Lettre du CCP n° 58
Sommaire
- — La mer sombre
- — Le voyage tourmenté de Barras (1755-1829) à Pondichéry
- — Les Tamouls tiennent leur congrès mondial à Madras
Numéro 58 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Décembre 2007.
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La mer sombre
D’avant en arrière, comme une balançoire, Ô mer sombre, toi aussi, Tu vas et viens, Ô grande mer.
Ce sont ces nuages teintés de bleu,
Ô mer sombre, qui ici
Jettent leur ombre sur toi
Ô grande mer ?
Toi as rassemblé les grains de sable sur la côte,
Ô mer sombre, pourquoi
Cherches-tu à les emporter ensuite
Ô grande mer ?
Ta brise rafraîchissant agréablement, Ô mer sombre, tu Nous pousses à revenir vers la plage Ô grande mer.
Toi qui, en donnant le sel, nous offres le goût, Ô mer sombre, nous Ne t’oublierons jamais, Ô grande mer.
Toi qui produis toutes les perles Ô mer sombre, pures Comme des perles, nos pensées seront Ô grande mer. Aja.Valliyappa (trad.G.Ponny)
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Malgré les dangers encourus, l’homme a toujours été attiré par la mer (voir aussi Lettre no.47 de mars 2005). Le poète pour enfants Aja.Valliyappa rappelle élégamment ci-dessous quelques uns de ses caractères pacifiques.
On connaît bien Barras à l’époque de la Révolution, mais moins bien ses antécédents. Pour rappeler que le jeune Barras a foulé également le sol pondichérien, nous publions, en pages intérieures 2 et 3, une évocation savoureuse de son voyage de Marseille à Pondichéry qui fut déjà plein d’aventures.
Dès son élection triomphale en 1967, C.N.Annadurai baptisa Tamizhnâdou (jkpo;ehL
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jkpo;ehL, pays tamoul) ce qui restait du
démembrement de l’ancienne « Présidence de Madras », après la création de l’Andhra Pradesh de langue télougoue et les
rectifications de frontières avec les états de Karnataka et de Kérala qui ne furent pas sans problème et qui continuent à empoisonner
encore les relations interétatiques du Sud . Un article daté de 1968 rappelle, en page 4, les problèmes hindi et tamoul.
ISSN 1273-1048
No.58
Décembre 2007
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)
Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS
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Rédaction : M.Gobalakichenane
22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France
Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 58 Page 1 Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 58 Page 2 Le voyage tourmenté de Barras (1755-1829) à Pondichéry guh];]pd; ,d;dy; epiwe;j GJr;Nrupg; gazk; guh];]pd; ,d;dy; epiwe;j GJr;Nrupg; gazk; guh];]pd; ,d;dy; epiwe;j GJr;Nrupg; gazk; guh];]pd; ,d;dy; epiwe;j GJr;Nrupg; gazk;
La vie de soldat, pour Barras, commence par un exploit…galant. Il est cadet gentilhomme au régiment de Languedoc. Au lieu de rejoindre son corps, il se consacre à celui d’une dame des plus aimables. Et la dame tient si fort à son adorateur de seize ans qu’elle tâche de retarder son départ. …[Puis] Barras sert dans la compagnie d’Arnouville… Il apprend à monter à cheval sous la direction de La Poterie, un maître. A cheval, Barras aura toujours grande et fière allure. Il imposera…
Années sans relief. Barras se familiarise avec le métier de soldat. Il s’amuse aussi. Il découvre que rien de cette vie ne lui convient. Ni ses plaisirs ni ses occupations. Il a hâte de s’évader. Et puis le désir de voyager le lancine. Il servira au loin.
Il a maintenant vingt et un ans. Un de ses alliés, M.de La Brillanne, gouverneur des colonies, chevalier de Malte, commande à Port-Louis, capitale de l’île de France (1). Barras demande à passer auprès de lui. De là, il gagnera l’Inde où la guerre permettra de l’employer activement. Grâce au cousin de son père, l’illustre Jacques-Melchior de Barras, [il obtient un appui majeur de] M.de Sartine qui régente la Marine. [Celui-ci] vient d’envoyer à Pondichéry, pour y commander, un héros de ce temps-là, Bellecombe, dit « Bellecombe aux belles moustaches ». Il lui a recommandé de nommer Barras sous- lieutenant et commandant en second d’une compagnie de Sipahis. Dans cette troupe de nouvelle formation, Barras peut entamer une nouvelle carrière…Et le voici, en juin 1776, s’embarquant à Marseille.
Il voyage à bord du Duras, un bateau qui fait route vers l’Inde. La navigation est longue. On côtoie l’Espagne, et relâche à Cadix, puis à Madère. A Cadix pour les piastres. A Madère pour les bons vins. Car ceux-ci sont aussi appréciés en Orient qu’à Paris….[Après Ascension] nouvelle escale au cap de Bonne-Espérance [où] il fait la connaissance de Cook. Leurs entretiens sont si sympathiques que Barras est sur le point de suivre Cook dans son voyage aux terres australes.
