Lettre du CCP n° 59
Sommaire
- — L’arrivée des tisserands de Pondichéry en France
- — L’ombre de la lumière
- — Ilavazhagi, la championne mondiale de Carrom
Numéro 59 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Mars 2008.
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L’ombre de la lumière
Le temps est précieux pour maman : Sur quelle chaîne, A quelle heure, Quelle série va passer, Elle retient cela très facilement.
Maintenant, Quand elle crie souvent, C’est contre les enfants Qui déplacent la télécommande.
Ma mère et ma femme
S’entendent même bien,
Ô surprise.
Qu’adviendra-t-il demain, Angoisses, Frémissements d’espoir, Et pour que l’horreur ne se réalise, Prières du fond du cœur.
Et manque de chance, Les autres dames venant à la maison Parlent aussi de cela.
Etres ayant perdu leurs voix,
A travers celles imaginées
Des personnages,
Leurs paroles
Prennent forme.
On se contenterait De pouvoir devenir, De quelque manière que ce soit, Un pauvre Personnage de série !
Rajan Attiyappan (Amudasuraby, juillet 2005) trad. par Câvéry Ostyn
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Un poème simple dépeignant un nouvel aspect de la vie actuelle de toutes les classes, moyennes et autres, au
Tamilnadu, et qui peut s’appliquer aussi à d’autres états de l’union Indienne, une évocation de l’arrivée en 1785 des
tisserands (iff;NfhsH) tamouls de Pondichéry en Ile-de-France et le rappel du récent exploit de la jeune
‘dalit’ (jypj;) de Chennai sont au menu de ce numéro de LCCP.
ISSN 1273-1048
No.59
Mars 2008
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)
Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS
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Rédaction : M.Gobalakichenane
22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France
Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 59 Page 1 Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 59 Page 2 L’arrivée des tisserands de Pondichéry en France
GJr;Nrupf; iff;Nfhsupd; gpuhd;R tUif GJr;Nrupf; iff;Nfhsupd; gpuhd;R tUif GJr;Nrupf; iff;Nfhsupd; gpuhd;R tUif GJr;Nrupf; iff;Nfhsupd; gpuhd;R tUif
Vîranaicker II rapporte, dans son journal tamoul de 1778 à 1792, p.168-169, le retour à Pondichéry le 21 juillet 1788 d’un groupe de cinquante tisserands tamouls. Ceux-ci furent été emmenés par Suffren, lors de son retour en France après sa glorieuse campagne de 1782-1783 dans l’océan Indien qui prit fin avec la signature du traité de Versailles de 1783.
Réservant à un futur numéro de LCCP l’évocation du séjour difficile de trois ans en région parisienne de ces premiers voyageurs pondichériens et de leur retour à Pondichéry, nous publions ci-dessous des extraits d’une étude datant de 1895 de Paul Marichal sur l’arrivée de cette colonie indienne.
« Quand de Thieux l’on se rend au Mesnil-Amelot par la route pavée venant de Juilly, et qu’on vient à croiser le chemin de Compans à la ferme de Stains, on remarque une croix de bois sur laquelle se lit l’inscription suivante :
« Dans le pays, on n’a plus une idée bien nette du souvenir qui s’attache à ce petit monument, appelée la Croix noire ou la Croix des Indiens.
« …M.Lebrun, ancien instituteur à Thieux, a laissé, sur l’histoire de ce village, quelques notes demeurées inédites. On y lit, touchant le sujet qui nous occupe : ‘Jacques-Jérôme Michaud de Montaran, intendant du commerce, conseiller au Parlement, devint seigneur de Thieux, à la mort de Jean de Montaran. ‘Il établit, dans les caves de son château, une manufacture des toiles indiennes et fit venir, pour cette fabrication, environ deux cents ouvriers indiens qui moururent tous de froid ; les uns furent enterrés dans le parc, les autres près de la route du Mesnil-Amelot, où on voit encore aujourd’hui une croix de bois nommée Croix noire ou Croix des Indiens et portant la date de 1784.’
« Ces lignes contiennent aussi quelques inexactitudes … [car nous avons eu] la bonne fortune de découvrir une curieuse série de documents relatifs à ce séjour de la colonie indienne à Thieux.
« …Revenant de sa dernière expédition (1), le bailli de Suffren avait emmené de la côte de Malabar (2) un certain nombre de fileuses et de tisserands. Son intention était de les établir dans l’île de Malte, afin de perfectionner l’industrie du coton dans un pays où ce textile est cultivé non sans succès.
« Ce projet ne put recevoir qu’un commencement d’exécution. Au bout d’une année environ, des motifs qui nous échappent déterminèrent Suffren à changer ses plans. Il rédigea un mémoire dans lequel il proposait au gouvernement français d’employer ces ouvriers. Il était ainsi, disait-il, possible de procurer des avantages signalés aux manufactures nationales, où l’on n’avait pas encore réussi à donner à la fabrication de la mousseline, de la percale, du basin et autres étoffes du coton la perfection des procédés de l’Inde.
