;dplk; Ngrp> ,ijr; nrhd;dJ: JaHjU

Iaj;Jf;Fk; Iaj;Jf;Fk; Iaj;Jf;Fk; Iaj;Jf;Fk; Kf;jp jUQ; rkaj;Jf;F kpilNa eLq;Fk;> Kf;jp jUQ; rkaj;Jf;F kpilNa eLq;Fk;> Kf;jp jUQ; rkaj;Jf;F kpilNa eLq;Fk;> Kf;jp jUQ; rkaj;Jf;F kpilNa eLq;Fk;>

ghtk; khDlh! ghtk; khDlh! ghtk; khDlh! ghtk; khDlh!
eP nra;tJ rup> ,e;E}iy thrpg;gJ ed;Nw. eP nra;tJ rup> ,e;E}iy thrpg;gJ ed;Nw. eP nra;tJ rup> ,e;E}iy thrpg;gJ ed;Nw. eP nra;tJ rup> ,e;E}iy thrpg;gJ ed;Nw. mikjpapyhJ rpe;jpg;NghNd! vd;Wk; gb> mikjpapyhJ rpe;jpg;NghNd! vd;Wk; gb> mikjpapyhJ rpe;jpg;NghNd! vd;Wk; gb> mikjpapyhJ rpe;jpg;NghNd! vd;Wk; gb>

epWj;jhky;g; gb(3)>
epWj;jhky;g; gb(3)>
epWj;jhky;g; gb(3)>
epWj;jhky;g; gb(3)>
Mo;e;j epyq;fs; cdf;F xsp jul;Lk;! Mo;e;j epyq;fs; cdf;F xsp jul;Lk;! Mo;e;j epyq;fs; cdf;F xsp jul;Lk;! Mo;e;j epyq;fs; cdf;F xsp jul;Lk;! ,aw;if NaLfis vd;Wk; jpUg;Gjy; eyNk> ,aw;if NaLfis vd;Wk; jpUg;Gjy; eyNk> ,aw;if NaLfis vd;Wk; jpUg;Gjy; eyNk> ,aw;if NaLfis vd;Wk; jpUg;Gjy; eyNk> Vnddpy; mJ ngU E}y;> mJNt Ngupyf;fpak;. Vnddpy; mJ ngU E}y;> mJNt Ngupyf;fpak;. Vnddpy; mJ ngU E}y;> mJNt Ngupyf;fpak;. Vnddpy; mJ ngU E}y;> mJNt Ngupyf;fpak;.

tpf;NjhH ca;Nfh> tpf;NjhH ca;Nfh> tpf;NjhH ca;Nfh> tpf;NjhH ca;Nfh> Mo; rpe;jidfs;> 1856 Mo; rpe;jidfs;> 1856 Mo; rpe;jidfs;> 1856 Mo; rpe;jidfs;> 1856 Trad. par Câvéry Gobalakichenane-Ostyn)

(1) Platon (2) Homère (3) Le poète Bâradidâssane dit la même chose dans ‘E}iyg; gb E}iyg; gb E}iyg; gb E}iyg; gb’

Crpiaf; fhe;jk; Crpiaf; fhe;jk; Crpiaf; fhe;jk; Crpiaf; fhe;jk; ,Of;Fk; ,Of;Fk; ,Of;Fk; ,Of;Fk;

cj;jkidr; rpNefk; cj;jkidr; rpNefk; cj;jkidr; rpNefk; cj;jkidr; rpNefk; ,Of;Fk; ,Of;Fk; ,Of;Fk; ,Of;Fk;

Après plusieurs traductions tamoul-français, nous revenons à une traduction français-tamoul.

On parle beaucoup de réchauffement climatique, écologie, biodiversité, Sommet de Rio, Protocole de Kyoto, etc. Rappelons ici que les Tamouls de l’Antiquité avaient déjà une haute idée de l’écologie comme d’autres peuples aussi: ils avaient érigé des colonnes dans les bois et forêts pour que les animaux s’y frottent lors des démangeaisons, pour éviter autant que possible d’écorcher les arbres.

