Lettre du CCP n° 69
Sommaire
- — Une œuvre de littérature morale en tamoul : Moudoumojik kândji
- — Une Lettre de Bellecombe de 1790
- — Aurobindo accueilli par Bâradiyâr à Pondichéry, en 1910
Numéro 69 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Septembre 2010.
1 MHfyp Ayfj;J kf;fl; nfy;yhk;
Xjypw; rpwe;jd; nwhOf;f Kilik.
2 fhjypw; rpwe;jd;W fz;zQ;rg; gLjy;.
3 Nkijapw; rpwe;jd;W fw;wJ kwthik.
4 tz;ikapw; rpwe;jd;W tha;ik
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5 ,sikapw; rpwe;jd;W nka;gpzp
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6 eyDil ikap dhZr; rpwe;jd;W.
7 FyDil ikapw; fw;Gr; rpwe;jd;W.
8 fw;wypw; fw;whiu topgLjy; rpwe;jd;W.
9 nrw;whiur; nrWj;jypw; ww;nra;if
rpwe;jd;W.
10 Kw;ngU fypw;gpd; rpWfhik
rpwe;jd;W.
Moudoumojik kândji
siRanda pattou (les dix meilleurs)
1 Aux gens de ce monde cerné par l’océan:
Plutôt que d’enseigner, être un honnête
homme.
2 Plutôt que l’amour des gens, une vie
exemplaire forçant le respect.
3 Plutôt que l’érudition, la souvenance de
l’acquis.
4 Plutôt que l’opulence, la vie dans la vérité.
5 Plutôt que la jeunesse, une vie sans
maladie.
6 Plutôt que la beauté, la pudeur.
7 Plutôt que la haute naissance, la bonne
éducation.
8 Plutôt que d’apprendre, suivre les pas
de ceux qui ont appris.
9 Plutôt que de mépriser l’ennemi, chercher
à s’améliorer.
10 Plutôt que de chercher la grandeur et
chuter, sauvegarder le présent.
(Trad. M.Gobalakichenane)
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Kisf;Fkh? Une œuvre de littérature morale en tamoul : Moudoumojik kândji jkpopy; XH mw ,yf;fpak; : KJnkhopf; fhQ;rp
Si les Tamouls sont bien connus, plutôt mal aimés, devrait-on ajouter, en raison d’une longue période d’ignorance et d’amalgame avec les événements de Sri Lanka, la littérature de leur langue, plus que deux fois millénaire, continue à être injustement méconnue. Récemment, le Tamoul a été reconnu comme ’langue classique’ (nrk;nkhop) par le gouvernement fédéral de New Delhi (très tard, pour des raisons éminemment politiques).
Nous publions aujourd’hui quelques extraits d’une oeuvre tamoule signifiant ‘Anciens Proverbes’, faisant
partie du sous-groupe ‘PadinenkîjkaNakkou’ (gjpndd;fPo;fzf;F) et rangée dans la littérature de morale
(mw ,yf;fpak;). Due au poète Madouraïk KoûDaloûrkijâr (kJiuf; $lY}HfpohH) du 5ème siècle environ (*),
elle est composée de dix sections contenant chacune dix aphorismes dont le premier comporte une apostrophe
commune. Nous donnons ci-dessous la traduction de la première section dite des ‘meilleurs’.
M.Gobalakichenane
(*) Les datations des anciennes œuvres tamoules sont souvent très imprécises.
ISSN 1273-1048 No.69 Septembre 2010
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)
Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS
GJr;NrhpaH fiy kd;w kly;
Rédaction : M.Gobalakichenane
22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France
Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 69 Page 1 Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 69 Page 2 Une Lettre de Bellecombe de 1790 - 1790,y; ngy;Nfhk;G vOjpa fbjk;
Bellecombe, ex-gouverneur de l’Ile Bourbon (La Réunion), puis Gouverneur général de Pondichéry et vaillant défenseur en 1778 (cf. aussi LCCP no.43 de mars 2004), et ensuite Gouverneur général de St Domingue, est resté royaliste pendant la Révolution. Nous reproduisons ci-dessous, avec l’orthographe de l’époque, une lettre de lui adressée à son fidèle ami Launay, retrouvée au Département des Manuscrits Occidentaux de la Bibliothèque Nationale de France à Paris.
