Lettre du CCP n° 67
Sommaire
- — La lutte pour la langue
- — Aimé Césaire et sa Da tamoule
- — Après 60 ans, Français seulement de nom
Numéro 67 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Mars 2010.
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La lutte de langue
“Quoi de plus naturel que d’apprendre sa langue
maternelle”, Soutiennent les lettrés du monde! Les enfants de ceux qui le clament ici Acquièrent d’autres langues à l’étranger! Mais ce que disent les savants chercheurs N’est suivi que par quelques pauvres comme nous! Ceux qui oeuvrent sans relâche pour le tamoul Se retrouvent toujours abandonnés à la rue!
Adopter le tamoul comme langue juridique N’est pas possible dans le gouvernement de ce pays! Ainsi nous continuons à perdre nos droits! Qu’allons nous faire maintenant? Sommes-nous seulement bons à nous lamenter? Il faut réclamer fort et faire notre devoir Sans faillir, quand nous serons prêts au combat, Qui pourra alors s’opposer à nous?
Tout en disant que cette langue est notre vie, Rester sans rien faire donnera-t-il résultat? Une bonne récolte, outre l’arrosage quotidien Et l’ajout d’engrais, exige aussi une protection! Nous, peuple à la volonté dure comme le diamant Allons-nous laisser mourir la belle langue tamoule? Finie la léthargie, prenons conscience de notre
“tamoulitude” Et recommençons la lutte pour notre langue!
Kovaïvânane, Centamijcelvi, déc.2007
(trad. de Câvéry Gobalakichenane-Ostyn )
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Lutte pour la langue
Des 6000 langues environ aujourd’hui, nous passerons à la moitié dans quelque temps. Seuls les linguistes comme Claude Hagège en France et certains comme lui dans d’autres pays s’en émeuvent et ne cessent de tirer la sonnette d’alarme. En effet, c’est un pan entier du patrimoine linguistique qui est entrain de disparaître sous nos yeux, avec la mondialisation et les politiques d’intégration nationale de nombreux pays. Certes, ici et là de nouvelles langues apparaissent comme les langues créoles mais elles sont loin de compenser les disparitions.
Nous publions ci-dessous le cri d’un poète tamoul se lamentant de l’état d’apprentissage dans son Etat de l’Union indienne. Ce problème peut être également transposé dans de nombreux autres pays. ISSN 1273-1048 No.67 Mars 2010
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)
Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS
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Rédaction : M.Gobalakichenane
22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France
Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 67 Page 1 Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 67 Page 2 Aimé Césaire et sa Da tamoule vNk nrNrUk; mtUila vNk nrNrUk; mtUila vNk nrNrUk; mtUila vNk nrNrUk; mtUila ‘Mah Mah Mah Mah’Tk; Tk; Tk; Tk;
En Martinique on appelait la nourrice d’un enfant sa Da, comme en Guadeloupe on disait sa Mabo (« ma bonne »).
Le poète Aimé Césaire, naquit et vécut enfant sur la Plantation Eyma de Basse- Pointe, dans le nord de la Martinique. Sa Da était d’origine tamoule. Les chants tamouls dont elle le berça restèrent dans sa mémoire.
Alexis Léger, blanc créole de Guadeloupe, le futur Prix Nobel Saint-John Perse, fut aussi initié enfant à la magie des sons sacrés de l’Inde par les servantes de sa mère, sur une plantation. Selon M. Raphaël Confiant « …il évoque les langues dravidiennes dont nous savons qu’elles remontent à plus de 2.500 ans avant Jésus-Christ, et parmi elles, ce tamoul qu’il a dû entendre fredonner par cette servante « qui sentait bon le ricin… Cette trop belle servante hindoue… disciple secrète du dieu Civa » qui fredonnait donc tout à la fois, chose extraordinaire, la plus vieille langue du monde, et la plus neuve, à savoir le Créole ».
Aimé Césaire aimait son peuple toutes races et couleurs confondues. Selon Evariste Zéphirin, essayiste martiniquais, le poète-maire s’asseyait pour faire causette dans l’escalier du père Noël Mardayé, surnommé Papa Noël, chef des koulis ($yp $yp $yp $yp) du “dépôt” d’Obéro au service de nettoyage de Fort-de-France, corvée qui était devenu le lot de ces koulis rejetés par la population martiniquaise.