De nombreux francophones connaissent les pages célèbres de ‘Rêverie d’un promeneur solitaire’ de Jean- Jacques Rousseau. Voici un très beau poème sur ce thème, publié en commémoration du 210ème anniversaire de Victor Hugo (cf. aussi LCCP nos.35 et 47). Lors des funérailles nationales de ce dernier en 1885, le corps fut porté au Panthéon devant une foule nombreuse venue lui rendre un dernier hommage. M.G.

ISSN 1273-1048 No.76 Juin 2012


Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor) Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS


GJr GJr GJr GJr;NrhpaH fiy kd;w ;NrhpaH fiy kd;w ;NrhpaH fiy kd;w ;NrhpaH fiy kd;w kly kly kly kly;

Rédaction: M.Gobalakichenane 

22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France

Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 76 Page 1

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 76 Page 2 Pondichéry rappelé à Napoléon eg;NghnyNahd; epidTf;F> GJr;Nrup eg;NghnyNahd; epidTf;F> GJr;Nrup eg;NghnyNahd; epidTf;F> GJr;Nrup eg;NghnyNahd; epidTf;F> GJr;Nrup

Pierre Pigneau de Béhaine, évêque d’Adran (cf.LCCP no.48), qui aida beaucoup le père du prince Canh à reconquérir son royaume en Cochinchine et à se couronner Empereur Gia-Long, est passé plusieurs fois par Pondichéry. Il y a fondé un séminaire dont quelques vestiges se voient encore à Vîrâmpatnam (tPuhk;gl;lzk; tPuhk;gl;lzk; tPuhk;gl;lzk; tPuhk;gl;lzk;), près du célèbre site archéologique d’Arikamédou (mupf;fNkL mupf;fNkL mupf;fNkL mupf;fNkL). Son neveu a laissé un journal relatant le cinquième Siège de Pondichéry en 1793, encore peu connu, qui complète les renseignements fournis par le ‘Précis historique’ de Daniel Lescallier et par le Journal tamoul de Tirouvengadappillai IV (alias Mouttou Vijaya Tirouvengadappillai). Nous en reproduisons quelques passages décrivant les pérégrinations de ce jeune voyageur.

“Charles Stanislas Lefebvre, né à Hirson le 24 janvier 1770, de Louis Lefebvre, avocat au Parlement, et de Louise Pigneau, sœur de Georges(1) Pigneau, évêque d’Adran et vicaire apostolique de Cochinchine, fit ses études au Collège de Soissons, alors tenu par les Oratoriens et en sortit avec le dessein d’entrer dans le corps du Génie. Il continua ses études préparatoires à Hirson où, en août 1790, il fut nommé lieutenant en premier de la Compagnie des grenadiers de la Garde nationale.

“La famille Lefebvre était restée en relations suivies avec l’évêque d’Adran; en 1792, Lefebvre, désireux de rejoindre son oncle, obtint son passage pour Pondichéry où il devait être employé jusqu’à ce que le gouverneur, M.de Fresne, pût trouver une occasion favorable pour lui faire poursuivre son voyage jusqu’en Cochinchine. A son arrivée, il entra au service comme sous-lieutenant à la suite du régiment servant dans l’Inde. Le 1er janvier 1793, il fut nommé sous-lieutenant en pied du même corps. Il prit part, en cette qualité, à la défense de Pondichéry, lorsque la place fut attaquée par les Anglais. Pendant le siège, il fut détaché, par ordre du colonel de Chermont, pour servir au génie, sous la direction de M.de Phélines, ingénieur en chef. Il s’acquitta de ses nouveaux devoirs avec distinction et fut nommé lieutenant le 13 juillet 1793.

“Fait prisonnier de guerre lors de la capitulation de Pondichéry (23 août 1793), Lefebvre profita des loisirs forcés que lui créait sa position pour voyager dans l’Inde, se familiariser avec les idiomes les plus usuels et étudier la situation politique et militaire des Anglais.