Montauban le 9 février 1790
J’ai reçu ce matin, mon très cher Launay, votre lettre du 25 du mois dernier par laquelle j’apprends avec grand plaisir votre prompt et heureux voyage d’Angleterre, je ne suis point étonné du peu de tems que vous avez mis à terminer vos comptes avec le prince, parce que je connais depuis longtems vos talens et votre grande exactitude dans tout ce que vous faites. Votre besogne a été terminée dans deux heures, je vous en fais mon compliment bien sincère ainsi que de votre heureux retour. Je vous avoue que j’ai été et que je suis encore anéanti, en apprenant par votre ditte lettre que le décret de l’Assemblée Nationalle sur les pentions a réduit la mienne pour les six mois ce qui vraissemblablement la réduit a (rature sur ‘de’) 1000 livres-écus par an. Il n’est pas possible que je n’aye eu quelque enemi dans le comité de la dite assemblée qui a terminé ou fait ce travail: car il me semble qu’il n’est pas possible d’avoir si mal traité un officier général qui a servi pendant 40 ans comme moy, avec une activité et un zèle qui ne s’est jamais démanti dans presque toutes les parties du Monde. Il me semble avoir vû dans le Point du Jour qui est un papier publié que je reçois ici que la ditte Assemblée avait donné ou projetté un décret dans lequel il était dit que tous les officiers généraux qui jouissait (sic) des pensions au dessus de douze mille (rature) livres serait réduits à six mille et que ceux qui aurait (sic) fait en cette qualité en aurait douze et qui a plus fait la guerre que moi en guerre comme en paix puisque j’ai commencé la dernière guerre dans l’Inde en qualité de Maréchal des Camps et que je l’ai finie en Amérique sans augmentation de grade. J’ai occupé de grandes places qui m’ont obligé à la repésentation et à de grands besoins.
L’Assemblée nationnalle par le décret motte (sic) tout espèce de moyens de me les procurer dans un tens ou mes infirmités mes les rendrait (sic) les plus nécessaires, je dis tout espèce de moyens car la terre que j’ai achetée ne me produit rien ou presque rien, car tous les revenus ou la plus grande partie qui sont en rentes ne me sont point payées, tous mes enfiliotes(?) en étant refusées. Il (sic) viennent même de faire plus, car je viens d’être instruit qu’ils viennent de rendre au château de la ditte terre qu’ils avait (sic) abattu les jirouettes, et et fait un dégât énorme dans ce château, il est vrai que j’ai cela de commun avec presque tous les propriétaires des terres de tout le Quercy qui sont saquagés, dévastés et plusieurs brûlés. L’on ne peut pas dire que j’ay vexé ni maltraité nos vassaux car je ne les connais gaire (sic) encore. Vous savés d’ailleurs que ce n’est pas mon genre et que la douceur a fait toujours la baze de mon caractère. Enfin il faut ce soumettre à la providence, je vais tacher encore d’aller finir mes jours dans une petite campagne avec mes sœurs et ma femme. J’y vivrai fort mal à mon aise, mais que faire, il faut prendre patience tel était ma malheureuse étoile.
Sy vous n’aviés pas autant des affaires que vous en avés, mon cher Launay, je vous supplierais de vous informer s’il n’est pas commis quelque erreur sur la forte réduction de mes pentions de vingt-huit mille livres que j’avais. J’ai d’abord été réduit à seize et maintenant on me réduit à trois, ce qui me parait inconcevable; dans une autre espèce de décret il était dit que les pentions serait (sic) exactement payées telles quelles était jusqu’au 1er janvier 1790, et je vois par votre lettre que tout cela est détruit. Voyés, je vous répète, mon cher Launay, s’il est quelque moyen d’améliorer mon sort qui est malheureux et je puis vous le dire en vérité Vous connaissés le tendre et sincère attachement que je vous ai voué jusqu’au dernier moment de ma vie.
