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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 54

Décembre 2006

Sommaire

  • — Comme sur les arbres, les fleurs juste tombées aussi sont belles
  • — Tricentenaire de l’arrivée de Ziegenbalg à Tranquebar
  • — Les anniversaires en 2006
  • — Des doctorants de l’Université de Chennai en France
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Numéro 54 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Décembre 2006.

   

            

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Vœux ? 

Comme sur les arbres,

Les fleurs

Juste tombées aussi

Sont belles.

Comment faire comprendre

A celui qui les balaie ?


On pourrait vivre

Avec l’innocence

D’un enfant

Si nous étions

Entourés seulement

D’enfants.

R.Umamageswari (Kanaiyazhi, juillet 2006) trad.G.Sundari     “!4  “!4  “!4  “!4    “”, ’   “”, ’   “”, ’   “”, ’ Les Anniversaires en 2006 0112  ", ’ 0112  ", ’ 0112  ", ’ 0112  ", ’

Nous ne pouvons terminer l’année 2006 sans rappeler que:

  • Il y a 50 ans, la France signait avec le gouvernement indien le traité de cession de ses comptoirs (1956).
    Malheureusement, certains des articles devaient devenir matières à controverse en ce qui concerne les possiblités et conditions d’option, les équivalences des diplômes pour continuation des études dans les Universités indiennes, le sort des fonctionnaires locaux, etc.

  • Il y a 100 ans, V.O.Cidambaram Pillai (“    “    “    “   ) fondait la Compagnie Swadeshi de Navigation (1906). Bâradiyâr contribua à lever les fonds nécessaires pour l’achat de son premier bateau.

  • Il y a 200 ans, éclatait la révolte de Vellore ("45  "45  "45  "45 1806). Venant après les rébellions de Puliththevan, Vira Pandiya Kattabomman, Umatthurai et Sivaththaiya à Panchalankurichi (6 7)  6 7)  6 7)  6 7)  ), des frères Maruthu et Velu Nachiyar à Sivagangai ( “7  “7  “7  “7) et d’autres, ce grand mouvement anti-britannique dans le sud de l’Inde reste encore méconnu des historiens de l’Union indienne.

  • Il y a 300 ans, mourait à Pondichéry le fondateur de cette ville François Martin ( (“    (“    (“    (“  1706).

Et surtout,

  • Il y a 300 ans (le 9 juillet 1706), Ziegenbalg arrivait au comptoir danois Tranquebar ( 7

    7

    7

    7): en pages 2 et 3, nous donnons les détails de sa biographie et de ses oeuvres au Tamilnadu.

Ajoutons également qu’il y a 500 ans, naissait St.François Xavier (  ” !  ” !  ” !  ” !1506) qui devait devenir célèbre pour ses missions en Asie du sud et en Extrême-Orient.

Et nous avons choisi pour la première page deux courts poèmes tamouls très simples. ISSN 1273-1048 No. 54

Décembre 2006


Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)

Lettre du CERCLE TUREL DES PONDICHERIENS


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Rédaction : M.Gobalakichenane, 22 Villa Boissière,
91400 Orsay, France Email: ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 54 Page 1 Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 54 Page 2 Tricentenaire de l’arrivée de Ziegenbalg 1706 à Tranquebar 8  7! " )7 !911" , ' 8  7! " )7 !911" , ' 8  7! " )7 !911" , ' 8  7! " )7 !911" , '

Tranquebar, passé sous autorité danoise depuis le traité signé en 1620 par le roi de Tanjore Ragunatha Nayak (  !  !  !  !) avec les négociants danois dirigés par l’amiral Ove Giedde représentant le roi Christian IV, servit plusieurs fois de lieu de refuge pour les Français de Pondichéry et de Karikal (en 1760-65, 1778-1785, 1793-1816). De même, la bourgade voisine Poraiyar vit venir s’installer la population tamoule de ces villes.

