Lettre du CCP n° 70
Sommaire
- — Charme des querelles d’amour
- — Les funérailles de Mouttammâ
- — Les ‘Pondichériens’ morts pour la France
Numéro 70 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Décembre 2010.
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(k.,ny.jq;fg;gh> brk;gH 2004)
La Maman
Les cheveux en bataille, les joues sales et asséchées, Les yeux creusés, le nez coulant, Le corps poussiéreux, les plaies couvertes de
mouches
Et suintant de pus repoussant,
Le long de la rue commerçante, vêtu de haillons
Un enfant se tenait en pleurant.
Les passants faisaient la grimace,
Certains marmonnaient, d’autres se renfrognaient;
‘Beurk’ fit une femme, détournant la tête;
Et l’enfant continuait de pleurer.
Alors, une femme, échevelée dans tous ses états, Surgit dans la rue et, de part et d’autre Cherchant du regard, aperçut l’enfant, Et se mit à courir; puis, en grande effusion, Elle l’étreignit et sur son visage creusé Déposa des baisers ici et là, Caressa son front, essuya son nez; ‘Je t’ai tant cherché, morte de panique, Mon bijou, mon or, mon trésor’, s’écria-t-elle, En cajolant l’enfant, entre rire et larmes. C’est cela l’amour d’une maman, Rien ne peut l’égaler, vraiment rien !
(Ma.Ilé. Tangappa, déc.2004) trad. Ponny Gobalakichenane
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Un poème moderne-2
Parmi les intellectuels contemporains de Pondichéry (Puduchery) ayant contribué à rehausser la réputation de cette ville, Ma.Ilé.Tangappa (k.,ny.jq;fg;gh) est l’un des plus remarquables. Poète, essayiste, écrivain éminent, il est profondément humaniste, ne suivant personne et n’écoutant que son cœur et sa conscience.
Né en 1934 dans une belle région de l’extrême sud de l’Inde, il vint avec sa femme enseigner à Pondichéry dont
il fit la ville d’adoption. Et c’est ici qu’il commença ses grands combats pour la défense de la langue tamoule (en
constante perte de vitesse devant l’anglais et le hindi), en collaboration avec le regretté Irâ.Tirumurugane (cf. L.C.C.P.
no.60) et quelques autres. Initié très tôt par son père à la littérature de sa langue maternelle, il continue à combattre
ceux qui la méprisent ou la dénigrent surtout par ignorance et/ou par snobisme. Il mène une vie simple de sage, selon
ses principes d’amour de la nature et de respect des autres. Ses écrits et actions pour un bon apprentissage de Tamoul
sont innombrables. Nous avons choisi aujourd’hui l’un de ses nombreux poèmes, ‘Tâï’.
M.Gobalakichenane
ISSN 1273-1048
No.70
Décembre 2010
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)
Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS
GJr;NrhpaH fiy kd;w kly;
Rédaction : M.Gobalakichenane
22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France
Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 70 Page 1 Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 70 Page 2 Kâravélane fhuNtyd;
Léon Saint-Jean, dit Kâravélane, est né à Pondichéry, le 23 août 1900, dans une famille catholique. Son père était un avocat réputé. Il perdit sa mère à l’âge de deux ans et fut élevé par son grand-père maternel. A l’âge de six ans, il alla rejoindre son père à Karikal où il commença ses études primaires à l’école bien connue Cana Mannavan. Quand il continua ses études secondaires, à l’Ecole centrale de cette ville, il fut vite distingué pour ses aptitudes en français et en latin.
A l’âge de dix-sept ans, il revint à Pondichéry pour poursuivre ses études au Collège Colonial (Lycée français actuel) où il se montra déjà très actif. Il commença à publier ‘Le Collégien’ qui parut pendant trois ans. Après avoir réussi au Baccalauréat, il choisit de faire des études de droit, tout en continuant à approfondir ses connaissances en littérature tamoule.
L’année 1923 fut un grand tournant: il est nommé instituteur. En même temps, ses actions politiques l’amenèrent à participer comme observateur au ‘Congrès’ de Kâkinâda. Il commença à publier, en collaboration avec quelques autres jeunes, un hebdomadaire tamoul ‘Kudiyarasu’ (FbauR), la République.