P.S; J’ai reçu exactement par la poste la pièce de satin brodé que vous vous avez eu la bonté de faire porter chés Mme la duchesse de Seau que vous lui faites remettre avant votre départ et j’espère que je recevrai également par l’ami Gautier ce que vous me marqués lui avoir remis pour moi. L’on m’a dit aujourd’huy avant(?) la croix de Saint Louis dans sa poche, recevez, s’il vous plait, les compliments de Madame de Bellecombe qui partage mon sort.
(Sans signature)
Bellecombe, avec la croix St
Louis (Musée de l’Armée)
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 69
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Aurobindo accueilli par Bâradiyâr à Pondichéry, en 1910
1910Mk; Mz;L GJr;Nrupapy; ghujpahH tuNtw;w mutpe;jH
Le gouvernement de Pondichéry (du Territoire de l’Union comprenant Karikal, Mahé et Yanaon) a célébré, le 4 avril 2010, le centenaire de l’arrivée d’Aurobindo (mutpe;jH) (1) dans cette ville qui se trouvera complètement transformée quelques décennies plus tard .
Mais, on oublie -ou l’on omet- souvent de rappeler que Soupiramaniya Bâradiyâr (Rg;gpukzpa ghujpahH) y était arrivé déjà, en 1908, et qu’ayant des amis de grande confiance, il a contribué beaucoup à faire venir Aurobindo et à lui trouver les premiers moyens de logement et d’installation.
Né en 1872 dans une illustre famille, Aurobindo Ghose fut emmené par sa famille en Angleterre où il fit ses études à Londres et à Cambridge. Revenu en Inde en 1893, il se mit au service du roi de Baroda (Gujerat).
La partition du Bengale en 1905, décidée par les autorités britanniques, fut un souvenir très douloureux pour tous les Bengalis, Hindous et Musulmans confondus. Aurobindo quitta alors Baroda pour Calcutta où il semble d’abord avoir été attiré, si non séduit, par des groupuscules bengalis de la manière forte. Lors du procès de bombe d’Alipore (1908-1909) (2), il fut libéré après un an d’emprisonnement pour manque de preuves. Resté longtemps solitaire en prison, des lectures d’une autre nature le poussèrent à s’éloigner de la politique (3).
Bâradiyâr avait participé, en 1905, au Congrès de Bénarès où il avait rencontré Sœur Niveditâ d’origine irlandaise. En 1907, il avait pris part aussi au Congrès de Surat où il avait sûrement connu et écouté Aurobindo Ghose, car celui-ci avait alors pris fait et cause pour Lokamaniya Tilak et sa méthode musclée contre l’administration britannique.
Bâradiyâr qui avait recommencé à publier ‘India’ (,e;jpah) à Pondichéry, en 1908, fut contraint de cesser cette publication en mars 1910. Par ailleurs, il publiait aussi en tamoul, en son nom personnel, le ‘Karmayôguy’ (fHkNahfp) qui était le reflet du ‘Karmayogin’ anglais d’Aurobindo Ghose.
Lorsque V.O.Sidambaram Pillai (t.c.rpjk;guk; gps;is) chercha en 1906-1908 à collecter de l’argent pour démarrer contre la Compagnie britannique sa propre Compagnie de Navigation Swadeshi (‘Swadeshi Steam Navigation Company’), Bâradiyâr et son ami Mandayam Srînivâsâchâriyâr (kz;lak; rpuPdpthrhr;rhupahH) envoyèrent à cet effet le jeune frère de ce dernier, Pârthasârady, au nord de l’Inde. Celui-ci rencontra alors Aurobindo Ghose et lui parla du mouvement de résistance dans le sud de l’Inde, des difficultés rencontrées à Madras et de la continuation de publication de ‘India’ à Pondichéry. L’idée d’asile à Pondichéry commença alors à germer chez Aurobindo Ghose.