M. Gerry L’Etang, anthropologue, qui a rédigé un rapport sur l’héritage des engagés Congo, Indiens et Chinois emmenés après l’esclavage à la Martinique, dépeint ainsi leur situation :
« Ce groupe de balayeurs indiens, renforcé d’apports successifs en provenance des plantations à mesure que s’étendait le chef-lieu, se vit attribuer l’exclusivité d’une tâche méprisée. Et le proverbe de s’enrichir d’une nouvelle acception : “tout Indien se retrouvera un jour ou l’autre balayeur de trottoir” En fait, l’expression énonce une malédiction ».
L’expression kouli fut utilisée par les Anglais, puis par les Français, pour qualifier un ensemble varié de travailleurs employés aux travaux pénibles.
Evariste Zéphirin témoigne ainsi de la vie dans le « dalot » :
« La tare héréditaire qui en fit des parias dans leur ancien pays, les poussait dans cette voie, comme si le karma se propageait hors de l’Inde pour les atteindre en Martinique. Les Koulis volés, peuple en marge de la vie, restaient ici comme là-bas, la dernière race après les chiens, des êtres juste bons à vivre dans les excréments, à mendier leur pain et à dormir dans les caniveaux (…) Tous ces Koulis (…) se réfugièrent sur une langue de terre marécageuse, l’îlet d’Au- Béraud, dans le quartier des Terres Sainville. »
Le sort des Indiens de l’habitation Bois-Debout en Guadeloupe a été ainsi décrit par la blanche-pays contemporaine Renée Dormoy :
«Assis par terre, les jambes croisées, tous mangeaient avec les mains. Où auraient-ils pris, pauvres gens, des écuelles et des fourchettes pour tant de monde ? Je crois même qu’ils n’en auraient pas souhaité, étant habitués à toujours manger avec les mains, comme les nègres du reste . »
Avec la Négritude, Césaire relevait le plus meurtri des opprimés, en vue d’en faire un fer de lance du respect de tout homme. Mais ce n’est pas à un mesquin ethno-centrisme qu’il donnait naissance.
Née du soulèvement de cœur d’un être humble et compassionné, la Négritude selon Césaire englobe toute la souffrance de l’humanité, celle, pour citer son Cahier d’un retour au pays natal :
de l’homme-hindou-de-Calcutta…
de l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture… sachant que
Chaque peuple quelque petit qu’il soit
Tient une partie du front
Donc en définitive est comptable
D’une part même infime
De l’espérance humaine.
Dans “Mémoire d’Au-Béro” M. Jean-Pierre Arsaye(*) relate ainsi la vie des Indiens et leurs rapports avec Aimé Césaire :
« Aimé Césaire (…) qui aimait spécialement discuter avec Homère Nahou, était chaleureusement accueilli dans le quartier. À chaque réélection du député-maire, les habitants d’Au-Béro se joignaient aux gens des Terres-Sainville, Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 67 Page 3 de Trénelle pour une retraite aux flambeaux aux premiers rangs de laquelle ils se plaçaient (…) Leur assiduité à la messe dominicale était irréprochable (…) ils se confessaient, communiaient, faisaient baptiser leurs enfants. L’absolution était toujours donnée à tel ou tel qui se trouvait à l’article de la mort… »
La doctrine césairienne bien comprise ne rejette la personne de quiconque. Elle tend à nous élever au-dessus de l’indignité enfouie en l’un et l’autre, à nous libérer de la méchanceté.
Aimé Césaire appréciait Madame Christiane Sacarabany (rf;ughzp rf;ughzp rf;ughzp rf;ughzp), qu’il appelait « Saca bénie ». Elle est l’auteur d’un roman intitulé “L’Indien au Sang Noir” et de “Son Matalon”(kj;jsk; kj;jsk; kj;jsk; kj;jsk;), un livre d’art illustré avec le concours de M. Luc Marlin, qui met en valeur les apports indiens à la culture antillaise.