Bartholomäus Ziegenbalg, deuxième enfant de la famille d’un agriculteur, est né le 10 juillet (date sujette à caution, en raison de l’imprécision sur le calendrier julien…) 1682 à Pulsnitz, situé à 20 km nord-est de Dresde.

On ne sait pas grand chose de sa jeunesse. Durant la guerre des Trente ans (1618-1648), la plupart des maisons de son village fut incendiée et depuis lors, le village vivotait dans la misère et le désespoir. A l’âge de 10 ans, il perdit sa mère qui avait dit aux enfants qu’elle leur laissait un grand trésor à rechercher dans les pages mouillées par ses larmes de la Sainte Bible. Ces dernières paroles ont dû faire impression sur le petit qui perdit aussi son père deux ans plus tard. En outre, lors de l’incendie de Pulsnitz en 1694, leur maison prit feu et c’est la grande sœur Anna qui éleva depuis lors Bartholomäus en l’envoyant à l’école, puis au collège de Gorlitz. Lors de sa formation en langues classiques, il fit grande impression sur ses maîtres dont certains comme August Hermann Francke l’aidèrent à aller étudier la Théologie à Berlin. Peu après, il tomba malade; de plus la mort de sa soeur Anna en 1702 l’obligea à revenir à Pulsnitz. En 1703, il visita les universités de Leipzig, Wittenberg et Jena et décida de s’inscrire à celle de Halle, réputée alors pour son enseignement théologique spécialisé en Piétisme. La mort de sa petite sœur Regina en 1705 l’affecta beaucoup et, suivant les conseils de son entourage, il décida de voyager dans la région tout en travaillant dans le prêche.

C’est alors que certains de ses amis lui firent part de la recherche du roi Frédéric IV du Danemark de quelques missionnaires pour aller servir aux Indes Occidentales. Alors que Plutschau s’était proposé assez vite, c’est après beaucoup d’hésitations, en raison de son âge et de son inexpérience, que Bartholomäus se décida sur les insistances de ses amis et supérieurs. La mission initialement prévue aux Indes Occidentales changea ensuite en mission en Guinée. Mais, aucun vaisseau ne partit alors pour ces destinations alors que la « Princess Sophie Hedwig » allait à Tranquebar. On demanda aux deux missionnaires de s’y embarquer et le voyage commença le 29 novembre 1705. Ils arrivèrent au Cap de Bonne-Espérance en mars 1706 et débarquèrent à Tranquebar le 9 juillet 1706, non sans avoir attendu trois jours au large.

Son séjour à Tranquebar commençait mal, car selon les ordres secrets de la Compagnie danoise reçus par le Gouverneur, il ne devait pas y avoir d’efforts de conversion des autochtones et donc les missionnaires furent laissés à leur sort sur la plage par les autorités locales. Finalement, un employé prit pitié d’eux et les conduisit chez le père de sa compagne d’origine indienne parlant le Portugais, vivant dans le quartier portugais de Tranquebar.

Bartholomäus apprit que les Tamouls portugais étaient nombreux et aussi que l’Indo-Portugais parlé par les autochtones était différent du Portugais. Il put trouver un maître de Tamoul (âgé de 70 ans et aveugle) qui vint lui enseigner sa langue. C’est ainsi qu’il apprit d’abord le Tamoul, assis par terre comme les autres élèves et écrivant sur le sable, avant d’écrire sur des ôles. Ces premiers contacts avec les Tamouls enthousiasma Bartholomäus qui décida d’approfondir ses connaissances du peuple et de sa culture. Plus tard, il trouva ALagappan (   ) connaissant le Portugais, le Danois, le Néerlandais et l’Allemand, qui devint aussi son interprète et qui lui enseigna en Allemand la grammaire tamoule.