(1) En cette année, on célèbre également les cinquantenaires d’indépendance de plusieurs pays d’Afrique dont le Sénégal qui érige une statue commémorative de l’embarquement des esclaves. (2) Son jeune frère sera condamné à mort, sentence commuée ensuite en prison à vie, puis libéré en 1920. (3) Quelques uns de ses biographes avanceront plus tard qu’il pressentait déjà l’obtention de l’indépendance qu’il avait souhaitée. Aurobindo Ghose vers 1908
Source: ‘Chittira Bharady’,
A.R.Padmanabhan (1957)
Soupramaniya Bâradiyâr
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 69
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Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur :
http: //www.puduchery.org
Inquiété de nouveau par la justice britannique en 1910, il décida de partir à Chandernagor,
d’où il comptait venir se réfugier à Pondichéry, persuadé que ses amis politiques l’aideraient
sûrement. En mars 1910, un jeune Bengali apporta une lettre annonçant la décision d’Aurobindo de
venir à Pondichéry et priant de faire le nécessaire pour son séjour. Bâradiyâr et Mandayam
Srinivâsâchâriyâr se rendirent avec la lettre chez Kalavai Sankaran Chettiyar (fyit rq;fud;
nrl;bahH) pour lui en parler; et celui-ci, malgré les risques encourus, accepta de donner asile à
Aurobindo, au premier étage de sa maison.
Lorsqu’Aurobindo arriva, le 4 avril 1910, par le vaisseau ‘Dupleix’, Bâradiyâr et Mandayam Srînivâsâchâriyâr allèrent en tôni (Njhzp) le recevoir et l’amenèrent chez l’ami ‘Chettiyâr’. Deux mois après seulement, la police britannique de Madras eut connaissance de sa fuite à Pondichéry.
Ajoutons ici qu’un peu plus tard, arriva également à Pondichéry V.V.S.Iyer (t.Nt.R.IaH). Celui-ci, inquiété en tant qu’ardent nationaliste en Grande-Bretagne, avait quitté Londres et, passant par Marseille, Le Caire, la Turquie et Colombo, atteignit cette ville d’asile après de nombreuses aventures et escapades (4).
Les quatre réfugiés politiques passeront de longs moments discutant yoga, philosophie et mysticisme. Aurobindo apprit aussi le tamoul auprès de Bâradiyâr et il a même traduit en anglais quelques versets du Tiroukkoural (jpUf;Fws;). Mais, bientôt le patriotisme actif du poète tamoul (celui-ci continuait à captiver et haranguer ses lecteurs par ses poèmes et ses articles) et le mysticisme nouveau du bengali rendront leurs rencontres plus rares. Après un séjour de dix ans d’intense activité littéraire, mais passé dans la pauvreté et la grande misère à Pondichéry, Bâradiyâr quitta cette ville en 1918. Il fut vite arrêté à la frontière, près de Cuddalore (flY}H).
Quant à Aurobindo, devenu un nouvel homme assagi vis-à-vis des Britanniques et ayant abandonné la politique depuis son départ du Bengale, le séjour tranquille à Pondichéry lui offrit toutes les conditions idéales à la réalisation de ses expériences mystiques et il put continuer ses pratiques de yoga et de méditation, entouré d’un petit groupe d’amis fidèles.
Dix années plus tard, il aura une disciple franco-égyptienne nommée Mirâ Alfâssa et la décennie 1920-1930 verra le développement de la petite communauté, logée dans des bâtiments du quartier nord-est de Pondichéry achetés petit à petit aux Tamouls. Cette communauté prendra le nom d’Ashram, lorsqu’Aurobindo se retirera complètement des affaires matérielles, en en laissant l’entière charge à Mirâ Alfâssa devenue ‘La Mère’. L’arrivée de nouveaux disciples aisés, en majorité du Bengale et du Gujerat, et l’association des Français métropolitains venus travailler ou s’établir à Pondichéry trouvant là un meilleur espace de rencontre et d’épanouissement qu’au sein de la population locale tamoule donneront un élan insoupçonné à l’Ashram, désigné officiellement maintenant sous le nom de ‘Sri Aurobindo Ashram’. Ce développement qui a duré jusqu’à la mort de Sri Aurobindo en 1950 (et après jusqu’à celle de la ‘Mère’) et le démarrage d’ ‘Auroville’ de réputation internationale constituent une autre histoire bien connue du monde entier.
M.Gobalakichenane
(4) Plus tard, il devait mourir noyé d’un faux pas, en voulant sauver sa fille emportée par les eaux.
La première habitation d’Aurobindo Ghose en 1910
(‘Chittira Bharady’, A.R.Padmanabhan, 1957)