« Le 8 mai 1785, M.de Calonne, contrôleur général des finances, s’entretint avec le roi [ Louis XVI] des propositions du bailli de Suffren. Il fut décidé que les Indiens seraient amenés en France, qu’on les réunirait dans un lieu isolé des autres manufactures, et qu’une fois familiarisés avec la langue et les usages français, on leur confierait des élèves.
« Deux mois après, le bailli de Suffren annonçait que les Indiens étaient dirigés sur Marseille, en attendant les ordres du roi…
« Les Indiens débarquèrent à Marseille dès le commencement d’août [1785]. Le gouvernement n’avait pris aucune disposition pour les recevoir.
« Tout d’abord on pensa utiliser le château de Madrid (3)…[Puis] il fut décidé qu’on les installerait provisoirement à Meudon. En conséquence, la comtesse de Brionne, qui avait la jouissance d’un appartement dans O CRUX AVE SPES UNICA CROIX ERIGEE EN MEoire DES INDI- ENS RESIDt A THIEUX EN 178.
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 59 Page 3 cette demeure royale, fut invitée à se retirer, et le gouverneur, M. de Champcenets, reçut l’ordre de faire déguerpir la population parasite qui s’était logée à Meudon à la faveur d’une tolérance assez communément pratiquée dans les palais que la famille royale ne fréquentait pas.
« Ces dispositions furent bientôt abandonnées… Les officiers municipaux de Moret proposèrent leur ville au choix du contrôleur général. Ils représentaient que les bâtiments de l’abbaye de Villechasson, transférée près de Provins depuis quelques années, constituaient un local commode et que la proximité de la Seine et du canal de Loing assurerait l’exportation des produits de la manufacture indienne.
« Cette demande méritait d’être prise en sérieuse considération. Elle eut le tort d’arriver trop tard. Quand M.de Calonne en eut connaissance, son choix était fixé ; il avait décidé d’entamer des pourparlers avec la maison de Saint-Cyr en vue d’obtenir la concession de l’ancienne abbaye de la Saussaye, voisine de Villejuif.
« En réalité, ce ministre n’avait fait que donner l’approbation de sa haute autorité aux arrangements pris par un de ses subordonnés…M.de Montaran. [Celui-ci, intendant du commerce] avait succédé à cet office à son père Michaud de Montaran après lui avoir été adjoint pendant vingt-cinq années….Il avait déterminé le choix de M.de Calonne pour l’abbaye de la Saussaye. Mais, cet immeuble, en mauvais état, ne pouvait être utilisé qu’après quelques réparations. En attendant qu’on pût les terminer, Montaran offrit gracieusement de mettre à la disposition du gouvernement une de ses propriétés, le château de Thieux, près de Dammartin-en Goëlle. Sa proposition fut acceptée.
« Escortés par une petite troupe que commandait un officier d’artillerie, M. Trublet, les Indiens furent mis en route (4). Ils arrivèrent à Thieux au commencement d’octobre [1785]. M.de Montaran procéda aussitôt à leur installation.
« La direction de l’installation fut confiée à un M.de Villechaise, que devait, très peu de temps après, remplacer le sieur Fourcade.
« Un des Indiens portait le nom de Pragachen, précédé du prénom chrétien de Louis (5) ; sachant un peu de français, il servait d’interprète à ses compagnons ; on l’appelai leur chef.
« Seul d’entre eux, il a laissé un souvenir personnel de son séjour dans notre pays. Si l’on feuillette en effet, les anciens registres de la paroisse de Saint Médard de Thieux, on voit, au bas d’un acte de sépulture, qui concerne précisément une des Indiennes, de la colonie, la signature de Louis Pragachen dessinée avec soin entre deux traits de crayon préalablement tracés pour guider sa main.
« Au demeurant, la colonie comprenait douze tisserands dont trois étaient qualifiés respectivement deuxième, troisième et quatrième chefs, un blanchisseur, un apprenti, un barbier, quatre dévideuses et vingt-six fileuses (6). A ce nombre, il semble qu’on doive ajouter six femmes qui, sans doute parce qu’elles ne travaillaient pas et partant ne recevaient pas de gages, ne figurent pas dans la liste fournie par le registre de comptabilité de l’établissement à laquelle nous avons emprunté les indications qui précédent.