“En 1795, il obtint du gouvernement de Madras la permission de se rendre en Cochinchine, près de son oncle l’évêque d’Adran, alors très en faveur auprès du roi Gia-Long. Il n’atteignit son but qu’après un long voyage sous toutes sortes de pavillons, voyage pendant lequel il visita les Indes néerlandaises, les Philippines et la Chine méridionale. Bien accueilli par le roi Gia-Long qui le nomma même mandarin, sa situation de prisonnier sur parole l’empêcha de prendre du service et, après un séjour de huit mois auprès de l’évêque d’Adran, il retourna à Pondichéry.

“En 1801, il fut embarqué pour l’Europe, avec ce qui restait de l’ancienne garnison française, sur le navire anglais ‘le Prince’; pendant la traversée, les prisonniers se rendirent maîtres du navire et le conduisirent à l’île de France.

“En 1802, il repassa en France et débarqua à Bordeaux peu après la paix d’Amiens, au moment même où le gouvernement consulaire organisait l’expédition destinée à reprendre possession des colonies rétrocédées par les Anglais. Les rapports sur la situation de l’Inde que Lefebvre adressa, à son arrivée, au Ministre de la marine appelèrent sur lui l’attention de l’amiral Decaen qui venait d’être nommé capitaine général des Etablissements français dans les Indes orientales, et qui cherchait des officiers capables et au courant des mœurs et de la langue du pays. Il s’attacha Lefebvre en qualité d’aide de camp et, au moment du départ de la division navale, l’adjoignit à l’adjudant commandant Binot, chargé de devancer l’expédition et de procéder aux formalités de la reprise de possession.

“Lefebvre repartit donc avec Binot sur la frégate ‘la Belle-Poule’ (6 mars 1803) et arriva à Pondichéry le 15 juin. Il se trouva mêlé de très près aux négociations qui précédèrent et suivirent le départ de Decaen (11 juillet 1803), et fut même envoyé en mission auprès de lord Clive, gouverneur du fort Saint- Georges, pour obtenir la remise, sans cesse ajournée, de la colonie; mais, à son retour, il ne trouva plus sur la rade un seul navire français: Decaen, suspectant les intentions des Anglais, avait donné l’ordre à l’amiral

(1) Il avait trois prénoms Pierre-Joseph-Georges

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 76 Page 3 Linois de profiter de la nuit pour faire appareiller la division navale, et avait gagné l’île de France. Néan- moins Lefebvre échappa au sort de Binot et de ses compagnons qui durent capituler le 10 septembre; ayant reçu trois jours auparavant l’ordre de porter des dépêches à Decaen, il parvint, sous un déguisement, au port de Tr[a]nquebar où il s’embarqua sur un navire danois.

“Lefebvre arriva sur l’île de France le 14 octobre 1803; le 23 décembre suivant il fut nommé capi- taine par Decaen. En 1804, il fut envoyé en mission en France. Le 21 mai, il s’embarqua sur la corvette ‘le Berceau’, arriva dans les mers d’Europe à la fin d’août, mais, craignant d’être capturé par les croisières an- glaises, débarqua en Espagne à Pontevedra, fit la route à franc étrier et arriva le 8 septembre à Paris, où il ne trouva point l’Empereur, alors en Allemagne. Il dut poursuivre son voyage jusqu’à Mayence (2). Reçu en audience particulière par l’Empereur, il put lui exposer les plans de Decaen qui n’avait jamais renoncé à l’expédition de l’Inde, les besoins des troupes et de la colonie (3). Il fut écouté avec beaucoup d’intérêt et de bienveillance et les mémoires qu’il remit à l’appui de ses paroles parurent faire impression. Mais, l’Empe- reur trop absorbé par les affaires de l’Europe avait, d’ailleurs, peu de confiance dans la marine; il ne don- na pas suite aux projets qui avaient paru un instant le séduire, mais ne les abandonna cependant point entiè- rement.