En 1924, à l’âge de vingt-quatre ans, il se rendit encore comme délégué au ‘Congrès’ de Belgaum. Ses actions politiques l’obligèrent alors à démissionner de sa fonction d’Instituteur: en effet, il partit de nouveau comme délégué au ‘Congrès’ de l’année suivante à Kawnpur.
Il épousa Sindatriammâlle, originaire de Karikal, dont il aura trois filles et un fils.
En 1927, il vint en France où il obtint sa licence en droit à l’Université de Poitiers.
A son retour, il fit la connaissance du syndicaliste tamoul Tirou Vi.Kaliyânasoundaranâr dit ‘Tirou Vi.Ka’ (jpU tp.f.) qui dirigeait alors un journal de gauche, ‘Navasakti’(etrf;jp). Il y publia son premier article tamoul.
En 1930, il entreprit son deuxième voyage en France au cours duquel il rencontra les grands indianistes comme Sylvain Lévi, Jules Bloch et Jean Filliozat. Ce dernier fut également enchanté de cette rencontre qui fut le début d’une sincère et profonde amitié et d’une longue collaboration littéraire féconde.
En 1932, il fit son troisième voyage pendant lequel il rendit compte de ses observations en Europe dans des articles publiés par le quotidien anglais ‘Hindu’ de Madras. Ses actions politiques continuèrent également en parallèle avec les mouvements de Gandhi.
En 1937, à son retour du quatrième voyage en France, il fonda à Karikal l’Institut d’Indianisme. Et, tout en continuant ses actions politiques, il entreprit des œuvres de recherches et de traductions tamoules pendant la Seconde guerre mondiale et jusqu’en 1946. Il traduisit ainsi des poèmes de Tâyoumânavar (jhAkhdtH), PaTTinattâr (gl;bdj;jhH) et Bâradiyâr (ghujpahH).
Elu sans opposition comme représentant de Tirounallâr (jpUes;shW), banlieue de Karikal, à l’Assemblée de Pondichéry, en 1946, il se fit remarquer, en 1948, par son discours célèbre pour l’intégration immédiate des Etablissements français à l’Inde indépendante. En 1949, il fonda un nouveau parti ‘Merger Congress’ (Congrès pour l’Intégration), en s’opposant ainsi fermement au gouvernement français et, à ce titre, rencontra Jawaharlal Nehru pour parler de la situation des Comptoirs français.
Source: Volume commémoratif,
60ème anniversaire, Pondichéry
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 70
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Fidèle à ses convictions politiques, il refusa la Légion d’honneur offerte par le gouverneur Baron. Trouvant que Paris tergiversait pour le transfert des Etablissements français, il souhaita in- tensifier le mouvement en 1954. Mais, les conflits internes avec d’autres politiciens locaux comme Edouard Goubert, devenu opportunément E.G.Pillai (cf.L.C.C.P. no.23), l’attaque par les ‘goondas’ (‘tontons macoutes’ de Pondichéry), et la nouvelle tournure prise par les événements lui feront abandonner la politique.
Mais, le sentiment nationaliste n’occultait pas le savant français, puisque l’Institut français d’Indologie de Pondichéry, dirigé par Jean Filliozat devait publier en 1956 ses traductions des Chants dévotionnels tamouls de Kâraikâlammaiyâr, comme le numéro1 de la série IFI, lequel sera réédité en 1982 (compte rendu de Pierre Filliozat dans le Journal Asiatique de 1984).
Dans l’introduction à l’opuscule publié à l’occasion de son 60ème anniversaire, Emmanuel Pouchpadass, autre Pondichérien célèbre, alors ambassadeur de l’Union Indienne à Tokyo, écrivait à son propos:
«J’étais encore sur les bancs du Collège (Lycée français actuel), à Pondichéry, quand la renommée de Maître Léon Saint-Jean était déjà dé- finitivement établie à Karikal. Renommée à trois faces en quelque sorte, car elle concernait un jeune et brillant maître du barreau, un homme poli- tique plein de promesses et un écrivain bilingue de talent. Maître Saint- Jean possédait donc un heureux mélange de dons pour le droit, la politi- que et les lettres, et il s’en servait d’une manière qui faisait l’objet de no- tre admiration.