« Les bagages des Indiens n’arrivèrent à destination qu’après eux, et non sans quelque retard. Cependant, dès le mois de décembre [1785], on considéra que la manufacture était suffisamment en activité pour recevoir des élèves : ceux-ci furent pris parmi les jeunes villageois de Thieux. »
Extraits de: ‘Une colonie indienne à Thieux, près Dammartin-en-Goëlle (1785-1787)’, par Marichal Paul
NdlR: (1) campagne 1782-1783 dans l’océan Indien. (2) en fait côte tamoule de Coromandel : ‘malabar’ s’appliquait aussi alors au ‘tamoul’. (3) construit par François 1er, connu aussi sous le nom de château du bois de Boulogne, il était délaissé par la famille
royale et tombait en ruines, mais il avait abrité une manufacture de soie; il sera démoli pendant la Révolution. (4) voir, pour la traversée de Lyon, LCCP no.15 de mars 1997. (5) une petite rue de Pondichéry, entre la rue Bârady et le boulevard Ouest, porte maintenant son nom. (6) nous reviendrons sur leur nom et sur d’autres détails dans un prochain article sur le séjour des tisserands. Actes-Archives communales de Thieux, Photo : M.Gobalakichenane (1998) Ilavazhagi, la championne mondiale de Carrom Nfuk; tpisahl;L cyf thifaH ,stofp Nfuk; tpisahl;L cyf thifaH ,stofp Nfuk; tpisahl;L cyf thifaH ,stofp Nfuk; tpisahl;L cyf thifaH ,stofp
Quand Ilavazhagi descendit de l’avion à Chennai le 22 février 2008, elle n’en crut pas ses yeux : cette fois-ci, en plus de son père, de nombreuses autres personnes l’attendaient, car elle était devenue très célèbre dans toute l’Inde. Enfin, on reconnaissait à sa juste valeur celle qui venait de remporter le titre de championne du monde de Carrom.
Le Carrom est un jeu de société très populaire en Inde et
dans les pays de l’Asie que nous avons présenté pour la première
fois, en 1992, aux Ulis. Par la suite, nous avons organisé plusieurs
séances d’entraînement, à la Maison pour Tous de Courdimanche,
lors des expositions (cf.LCCP no.14 de décembre 1996).
D’autres associations avaient également démarré à peu près à la même époque. Et l’on commençait à voir des tables de Carrom mises en vente dans les magasins de ‘Little India’ du quartier de la Gare du nord, à Paris. Une fédération française fut constituée à Pa- laiseau en 1998. Depuis lors, elle organisa en France plusieurs championnats nationaux et elle réussit à obtenir, de la fédération internationale de Carrom qui fê- tait ses 20 ans en 2008, l’organisation du championnat du monde en France.
C’est ainsi que la jeune Ilavazhagi participa, le 17 février 2008, au 5ème Championnat du monde de Carrom, au Palais des fes- tivals de Cannes (fhd fhd fhd fhd;). Plusieurs pays du monde y participèrent : Angleterre, Bangladesh, Bhutan, Corée du sud, Etats-Unis, France, Inde, Italie, Japon, Maldives, Pakistan, Sri Lanka et Suisse. Elle remporta avec brio la finale du Championnat contre une autre in- dienne P.Nirmala.
D’ordinaire, quand elle rentrait après avoir remporté d’autres titres (Championnat national, Championnat de l’Asie, Championnat SAARC), très peu de monde l’attendait à son retour. Quand elle de- vint le numéro un mondial des dames et probablement en raison de la nouvelle gloire rattachée à Cannes, son exploit rencontra un écho sans précédent et son retour fut chaleureusement fêté par ses admira- teurs, sans parler des médias tamouls qui ne tarirent pas d’éloges sur elle et sa famille.
En plus de son père et de sa petite sœur, elle fut reçue par de nombreuses personnes à l’aé- roport de Chennai, félicitée par le président de l’Association de Carrom de Chennai, Bangaru Ba- bu, et par Christudas Gandhi, un haut fonctionnaire (‘dalit’ - jypj jypj jypj jypj;- comme elle), secrétaire du gouvernement de l’Etat de Tamizhnâdou (jkpo;ehL muR jkpo;ehL muR jkpo;ehL muR jkpo;ehL muR), responsable de la Jeunesse et des Sports qui l’avait soutenue personnellement lors de tous les matches précédents et aidée à surmonter tou- tes les difficultés d’ordre pratique et financier dans son ascension.
Agée maintenant de 24 ans, elle est la fille aînée d’une famille très pauvre, habitant le
quartier nord de Chennai. Son père Irudayarâj qui l’avait encouragée pendant de nombreuses an-
nées et sa mère Selvi ne sont pas peu fiers de cette renommée internationale qui, espèrent-ils, leur
ouvrira de nouvelles voies susceptibles d’améliorer leur vie. Tout en participant aux compétitions
Carrom, Ilavazhagi avait cherché un travail, mais sans succès jusqu’à maintenant. Cette fois-ci,
elle s’est vu offrir un poste dans un Collège de Chennai.
M.Gobalakichenane
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 59
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Ilavazhagi, Championne du Monde
Photo : Dalitmurasu
Photo: M.Gobalakichenane (1995)