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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 74

Décembre 2011

Sommaire

  • — Aux Anglais le Bengale et le Haut-Indostan, aux Français le Karnatic et le Dekkan
  • — Cent-cinquantième anniversaire de Rabindranath Tagore (1861-1941)
  • — Une leçon de civisme aux Tamouls
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Numéro 74 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Décembre 2011.

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Tu ne feras rien de bon, hé, Tamoul ! Tu ne feras rien de bon ! Tant que tu n’auras pas compris le principe
Et l’importance de la ponctualité.

(Tu)

Tu indiques dix-sept heures sur l’invitation, Et tu démarres à dix-huit heures trente; “C’est ainsi chez les Tamouls!”, dis-tu sans honte; Tant que ces habitudes perdurent

(Tu)

Tu décales d’une demi-heure, en attendant un public

nombreux, Tu prétextes que le cher président n’est pas arrivé, Tu accuses ceux qui parlent longuement, Et toujours, tu laisses filer le temps,

(Tu)

Tu annonces que tu en as pour deux secondes, Et tu brasses l’air pendant vingt minutes; Tu mets la patience du public à rude épreuve; Comment réussiras-tu si tu ne changes pas?

(Tu)

Les premiers intervenants ruminent leurs paroles, Les aînés passent des heures dans les louanges, Les derniers clament leurs discours vers le ciel; Ainsi, que de paroles creuses répétées qui te détruisent!

(Tu)

Toi qui n’accomplis rien en commençant à l’heure, Toi qui ne prévois pas la durée pour chacun des discours, Toi qui invites vingt personnes à prendre la parole, Toi qui commences à dix-neuf heures pour finir à

minuit… (Tu)

(Ma.Ilé.Tangappa, Mugam, juin 2000), trad.Câvéry Ostyn

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Une leçon de civisme aux Tamouls jkpoUf;F xU ghlk; jkpoUf;F xU ghlk; jkpoUf;F xU ghlk; jkpoUf;F xU ghlk;

Certains films tamouls des années 1965-85 portaient des messages de réformes sociales. De même, les grands poètes modernes du TamijnâDou n’hésitaient pas à stigmatiser les défauts des Tamouls et à leur donner quelques leçons de civisme. Nous publions aujourd’hui un tel poème d’un auteur célèbre de Pondichéry dont quelques œuvres ont été traduites en anglais.

Bien qu’il adresse ce message à ses compatriotes du TamijnâDou, les ‘Pondichériens’ installés en France ou ailleurs pourront également s’en inspirer, à l’aube du cinquantième anniversaire du transfert de jure des anciens Comptoirs français, pour prendre une nouvelle résolution. ISSN 1273-1048 No.74 Décembre 2011


Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)

Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS


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Rédaction : M.Gobalakichenane

22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France

Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 74 Page 1

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 74 Page 2 Aux Anglais le Bengale et le Haut-Indostan, aux Français le Karnatic et le Dekkan

L’histoire officielle de France déclare qu’avec le traité de Paris de1763, elle perdait le Canada et l’Inde. Mais, les événements sont bien plus complexes, d’autant que l’Inde est un continent. Si l’on se rappelle en effet que les succès remportés par l’escadre de Suffren en 1782 furent très importants, on ignore par contre –ou on néglige- ce qui s’est passé dans la période 1762-1782, au Carnatic autrement dit à Pondichéry et sur la côte de Coromandel (Pays tamoul d’aujourd’hui). Après des recherches approfondies sur les papiers de François-Antoine Herman, longtemps Consul général de France à Londres, son petit-fils Louis a publié en 1847 une excellente étude sur la rivalité entre les Français et les Anglais. Cette publication fut rééditée en 1852. Nous en publions, ci-dessous, quelques extraits très instructifs (les insertions en tamoul sont de la Rédaction).

« …Bellecombe ngYNfhk;G ngYNfhk;G ngYNfhk;G ngYNfhk;G avait succédé à [Jean] Law de Lauriston dans le gouvernement de (Pondichéry), et par une sage administration, avait réparé les désastres des années précédentes. L’établissement de Pondichéry GJr;Nrup GJr;Nrup GJr;Nrup GJr;Nrup, si déchu de son importance politique, entrait dans une voie de prospérité commerciale, quand Sir Hector Munroe vint l’assiéger à la tête de vingt-quatre mille hommes. Bellecombe, dans cette situation critique, ne faillit point à sa réputation; son génie créateur multiplia les ressources de la défense, et renouvela les efforts héroïques qui avaient, en 1748, élevé si haut la gloire de Dupleix Ja;gpnsf;fpR Ja;gpnsf;fpR Ja;gpnsf;fpR Ja;gpnsf;fpR. Une victoire navale remportée en vue de la place par M.de Tronjoly sur l’amiral Anglais Sir Edward Vernon, semblait d’abord présager le succès aux armes Françaises; mais bientôt la flotte Anglaise reçut des renforts considérables; l’escadre Française, trop inférieure en nombre, dut se réfugier à l’île de France et Bellecombe, abandonné à ses seules ressources, perdit l’espoir de prolonger la défense. Après deux mois de tranchée ouverte, après avoir tué cinq mille hommes aux assiégeants, il rendit enfin la place, le 17 octobre 1778, avec tous les honneurs de la guerre et en conservant ses drapeaux. Les Français furent de nouveau complètement expulsés de le côte de Coromandel Nrhokz;lyk Nrhokz;lyk Nrhokz;lyk Nrhokz;lyk;, comme ils l’étaient déjà du Bengale. C’était désormais la flotte qui allait porter tout le poids de la lutte avec l’Angleterre. Cependant quelques corps de Français et notamment celui commandé par le capitaine Lally [NdlR: Lallée], combattaient encore comme auxiliaires des princes Indiens.