Quand, peu après, je me rendis en France, quelle ne fut pas ma sur- prise d’entendre le nom de Maître Léon Saint-Jean cité par les grands indianistes Français de l’époque avec respect et affection! Enfant de Pon- dichéry, j’étais fier qu’un tel hommage fût rendu à l’un de mes aînés. Ma fierté fut d’autant plus grande que j’ai toujours conservé de secrètes atta- ches avec Karikal, ma ville de naissance. Je fus impatient d’approcher l’homme et de mieux connaître son œuvre et son action. Mais la guerre et les circonstances me privèrent longtemps de cette joie.
Pendant ce temps, la célébrité de Maître Léon Saint-Jean ne fit que croître: elle s’étendit jus- qu’à Delhi qui était alors, en un sens, plus loin de Pondichéry que Paris. En effet, quand je vins à Delhi, après l’indépendance, je constatai que le nom de Léon Saint-Jean n’y était point inconnu dans les milieux politiques aussi bien que culturels.
La vraie mesure, toutefois, de l’homme et de son œuvre tant politique que littéraire, ne me fut révélée que lorsque je retournai enfin à Pondichéry, chargé par le Gouvernement central de prendre la direction de l’enseignement du jeune Etat, nouvellement intégré à l’Union Indienne. De- puis lors, j’ai le bonheur d’être en contact direct avec cet aîné pour qui je garde depuis mon adoles- cence une sincère et affectueuse admiration. Il est bien tel que je l’avais toujours imaginé: loyal envers son pays, intègre en politique, remarquable au barreau, subtil et attachant dans ses écrits, enfin et avant tout profondément humain et généreux. »
Evoquant son art de traduire le tamoul, Jean Filliozat écrivait dans le même opuscule: «A Kâravélane, ces réflexions, pour lui superflues, mais que son exemple a inspirées…»
Les Pondichériens n’eurent pas la joie de célébrer son 70ème anniversaire, car il s’éteignit le 4 décembre 1965 (1), alors même qu’il pouvait continuer à servir sa langue tamoule encore insuf- fisamment connue, puisqu’elle était et reste une ‘langue sans pays’.
(Collationné par) M.Gobalakichenane
(1) Date aimablement communiquée par David Annoussamy. Première Publication de l’IFI: Les chants dévotionnels de Kâreikâlammeiyâr Le mathématicien tamoul S. Ramanujan (1887-1920) jkpo;ehl;Lf; fzpj Nkij rPdp. uhkhD[d; (1887-1920)
Le 19 août 2010, la France a été honorée à Hyderabad par l’attribution des médailles Fields à deux mathémati- ciens, Cédric Villani et Ngô-Bao-Châu. Ceci nous amène à rappeler la courte vie d’un célèbre mathématicien tamoul, décédé il y a 90 ans, Ramanujan, fils de Srinivasan.
En Inde, on faisait mémoriser aux jeunes les tables de multiplication des nombres frac- tionnaires tels que 1/2, 1/4, 1/8, 1/12, 1/16, 1/32,…, 3/4, etc. Les Français de Pondichéry remar- quèrent déjà ces méthodes étonnantes qui leur permettaient de faire des calculs mentaux beau- coup plus rapidement qu’eux. Le mécanisme mental similaire se retrouve chez Ramanujan. Contemporain de Rabindranath Tagore, il passa comme une comète au début du XXème siècle, en raison probablement de ses faibles connaissances d’anglais.