Pourtant, il lui faut parvenir à destination. Son parent, le gouverneur La Brillanne, l’attend, le Duras mouille enfin devant Port-Louis, après avoir souffert encore dans le canal de Mozambique.
En La Brillanne, Barras découvre un chevalier de Malte un peu dévot qui ne s’interdit pas quelques « pêchés mignons ». Ce n’est pas un aigle, Néanmoins, il tient bien son île, juge le voyageur.
Il juge tout ce qui vient frapper ses regards et son imagination. Son libéralisme s’accroît chaque jour. Et c’est du spectacle de la vie qu’il a eu au régiment, qu’il a en île de France, qu’il aura dans l’Inde, et plus tard à Paris, que se fortifiera son libéralisme. Cela l’introduira dans la Révolution, à tort ou à raison, avec un cœur sincère.
Il est à table, un jour, chez La Brillanne, quand on amène devant eux une femme noire « stigmatisée ». Une vengeance de sa maîtresse blanche, qui en était jalouse. Le corps de la malheureuse n’est qu’une plaie : beau résultat obtenu avec des charbons ardents. Il ne reste plus au gouverneur qu’à placer la victime dans un hôpital et à négocier son affranchissement. Et Barras de maudire un régime qui ferme les yeux sur de pareils sévices.
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 58 Page 3 Il en a assez de Port-Louis. Le Duras a terminé ses réparations. Le moment est venu de reprendre la mer. Cela coïncide avec les préparatifs des Anglais, dont le point de mire est, à ce moment, Pondichéry (2). La bataille est pour demain, semble-t-il. Donc, Barras veut en être.
Ainsi Barras part (26 février 1777). Mais non pas seul. La Brillanne lui donne deux agréables compagnes de voyage. Une dame Chevreau « fort jolie femme » (vingt et un ans seulement, lui attribue Barras galant), et une demoiselle Goupille, qu’il trouve, elle aussi jeune et belle. La dame qui a beaucoup d’esprit et qui aime la conversation, va rejoindre son époux, qu’on appelle familièrement l’intendant Chevreau. (Il est commissaire général des colonies et ordonnateur des établissements français dans l’Inde). Las ! la belle ne le rejoindra pas intacte…
Relâche à l’île Bourbon (Réunion) « que les Anglais ont bien voulu nous laisser, dira Barras, parce qu’elle n’a ni ports ni rades sûrs. C’est un trait de leur générosité ordinaire.»
Le voyage se poursuit à travers les Séchelles, où règne, entre autres, un « prince » français, le sieur Delaunay. Mais Barras n’a pas fini avec les accidents de navigation …Son bateau donne contre un banc de sable. Un violent ouragan survient. Le capitaine du bateau, Pierre Blancard, un Marseillais, et son frère, qui s’accroche à lui, implorent Notre-Dame-de-la-Garde. Les marins les secondent dans les appels à la « Bonne Mère ».
Cependant la quille est brisée. Plus de mâts. Enfin rien ne manque…C’est dans la plus légère tenue que les deux jeunes femmes se jettent au cou de Barras. « Sauvez-nous » crient-elles. C’était le 12 avril 1777…
A présent les rescapés sont à terre, sur une petite plage, dans une île. Et quelle île ! A peine un arpent de superficie. Aucune végétation. Entretemps le bateau qui faisait eau de toutes parts a disparu.
On pratique un trou dans le sable, et voici de l’eau saumâtre. Les provisions de bouche sont insignifiantes. La faim commence à rendre mauvais les hommes. Déjà des murmures se font entendre. Les deux jolies femmes prennent peur : elles entendent bien qu’elles seront les victimes et l’alimentation forcée de ces hommes affamés. [Barras] emploiera toutes se forces à les défendre.
D’ailleurs cela ne sera point nécessaire. L’île qu’ils occupent est une des Maldives. Si celle-ci est déserte, les autres sont habitées. On multiplie les signaux. Et, peu après, des barques apparaissent. C’est alors que les naufragés apprennent leur position. Mais, ils obtiennent du riz. De quoi se nourrir un jour. Le lendemain, d’autres aliments leur seront apportés…
Le 15 mai 1777, un bateau de Chandernagor, la Bretagne, capitaine Termellier cadet, vient prendre les naufragés aux Maldives. Et le 24 mai, Barras débarque enfin à Pondichéry. Toujours en compagnie de Mme Chevreau et de Mlle Goupille.
Aussitôt il se présente à Bellecombe aux belles moustaches qui l’attendait impatiemment. Contrairement aux vues de Sartine, et pensant être agréable à M.de La Brillanne, le maréchal de camp de Bellecombe n’a pas réservé à Barras une place dans le corps des Spahis. Sartine lui a donné deux lettres de sous-lieutenance en blanc pour le régiment de Pondichéry. Bellecombe en a destiné une à Barras qu’il fait figurer à l’effectif depuis le 25 février 1777. Avant de le recevoir à Pondichéry, il disait de son lieutenant : « C’est un homme de condition ».