« Le 30 octobre, le gouverneur de Madras nrd;id nrd;id nrd;id nrd;id fit part de ce succès au roi de Maïssour ik#H ik#H ik#H ik#H et lui demanda une entrevue. Mais, Haïder-Aly mapjH myp mapjH myp mapjH myp mapjH myp qui avait pénétré les secrètes pensées de Hastings se montrait moins empressé déjà à cultiver l’alliance Anglaise. Il complimenta froidement le gouverneur sur la prise de Pondichéry, et répondit d’une manière évasive au sujet de l’entrevue. Il résolut en même temps d’empêcher la conquête de Mahé, dernier établissement français dans l’Inde, et qui était situé dans ses états, sur la côte de Malabar. Le gouverneur de Madras méprisa d’abord les avis qu’on lui en donna; il ne pouvait se persuader qu’après avoir laissé prendre Pondichéry, le Roi de Maïssour voulût protéger Mahé. Il continuait donc ses préparatifs, quand Haïder lui fit officiellement signifier sa résolution par son Vakil [NdlR: représentant] à Madras, menaçant de ravager immédiatement le Karnatic, si les Anglais troublaient la paix de ses états en attaquant Mahé. Les négociations depuis long-temps pendantes entre Haïder et les Maharattes kuhl;baH kuhl;baH kuhl;baH kuhl;baH donnaient un grand poids à son intervention; la place néanmoins fut emportée le 29 mars 1779. Le Roi, dès lors, ne garda plus aucun ménagement; il se lia étroitement aux ministres de Pounah qu’il avait combattus toute sa vie, et précipita, par son adhésion à la coalition, l’ouverture des hostilités.

« Le gouverneur de Madras qui bravait avec tant d’imprudence le ressentiment des puissances Indiennes, n’avait pris cependant aucune précaution pour sa défense. La perception des revenus ne s’opérait qu’avec difficulté; des dilapidations de toute espèce avaient épuisé les finances Gouverneur Bellecombe Illustr. dans l’éd.tamoule ‘Le Journal de Vîrânaicker II’

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 74 Page 3 de la compagnie; Mohamed-Aly, ruiné par les plus odieuses exactions, était hors d’état de fournir le moindre secours; toutes les troupes de la présidence enfin étaient éparpillées par petits détache- ments, depuis Mahé jusqu’au fond des cinq Circars. C’est dans cette situation si dangereuse pour la compagnie que Haïder-Aly vint, avec la rapidité d’un torrent, se précipiter sur le Karnatic, l’inonda de son irrésistible cavalerie et mit le 20 août le siège devant Arkot, capitale de la nababie. Tippou- Saheb jpg;G rhfpg; jpg;G rhfpg; jpg;G rhfpg; jpg;G rhfpg;, son fils, envahissait en même temps les cinq Circars tandis que, du côté opposé, d’autres divisions s’approchaient du Madoura kJiu kJiu kJiu kJiu et du district de Tinevelly jpUney;Ntyp jpUney;Ntyp jpUney;Ntyp jpUney;Ntyp. Sir Hector Munroe, commandant en chef les troupes de Madras, chercha d’abord à les rassembler, rap- pela en toute hâte les corps détachés dans le Tandjaore et les provinces du Nord et fit lui-même un mouvement en avant sur Kondjeveram fhQ;rpGuk; fhQ;rpGuk; fhQ;rpGuk; fhQ;rpGuk;. Inquiet de cette manœuvre, Haïder-Aly leva lors le siège d’Arkot Mw;fhL Mw;fhL Mw;fhL Mw;fhL, et vint présenter la bataille à Munroe qu’il espérait anéantir en détail. Le commandant Anglais l’évita long-temps avec adresse; il n’était plus qu’à une journée de marche des renforts que le colonel Baillie lui amenait du Circar de Gantur Fz;^H Fz;^H Fz;^H Fz;^H, quand Haïder-Aly résolut de frapper un coup décisif. Pendant toute une journée, il trompa Munroe par de fausses attaques sur son front, et le retint dans l’inaction, tandis qu’avec ses meilleures troupes, il se précipitait au de- vant le colonel Baillie qu’avait rejoint le colonel Flechter. Le succès de cette marche habile ne pouvait être douteux. Le 10 septembre 1780(*), les An- glais surpris furent taillés en pièces; le colonel Baillie fut pris avec 2000 Eu- ropéens; 5000 Sipahis et 700 Européens restèrent sur le champ de bataille. Pas un homme n’aurait échappé au désastre de l’armée Anglaise, sans l’inter- vention du capitaine Lally [NdlR: Lallée] qui ne put voir de sang froid mas- sacrer des ennemis vaincus, et menaça Haïder de l’abandonner s’il n’arrêtait l’effusion d’un sang inutile. C’était le plus grand désastre que les Anglais eussent jamais éprouvé dans l’Inde, et l’épouvante s’empara aussitôt de Ma- dras. Dès le lendemain de sa victoire, Haïder revint sur ses pas pour attaquer Sir Hector Munroe; mais, celui-ci, à la nouvelle du malheur de Baillie, avait déjà pris la fuite, en abandonnant son artillerie et ses bagages; il ne s’arrêta que sous le canon de Madras. Le Roi de Maïssour ne chercha pas à le poursuivre, et vint reprendre le siège d’Arkot qui se rendit peu après.