L’écrivain Camille Moutoussamy (Kj;Jrhkp Kj;Jrhkp Kj;Jrhkp Kj;Jrhkp), originaire de la même plantation qu’Aimé Césaire, décrit dans son roman « Eclats d’Inde » ces rescapés d’une civilisation millénaire, et la créolisation du peuple qui a contribué à reconstruire les îles après l’abolition de l’esclavage.
Aimé Césaire avait aussi hérité, par son ascendance maternelle, d’une part de sang indien, selon ses proches, et surtout son arbre ancestral, établi par Madame Enry Lony, généalogiste de profession.
En 2003, il avait honoré de sa présence l’inauguration du buste du Mahatma Gandhi envoyé par l’Inde pour sa ville. Aux côtés de M. Serge Letchimy (y;kp y;kp y;kp y;kp) qui allait devenir son successeur à la Mairie de Fort-de-France, et plus récemment être élu Président du Conseil Régional de la Martinique, le Maître avait improvisé un fort bel éloge de l’apport incontestable des travailleurs indiens à tous les secteurs du pays Martinique.
Suresh Kumar Pillai (RNu; FkhH gps;is RNu; FkhH gps;is RNu; FkhH gps;is RNu; FkhH gps;is), écrivain, cinéaste et reporter indien, spécialiste de la diaspora et de l’engagisme, eut aussi le privilège de rencontrer le Poète de la Négritude lors du tournage d’un de ses films intitulé « A une Malabaraise ». Apprenant le décès du Poète, Suresh Kumar a écrit ces lignes :
“I feel so sad to hear this departure of a great soul. I remember the fondness and warmth that he extended to me when I met him. He immediately picked up his pen to write his name in Tamil when I offered him help. A wonderful human being with great compassion to all, particularly towards Indians…”
Le poète mauricien Khal Torabully a éprouvé lui aussi des sentiments très proches au contact du grand Nègre :
« J’ai rencontré Aimé en 1996, à la mairie de Fort-de-France. Son accueil et son humanité poétique ont laissé en moi une trace indélébile. Il a lu en toute complicité mon texte “Cale d’étoiles Coolitude”, bousculant ses activités d’élu, et nous avons partagé un extraordinaire moment de poésie et de profonde humanité… »
Linguiste émérite, le Chantre s’était même procuré des livres pour s’initier au Tamoul, qu’il trouva ô combien complexe ! Le 26 juin 2003, faisant l’honneur de me léguer son dictionnaire Tamoul-Anglais, Monsieur Aimé Césaire y avait inscrit les mots suivants:
« Je pense qu’il faudrait enseigner le Tamoul aux Antillais, bien entendu entre autres langues. »
Généreuse évidence, pour une langue qui fut parlée par des dizaines de milliers d’habitants de Guadeloupe et Martinique, avec le Bhojpuri, l’Ourdou et l’Hindoustani… Ce riche patrimoine linguistique, victime d’ostracisme scolaire et missionnaire, a fini par dépérir, ne laissant que des noms de famille ancestraux. L’usage des prénoms indiens furent interdits, au profit de prénoms bibliques.
La vastitude d’oubli, et souvent de rejet de son histoire qui pèse sur l’indo-antillais a de quoi laisser pantois, si on compare leur destinée à celle de ses frères et sœurs de sang déposés par les mêmes bateaux à l’île Maurice ou à la Réunion, avant la dispersion finale du reste dans les plantations de la Caraïbe.
M. Jean-Pierre Arsaye, chercheur enquêtant sur l’histoire d’Au-Béro, quartier indo-foyalais emporté en 1970 par le cyclone Dorothy, notait ceci :
« (…) ce fut en vain que je cherchai dans les archives… Notre histoire antillaise souffre d’oblitération. »
Alors n’oublions pas la Da tamoule du Chantre de la Négritude !
Jean S. Sahaï-Viranin
Nota: La version intégrale de cet article, « Aimé Césaire : Adagio pour la Da », est parue dans /L’Esprit Créateur/, volume 50, numéro 2, 2010, pp.136-157. Copyright 2010, /L’Esprit Créateur/. Merci à l’auteur et à l’éditeur.