Bellecombe plaint ce « héros » qu’il voit arriver presque nu, mais il se félicite très rapidement de la recrue.
(Extraits de ‘Tel fut Barras’, Jean Savant, éd. Fasquelle, 1954) NdlR : (1) Ile Maurice
(2) Suite à l’alignement de la France aux côtés des Etats d’Amérique ayant déclaré leur indépendance. Les Tamouls tiennent leur congrès mondial à Madras et les partisans de l’hindi chahutent à Bénarès
Correspondant particulier Jean Wetz New Delhi, 4 janvier 1968
Le déchaînement des passions linguistiques vient de franchir une nouvelle étape en envahissant les congrès scientifiques. Dans le nord du pays, où Mme Gandhi inau- gurait mercredi la rencontre annuelle de quelques trois mille cinq cents hommes de science à l’université hindoue de Bénarès, les partisans de l’hindi ont assiégé le lieu de la réunion pendant toute la journée et ont mené une bataille rangée contre la police. Le même jour, à Madras, le congrès mon- dial des Tamouls a, de façon impressionnante, mobilisé les masses du Sud pour la défense de leur propre langue, ainsi d’ailleurs que pour le maintien de l’usage de l’anglais.
Malgré la présence de quatre mille policiers protégeant Mme Gandhi et les congressistes, les troubles ont été particulièrement violents à Bénarès. Alors que le premier ministre arrivait à l’université en hélicop- tère, les manifestants ont barricadé toutes les rues avoisinantes. Pendant plusieurs heures, ils ont fait front aux charges du service d’ordre et aux bombardements de grenades lacrymogènes. Quelques-uns réussirent à s’infiltrer dans la salle du congrès pour y brandir des drapeaux noirs, symbole indien de la désapprobation, au moment où le premier ministre commençait son discours inaugural.
Les cérémonies qui se déroulent actuellement à Madras sont d’un tout autre ordre. En principe, il s’a- git d’un grand festival du tamoul, langue qui est parlée non seulement dans le sud de l’Inde, mais par des dizaines de millions de Tamouls vivant à Ceylan, en Malaisie, à Singapour et en Indonésie. Des délégations sont même venues d’Amérique, d’Union soviétique et de Grande-Bretagne pour participer à ce « conseil de famille » qui devait être avant tout un congrès littéraire. La France y est représentée par M.Jean Filliozat, directeur de l’Ecole française d’Extrême-Orient et de l’Institut français de Pondichéry. Ces deux organis- mes comprennent en effet une section indologique fort développée, et les nombreux chercheurs qui y tra- vaillent ont apporté une contribution exceptionnelle aux études tamoules.
Des prisonniers poètes
Même en Inde du Nord, bien des gens reconnaissent les mérites de la langue tamoule et de sa littéra- ture particulièrement florissante. Quant aux citoyens de Madras, ils ne manquent pas d’ajouter qu’à l’en- contre de l’hindi, extrêmement pauvre et rigide, leur langue s’adapte avec beaucoup de souplesse au monde moderne. Le président Zakir Hussein, qui a inauguré le congrès, n’a d’ailleurs pas seulement vanté les « vertus créatrices » de la culture tamoule. Il a présenté le tamoul comme une « langue internationale » dont l’influence s’exerce à travers toute l’Asie du sud-est.
Le président de l’Inde a également souligné que la tradition tamoule a toujours été hostile aux « barrières » provinciales ou linguistiques. Il n’empêche qu’à un mo- ment où les querelles se raniment entre le nord et le sud du pays, le congrès de Madras prend une signification nettement politique. Ce caractère s’est manifesté dès son inau- guration lorsque, au milieu d’exclamations enthousiastes, le premier ministre de Ma- dras, M.Annadurai, a annulé une cérémonie au cours de laquelle devait être présenté au public un timbre commémoratif. Si, en effet, ce timbre porte en anglais quelques mots d’un célèbre poème tamoul – « Tout pays est mon pays , tout homme est mon frère » - les autorités de New-Delhi ont quelque peu manqué de tact en maintenant sur la vi- gnette une légende en hindi.
La rencontre mondiale des Tamouls fournit donc surtout une occasion d’exalter le patriotisme local.
Plus d’un million de personnes ont participé à une parade retraçant les grandes heures de la culture tamoule
dont la force se manifeste jusque derrière les murs de prisons. Les condamnés de la maison centrale de Ma-
dras ont en effet tenu à prendre part au concours de poésie qui constitue l’une des attractions du congrès.
Deux cents d’entre eux ont été libérés à la suite de ces exploits littéraires. Les dix prisonniers qui ont fait
preuve de dons particulièrement remarquables vont maintenant participer aux travaux des plus éminents re-
présentants de la culture tamoule à travers le monde.
(Article paru dans ‘Le Monde’ du 5 janvier 1968)
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