« Si, à cette époque, un corps de troupes Françaises avait débarqué sur la côte de Coroman- del, Madras eût succombé sans aucun doute; Haïder-Aly devenu tout puissant par la conquête du Dekkan, aurait pu fermer à jamais cette province aux Anglais. Ceux-ci, obligés de se défendre en même temps dans le Bengale contre l’effort des Maharattes, auraient bientôt perdu les moyens et l’espoir d’anéantir sur le continent de l’Inde la puissance Française. Les deux nations rivales sem- blaient prêtes à faire leurs parts; l’une pouvait reprendre avec succès l’ancien plan de Dupleix; l’au- tre serait obligée de se renfermer dans le système de Clive: aux Anglais le Bengale et le Haut- Indostan; aux Français le Karnatic et le Dekkan. Cette ligne de conduite était, on peut le dire, toute tracée par les événements; mais, depuis le commencement de sa lutte avec l’Angleterre, la cour de Versailles, par une erreur qui tenait aux préoccupations de la politique intérieure et aux préjugés de l’opinion publique en France, réservait toutes ses forces pour secourir les Etats-Unis, et abandonnait tout projet d’agrandissement dans l’Inde. Cette intervention puissante accéléra sans doute la reconnaissance de l’indépendance Américaine, mais la cause de la liberté n’en eut pas moins triomphé si la France avait, par une importante diversion, forcé les Anglais à se défendre péniblement en Asie. La France ne pouvait que gagner à ce système, et la perte de l’Inde eût été bien plus funeste à l’Angleterre que la séparation de ses colonies Américaines. Il y a tout lieu de croire que, même sans l’intervention des troupes Françaises, les Anglais auraient difficilement ré- sisté à la crise violente qui les menaçait, si Nidzam Aly et le Radjah de Bérar eussent rempli de bonne foi les engagements qu’ils avaient contractés envers Haïder-Aly et les Maharattes. »

Extraits de ‘Histoire de la Rivalité des Français et des Anglais dans l’Inde’, par Louis Herman, Paris, 1852 (pp.256-261)

(*) Cf aussi: Le Journal de Vîrânaicker II (1778-1792), édition tamoule, Madras, 1992, p.56.
Haïder Aly Photo Wikipedia

Cent-cinquantième anniversaire de Rabindranath Tagore (1861-1941)

Rabindranath Tagore est né le 7 mai 1861 à Calcutta, comme quatorzième enfant dans une illustre famille brah- mane. Son grand père, Dwarakanath (1794-1846), grand propriétaire foncier, était un réformateur social. Son père, De- bendranath (1817-1905) qui a hérité des mêmes idées, faisait régner, dans sa grande maison, une ambiance culturelle progressiste (théâtre, concert) doublée de nombreuses activités sociales. Calcutta étant la capitale de l’Empire britanni- que jusqu’en 1911, le Bengale fut profondément influencé par la culture européenne en général et par la culture et la littérature anglaises en particulier. Râjârâm Mohan Roy (1772-1833), ami de Dwarakanath Tagore, en est le parfait exemple. Le transfert de la capitale à Delhi et le percement du canal de Suez feront plus tard de Bombay la ‘Porte de l’Inde’.