Ramanujan est né le 22 décembre 1887 à Erode (<NuhL), ville de sa mère, située sur la rive droite de Câvéry, à 160 Km environ au nord-ouest de Trichinopoly, dans une famille très pauvre de brahmanes vishnouite. Dès son jeune âge, il étonnait ses camarades de classe par sa prodigieuse mémoire. Mais, ses connaissances d’anglais restaient médiocres (1). Son père Srinivasan, de Kumbakonam (Fk;gNfhzk;), modeste comptable chez un parti- culier, ne pouvait subvenir aux besoins de la famille. Le jeune Ramanujan fréquenta les écoles publiques de la ville où il excella toujours en mathématiques, ce qui lui valut une bourse. En 1900, il développa, à l’âge de treize ans, ses connaissances de mathématiques avec son premier livre de S. Looney, “La Trigonométrie plane”. Il s’intéressa aux sommes et produits de séries et trouva des méthodes de résolution des équations de 3ème et de 4ème degré. En 1902, le livre “Synopsis of elementary results in pure mathematics” comprenant environ 6000 théorè- mes et autres formules de G.S. Carr, fit forte impression et l’influença pour le reste de sa vie. A dix-sept ans, ses travaux furent dignes d’un véritable chercheur en mathématiques (2). Ses résul- tats scolaires étant bons, il reçut une bourse pour entrer en 1904 au Collège de Kumbakonam. Passant son temps à ses recherches en mathématiques, il négligea les autres matières comme l’anglais, ce qui lui fit perdre la bourse. Après une escapade, à l’insu de ses parents, à Vizagapatnam où il continua ses recherches, il revint en 1906 à Madras (Chennai), pour passer un examen d’entrée à l’université. Tombé malade après avoir été quelques mois aux cours, il n’obtint pas les notes suffisantes dans les autres disciplines pour entrer à l’Université de Madras (3).
Grâce à l’aide d’un Professeur, il put étudier au Collège Patchaiyappa de Chennai. Il fut aidé par Ramachandra Rao, membre de la Société des Mathématiciens de l’Inde. En 1911 et 1912, il publia dans le Journal indien de Mathé- matiques quelques traités qui attirèrent l’attention de plusieurs spécialistes sur ses travaux. Pour gagner sa vie, il accep- ta un poste de commis dans l’administration du Port de Chennai pour un très maigre salaire et pour améliorer ses reve- nus, en dehors de ses heures de travail, il donna des leçons particulières aux élèves.
En ce temps, un mathématicien anglais très réputé, nommé G.H.Hardy, publia un problème très ardu deman- dant aux mathématiciens du monde entier d’y apporter une réponse. Ramanujan envoya à ce professeur sa solution, en y ajoutant quelques théorèmes supplémentaires. A la réception de cette réponse G.H.Hardy le prit pour un Professeur de Mathématiques. Mais, quand il sut ce qu’il était, il fut très étonné et envoya une réponse de compliments. Avec l’aide de E.H.Neville, il fit tout le nécessaire pour le faire venir en Angleterre (Cambridge). Deux ans plus tard, Rama- nujan reçut le titre de docteur, au milieu d’une assemblée de plusieurs mathématiciens célèbres. En 1918, il fut élu même membre de la ‘Royal Society’ et aussi ‘Fellow of Trinity College’.
Une anecdote: au vu du numéro 1729 d’un taxi, il étonna son accompagnateur Hardy, en disant que c’est un nombre remarquable, car c’est le plus petit nombre entier pouvant être obtenu comme somme des cubes de deux nom- bres de deux manières différentes (1729 = 93 + 103 = 13 + 123 ), type connu sous le nom de ‘nombre de Ramanujan’.
N’ayant pas supporté le climat de l’Angleterre où il avait été atteint de tuberculose, il tomba gravement malade
à son retour au Tamilnadou, en mars 1919. Il décéda à Kumbakonam, le 26 avril 1920, à l’âge de 32 ans (4), laissant
plusieurs carnets de notes et de résultats regroupés plus tard sous le nom de ‘Cahiers de Ramanujan’.
Yann Ostyn
(1) ‘Thamijt thâttâ’ U.Vé. Sâ. n’a pas appris l’anglais non plus, craignant de manquer de temps nécessaire à ses recherches et travaux d’édition des chefs d’œuvre de la littérature classique tamoule.
(2) Par exemple: étude de la série de terme général 1/n ou des nombres de Bernoulli.
(3) Sa famille le maria le 14 Juillet 1909, selon l’usage de l’époque, à Jânaki âgée de neuf ans, avec laquelle il commencera à vivre maritalement trois ans plus tard, avec des difficultés financières.
(4) On ne peut s’empêcher de penser ici au génie français Evariste Galois, de Bourg-la-Reine (dont le bicentenaire tombe en 2011), mort de façon pathétique à 21 ans, lors d’un duel .
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 70
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http: //www.puduchery.org
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kdkhHe;j 2011 nghq;fy; tho;j;Jf;fs; Illustration ‘Dinamalar’