“Lefebvre séjourna à Paris jusqu’au mois de mars 1805, suivant les affaires dont il avait été chargé par le capitaine géné- ral, constatant avec tristesse que l’expédition de l’Inde était de plus en plus délaissée par l’Empereur, et se sentant rebuté par les difficultés que faisait naître le Ministre de la marine Decrès, hostile à Decaen. Finalement, il reçut l’ordre de se rendre à Brest où se formait une expédition destinée, en apparence, pour les Indes, en réalité pour les Antilles. Embarqué sur le vaisseau ‘l’Alexandre’ qui faisait partie de l’escadre légère de l’armée navale commandée par l’amiral Gantheaume, il fut présent à l’engagement qui eut lieu le 4 fructidor entre cette escadre et l’escadre anglaise en grande rade de Bertheaume. Dans le cou- rant du mois d’août 1805, il reçut l’ordre de débarquer de ‘l’Alexandre’ et de se rendre à Bordeaux où il prit passage sur le vaisseau américain ‘l’Elisa’, pour retourner à l’île de France. Il y arriva au début de l’année 1806.

“Pendant quatre ans, Lefebvre prit part aux travaux de Decaen qui l’employa encore à diverses missions, notamment à l’île Bourbon et sur les côtes de Madagascar, et lui confia, le 1er août 1806, le commandement de la compagnie de ses gardes; il fut nommé chef d’escadron le 11 mai 1810. Lors de la capitula- tion de l’île de France, il accompagna Decaen en France; ce fut lui que le capitaine général, maintenu pendant quelque temps en disgrâce, chargea de porter au Ministre de la marine les justifi- cations sur ses actes et sur sa conduite.

“Le général Decaen ayant été nommé général en chef de l’armée de Catalogne en remplacement de Macdonald, le chef d’escadron Lefebvre le suivit encore comme premier aide de camp…

“(Decaen) l’envoya deux fois porter des dépêches à Paris. Chaque fois, Lefebvre fut reçu avec bien- veillance par l’Empereur qui, pendant une de ces audiences, le nomma chevalier de la légion d’Honneur (16 février 1812). Du reste, les nouvelles de Catalogne étaient généralement bonnes et à chaque voyage, Lefeb- vre remportait pour le chef et les soldats des félicitations et des distinctions honorifiques…”

Après le séjour en Catalogne jusqu’en 1813, il participa à la Campagne de France en 1814, puis connut les Cent-Jours, la Terreur Blanche et la Restauration…

Extraits de ‘Campagnes et missions’ (Editions Historiques Teissèdre, 2001)

(2) En passant par Châlons-en-Champagne et Metz. Il rencontra Duroc, Mortier et fut introduit par le général Jacques Alexandre Law de Lauriston, né à Pondichéry en 1768, condisciple de Napoléon Bonaparte, devenu son aide de camp.

(3) Il resta trois quarts d’heure auprès de l’Empereur qui pensa même le revoir plus tard à Paris. Général Jacques Alexandre Law de Lauriston, neveu de Jean L.de L - Gouverneur de Pondichéry - né à Pondichéry en 1768, aide de camp de Napoléon (Illustration de:‘antique-prints.de’)

‘o’fuk fuk fuk fuk; jkpopd; rpfuk;
; jkpopd; rpfuk;
; jkpopd; rpfuk;
; jkpopd; rpfuk; ‘Ja’, lettre reine du tamoul

Les réformateurs et politiciens du Tamijnâdou (jkpo;ehL jkpo;ehL jkpo;ehL jkpo;ehL) répètent à satiété que les Tamouls peu- vent s’enorgueillir d’avoir, dans leur langue maternelle, la lettre ‘ja’ (o) prétendument ‘inconnue dans le monde’. Ces déclamations nous conduisent aux remarques suivantes.