A vingt deux ans, Rabindranath épouse, en 1883, Bavatarini (1873-1902) alias Mrinalini Devi, dont il aura qua- tre filles Madhurilata (née en 1886), Rathindra (1888 ), Renuka (1890), Mira (1892) et un fils Samindranath (1894, décédé à l’âge de 13 ans, en 1907). Il devint veuf en 1903, à l’âge de 42 ans.

Son entourage familial, ses expériences personnelles, ses voyages et sa grande sensibilité naturelle lui permi- rent d’exceller dans tous les arts. Ecrivain, poète, dramaturge jouant ses propres pièces, compositeur musicien et même peintre et dessinateur à la fin de sa vie, il se voulut un pont entre l’Occident et l’Orient. Pendant toute son exis- tence, tout en luttant contre les Britanniques pour l’indépendance, il chercha par tous les moyens à rassembler les hommes de tous pays. Il fonda l’Université de paix, ‘Shantiniketan’ (devenue plus tard Visvabharati University, admi- nistrée par le gouvernement fédéral de Delhi).

Ses oeuvres sont très nombreuses. Nous ne citerons, parmi elles, que quelques unes très célèbres, comme ‘Kabuliwala’ et ‘le Postier’ (nouvelles), ‘la Maison et le Monde’ et ‘Gora’ (romans), ‘Chitrangadâ’, ‘Mâlini’ et ‘Nadir pûja’ (pièces de théâtre), ‘la crise de civilisa- tion’ (essais), et, parmi ses poèmes romantiques et philosophiques, ‘le Jardinier’ et ‘Gitanjali’ (l’Offrande lyrique) qui lui valut le Prix Nobel de littérature en 1913. De ses chansons très populaires, nous retiendrons le ‘Jana-gana-mana’ devenu l’hymne national de l’Union In- dienne et le ‘Amar sonar bangla’ devenu l’hymne national du Bangladesh indépendant en 1971. De nombreuses traductions existent en langues indiennes et occidentales.

En 1915, il fut ennobli (titre de ‘Sir’) par le gouvernement impérial britannique. Mais, après le massacre des centaines d’innocents civils à Jallianwala Bagh (Punjab) ordonné par le gé- néral Dyer, il renvoya les insignes de chevalier en 1919.

C’est lui qui, devant les résultats obtenus pacifiquement par Mohandas Karamchand Gandhi par ses actions no- vatrices de ‘satyagraha’ en Afrique du Sud, tout en restant honnête et loyal aux autorités locales, l’appellera ‘le Mahât- ma’ (la Grande Âme).

De nombreuses personnalités indiennes comme le Premier Ministre Indira, le cinéaste Satyajit Ray ont fréquen- té le ‘Shantiniketan’. Ce dernier en a gardé une profonde empreinte que l’on retrouve dans la plupart de ses films (esprit de ‘Rabindranath’).

Pour la diversité de ses œuvres remarquables, l’universalité de ses messages et ses préoccupations d’humaniste, on peut le comparer à Victor Hugo. C’est un personnage extraordinaire qui a essayé de réformer la société indienne à l’intérieur (éducation des fem- mes, laïcité, tolérance) et de réaliser la rencontre Occident-Orient à l’extérieur.

Après le déclenchement de la Deuxième guerre mondiale, il écrivit son célèbre essai sur ‘la crise de la civilisation’ un peu avant sa mort. Il s’éteignit, à l’âge de quatre-vingts ans, en 1941, déçu dans le progrès de la civilisation occidentale et dans ses efforts de pro- motion de la paix entre les hommes. Il ne verra pas l’indépendance de son pays, tout comme le poète tamoul Soupramaniya Bâradiyâr (1882-1921) emporté à l’âge de 39 ans, qui avait tôt reconnu en lui le grand poète, loué comme ‘le roi Indra des poè- tes’ (ftPe;jpudhfpa utPe;jpuehjd; nrhw;wJ NfsPH.. ftPe;jpudhfpa utPe;jpuehjd; nrhw;wJ NfsPH.. ftPe;jpudhfpa utPe;jpuehjd; nrhw;wJ NfsPH.. ftPe;jpudhfpa utPe;jpuehjd; nrhw;wJ NfsPH…).

Ce que Rabindranath Tagore écrivait à cette époque reste toujours valable: ‘Nous ne mériterons la paix qu’en payant son prix complet qui est que les forts cessent d’être avides et que les faibles apprennent l’audace! L’histoire de l’humanité doit être écrite par toutes les races du monde, unies dans un même effort. C’est pourquoi il est inadmissible qu’on vende sa conscience pour des raisons politiques et qu’on fasse de sa patrie un fétiche. Les hommes qui meurent pour la vérité deviennent immortels et, de même, si un peuple entier peut mourir pour la vérité, il sera tenu pour im- mortel dans l’histoire des hommes.’ M.Gobalakichenane Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 74 Page 4 Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur :
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