Devenus vite capables de parler en Portugais et en Tamoul, Ziegenbalg et Plutschau purent faire leur première classe de Catéchisme en Portugais le 6 novembre 1706. Alors que ce dernier s’occupait des Créoles et Indiens parlant Portugais, Bartholomäus prit soin des Tamouls.

En Septembre 1708, il fonda avec Plutschau la première paroisse luthérienne en Inde. Le registre qui comportait 102 paroissiens alors montrait plus du double en 1720, dont 147 sudras et le reste de castes diverses. L’éducation des enfants fut la première priorité et surtout celle des jeunes filles. Bartholomäus Ziegenbalg (1682-1719) Francke Foundations (Pub.D.Jeyaraj, 2006) Cour intérieure du Fort de Tranquebar Vue du bâtiment Est abritant le Musée (Photo M.Gobalakichenane, 2006) Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 54 Page 3

En 1709 arrivèrent trois autres missionnaires dont J.G.Bövingh qui ne s’entendit pas avec Ziegenbalg et
compliqua sa mission jusqu’à son départ au Bengale en 1711. Par ailleurs, depuis le début, les autorités voyaient d’un mauvais œil l’effort de conversion qui contrecarrait leur activité de commerçants et ses rapports avec elles restèrent pendant longtemps conflictuels. Ziegenbalg fut même emprisonné pendant quelques mois. Il s’en ouvrit auprès du Roi, mais ses premières lettres furent perdues.

A cette époque, il entreprit plusieurs voyages, à Karikal, Nagappattinam, Pulicat, Tirupati, Chennai où son séjour prolongé lui permit de nouer de bons contacts avec des Arméniens. Il put également améliorer ses connaissances du peuple et des coutumes locales.

Mais, ne pouvant mener à bien ses œuvres de mission, il décida de retourner au Danemark pour expliquer de vive voix ses problèmes. Après avoir surmonté plusieurs obstacles, il put enfin s’embarquer pour l’Europe, le 26 octobre 1714, accompagné d’un Tamoul converti nommé Peter Maléappen+ !  !  !  !). A son arrivée, le roi du Danemark étant en guerre, Ziegenbalg se rendit à son camp de Stralsund et trouva heureusement une oreille attentive et obligeante. Puis il se rendit dans sa région natale et fut reçu avec grande joie et émotion par ses amis, en octobre 1715, à Halle, Merseburg et Pulsnitz. Il obtint en mariage une ancienne élève, Maria Dorothea Saltzmann qui accepta de l’accompagner dans ses œuvres de mission à Tranquebar. Les deux repartirent en Inde en passant par Amsterdam et Londres où sa réputation l’avait précédé et où ils furent même reçus par le roi Georges 1er. Puis ils s’embarquèrent en février 1716 sur « Prince Frédérick » pour Tranquebar où ils arrivèrent le 31 août 1716.

En passant par Madras (actuel Chennai), il reçut l’aide du Gouverneur et ainsi encouragé par les nouvelles aides des sociétés protestantes britanniques, Ziegenbalg travailla avec plus de fermeté à sa mission, développa des écoles avec l’aide de J.E.Gründler et ouvrit à Tranquebar une école de formation de pasteurs autochtones.

Mais, bientôt le Secrétaire du Roi Ch.Wendt manifesta des différences d’opinion sur la méthode employée par Ziegenbalg, ce qui freina ses œuvres de pionnier d’inculturation. Dans ces conflits répétitifs, il perdit sa santé et juste après la construction terminée de l’église nommée « Nouveau Jérusalem » en octobre 1718, il s’éteignit le 23 février 1719, à l’âge de 36 ans.

Tout en faisant face courageusement à ces nombreux problèmes, il travailla à des traductions du Nouveau Testament en Tamoul simple (non poétique) et put installer, en 1713, avec beaucoup de difficulté une imprimerie à Tanquebar .