D’abord, cet amour de la langue maternelle est tout à fait naturel, car cette langue avait été négligée et parfois méprisée pendant plusieurs siècles au profit d’autres langues, depuis l’avènement de l’Empire de Vijayanagar qui se présentait comme un rempart contre les invasions musulmanes du Deccan. L’histoire montre que, durant l’extension de cet empire tant admiré par les premiers voyageurs portugais et autres eu- ropéens, et surtout après sa chute, les migrations vers le Sud continuèrent pendant longtemps. Ceci explique la présence actuelle de nombreuses minorités dans plusieurs grandes villes du Tamijnâdou. Ces populations étaient venues initialement se réfugier, fuyant les hordes musulmanes du Nord, turques et mogholes confon- dues, et évitant les persécutions fiscales et autres (1). Même si, par leur immersion dans l’aire culturelle ta- moule, elles ont été ’tamoulisées’ au fil du temps, elles continuent à pratiquer encore en famille leur langue maternelle ancestrale : télougou, kannada, marâthi ou gujerati. Ainsi, le célèbre réformateur E.V.Râmassâmy (alias Périyâr), fondateur du Dravida Kazhagam (jpuhtpl fofk; jpuhtpl fofk; jpuhtpl fofk; jpuhtpl fofk;) ‘D.K.’, est d’origine kannada. L’ex-Maire de Pondichéry, V.Subbiah, considéré par certains comme l’un des ’libérateurs’ de ce Comptoir et dont on a célébré le centenaire récemment, parlait le télougou en famille.

Pour revenir au ‘ja’ (o) de la langue tamoule, il est prononcé aussi ’la’ (y) ou ‘La’ (s) ou même ‘ya’ (a) dans plusieurs régions du Tamijnâdou, ce qui contredit les prétentions des laudateurs de cette langue.

Heureusement, à Pondichéry et dans ses environs, ainsi que dans pres- que tout l’ancien ‘South Arcot District’ dont le chef lieu est Cuddalore, la pro- nonciation est correcte. Les Pondichériens qui connaissaient les ‘ge’ et ‘j’ fran- çais (2), étaient toujours étonnés de l’affirmation des Tamouls de l’Inde ex- britannique que cette lettre et cette prononciation n’existent qu’en tamoul, alors qu’on les retrouve en français, pour ne pas parler d’autres langues que nous ne connaissons pas.

Dans l’environnement scolaire, dans les dialogues des films et séries télévisées, on n’y prête guère attention. Malgré les exhortations des amoureux de cette langue, la mauvaise prononciation perdure, ce qui conduit certains, comme le poète A.Devanathan, originaire de Cuddalore, ville voisine de Pon- dichéry, à prôner des mesures coercitives contre les prononciations erronées.

Déjà, en écrivant ‘Tamilnadu’ (3) le nom de l’Etat, comment peut-on transcrire autrement que lkpy;ehL lkpy;ehL lkpy;ehL lkpy;ehL en tamoul ? S’agissant d’un nom propre, ne vaut-il pas mieux apporter la correction nécessaire et orthographier en anglais ‘Thamizhnadu’ pour conduire vers une meilleure prononciation significative jkpo;ehL jkpo;ehL jkpo;ehL jkpo;ehL ?

Ainsi, ‘quand je vois les intellectuels, les comédiens et même les éducateurs prononcer mal la lettre ‘ja’(o), je sens fendre mon cœur’, se lamente A.Devanathan. Pour y rémédier, il œuvre depuis plusieurs an- nées pour la prononciation correcte de ‘ja’(o), en donnant gratuitement des cours d’apprentissage de pro- nonciation (bonne gymnastique de la langue). Il a également publié récemment, un livret de 108 poèmes ‘veNbas’ stigmatisant cette habitude malheureuse et espère rétablir ainsi la réputation du tamoul.

M.Gobalakichenane (d’après un article de KaDalur A.Devanathan)

(1) Nous ne considérons pas ici les migrations de population postérieures. (2) Notons cependant que, des prononciations françaises de ‘ge’ et ‘j’, la première est la plus proche de ‘ja’ tamoul. (3) Les autres langues de l’Union Indienne et du monde reprennent ce nom en translittération. Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 76 Page 4 Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur :
http: //www.puduchery.org
Toute reproduction doit être accompagnée de la citation de la source