(*) NdlR: la terminaison ‘aye’ - comme ‘ammé’, ‘ammâ’, ‘ammâlle’- dans un nom propre tamoul indique ‘dame’ ou ‘demoiselle’. Après 60 ans, Français seulement de nom
Dans le quotidien ‘The Telegraph’ de Calcutta daté du lundi 8 février 2010, nous avons trouvé un article sur Chandernagor, le cinquième comptoir ex-français qui a connu un destin bien différent de celui des quatre autres for- mant actuellement l’Etat (en fait le ‘Territoire de l’Union’) de Pondichéry. Nous en publions la traduction française.
« De notre correspondant
Lorsque le gouvernement indien prit en charge Chandernagor le 2 mai 1950, on déclara que “le gouvernement de la République indienne œuvrera pour le maintien de l’héritage culturel français dans la ville libre de Chandernagor selon les vœux du peuple de ce territoire et permettra la continuation ou l’établissement des services culturels par la République française”.
Quand quelques personnes de l’ancien comptoir français situé au bord de Hooghly, en collaboration avec le Ministère de la culture du gou- vernement central, les Départements de l’Etat [du Bengale Occidental] pour l’Education secondaire et la culture, la Mairie de Chandernagor et l’ONG ‘Héritage de Chandernagor’, inaugurèrent le vendredi matin, la cé- rémonie de trois jours du 60ème anniversaire de l’intégration de cette ville dans l’Union indienne, il n’y avait qu’un symbole de présence française.
Sophie Villain Onraet, secrétaire générale des Amis du Patrimoine Pondichérien qui était l’invitée principale et Jean Louis Rysto, Consul de France, étaient présents, mais les habitants de Chandernagor se plaigni- rent que ni le gouvernement français ni le gouvernement indien n’avaient tenu leur promesse.
« Bonjour Inde », déclaré comme “le rendez-vous de la France avec l’Inde”, avait ignoré la ville. Aucune vérita- ble trace de culture française ne subsiste à Chandernagor. ‘Le français est encore enseigné dans les écoles et dans un collège, mais l’enseignement est de mauvaise qualité’, se plaint Neline Mandal, une belge mariée dans la famille Man- dal de Gondalpara qui habite une résidence magnifique nécessitant des réparations d’urgence. Même l’Institut français où vécut le plus illustre gouverneur français, Dupleix, est en piètre état. Il est rempli d’objets poussiéreux et de quel- ques images de Dupleix. Quelqu’un veille-t-il à la bonne conservation de ces archives?
La rive, si magnifiquement éclairée auparavant, était devenue un kitsch, avec la promenade bordée de lumières multicolores criardes du style de la fête de Jagaddhatri qui représentait l’histoire de la ville. Des couleurs blafardes par- tout n’étaient pas esthétiques.
Kalyan Chakrabarty de l’Héritage de Chandernagor rappela que la fête avait été suggérée par le précédent gou- verneur Gopalkrishna Gandhi et qu’aucun fonds n’avait pu être trouvé de nulle part. Rysto proposa de la relier avec la célèbre fête de Jaggadhatri en novembre. Onraet déclara que, tout d’abord, les vestiges de l’architecture française se- raient identifiés et restaurés (ses ancêtres avaient vécu à Chandernagor, de la deuxième moitié du 18ème s. à la première moitié du 19èmes). Elle affirma qu’on n’aurait pas de problème pour trouver le fonds nécessaire. Elle pensait au cime- tière français et à la cour de justice abandonnée qui avait servi plus tard comme bureau d’enregistrement. Chakrabarty avança que des plans grandioses pour attirer les touristes ne serviraient à rien sans un hôtel. Le clou de la cérémonie fut une course d’aviron en mémoire des pêcheurs qui vivaient ici avant l’arrivée des Français.
On ne vit aucun signe de célébration ailleurs dans la ville. »
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 67
Page 4
Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur :
http: //www.puduchery.org
Nattramizh Pathippagam (Chennai, Inde)
vient de publier
la traduction française de
PATTINAPPALAI
de OurouttirangaNNanâr
(Ville et Désert)
à commander en France, chez le traducteur :
M.Gobalakichenane (voir l’adresse en p.1),
en envoyant un chèque de 12 €, frais de port inclus.
Célébration du 60ème anniversaire de l’intégration
avec l’Union indienne sur la grève de Chandernagor,
le vendredi 5 fév 2010
(Photo: Ananda Das)