Parallèlement, il rédigea des descriptions de la religion locale et fit les traductions de certaines œuvres sapientiales telles que Oulaganîdhi ( 8  8  8  8 ), Konraiventhan ($)"  $)"  $)"  $)" ), Nîthivenba (8 $”,  8 $”,  8 $”,  8 $”, ) qui seront publiées au XXème siècle.

Grammatica Tamulica de Ziegenbalg fut utile aux travaux ultérieurs de F.R.Fabricius, K.Graul et autres. Et son Dictionnaire tamoul fut la base de tous les autres qui suivirent.

De tout ce qu’il avait appris sur les Tamouls, il rédigea également de nombreuses notes qu’il envoya à Halle. Certaines d’entre elles furent perdues et les autres publiées plus tard. Il est considéré à juste titre comme le pionnier des missions protestantes en Inde et le premier spécialiste Allemand en « Dravidologie ».

Premier Européen à traduire un texte tamoul dans une langue européenne, il resta longtemps oublié et fut réhabilité en 1956, lors du 250ème anniversaire de son arrivée en Inde. Depuis lors, ses œuvres commencèrent à être mieux connues et plusieurs furent publiées.

Ses travaux furent continués sur place par Pressier, Walther et Schultz, autant de noms moins connus des Pondichériens en général que Tachard, Pallu, Coeurdoux, Dubois etc., en raison des relations difficiles de l’époque entre Catholiques et Protestants et de leurs objectifs de conversion contradictoires.

Ajoutons que pour commémorer ce 300ème anniversaire de son arrivée en Inde, le gouvernement de l’Union indienne a émis un timbre à son effigie. M.Gobalakichenane Une page bilingue Tamoul-Allemand de la publication de 1715 de Ziegenbalg (due à Mme Sundari Gobalakichenane) Des doctorants de l’Université de Chennai en France   $  !:, “   $  !:, “   $  !:, “   $  !:, “

Les étudiants de l’Université de Madras (alias Chennai) auront désormais la pos- sibilité de sortir des limites de leur Cité et de séjourner à l’étranger durant la période de leurs recherches.

En effet, S.Ramachandran, Vice-Chancelier de l’Université de Madras et Patrick Chezaud, Président de l’Université de Grenoble, ont signé à cet effet une Convention de collaboration entre les deux Universités permettant l’échange d’étudiants chercheurs et la promotion des échanges culturels et académiques. Ce programme étendu aux Départe- ments de Français, Anglais, et Communication portera notamment sur l’échange des Post-doctorants et des Chercheurs durant les mois à venir.

Dr.Ramachandran a précisé que ce sera une collaboration durable de grande im- portance. Outre l’échange d’étudiants, cette Convention devrait faciliter l’organisation des séminaires et la collaboration dans les différents projets de recherche. Ainsi, les étu- diants de l’Université de Grenoble feront par exemple des recherches sur les perceptions de l’Inde, du 17ème s. à la période contemporaine. Il s’agira initialement de deux ou trois chercheurs des deux Univer- sités. Puis, petit à petit, cette collaboration sera étendue à d’autres Départements.

(Source: The Hindu, Education Plus, 18-12-2006)

Remarque: L’extrait publié ci-dessous déplorait l’absence de progrès dans les relations entre la France et l’Union indienne. Dix ans plus tard, l’es- poir de meilleure compréhension et de plus grande collaboration est-il permis ?
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 54 Page 4 InternetInternetInternet***** Internet***** Internet Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.17) sont sur :
http: //www.puduchery.org
     " ,    011;  , ’$7  "   011;  , ’$7  "   011;  , ’$7  "   011;  , ’$7  "   Il y a dix ans… « Décevantes relations indiennes »

C’est le titre de l’article publié, en 1996, dans la revue « Défense Nationale », par un spécialiste attentif à la situation des relations entre « la plus grande démocratie du monde avec ses castes et (la France) ». Après avoir rappelé ses caractéristiques, « 18ème PIB mondial, 5ème en parité du pouvoir d’achat, 200 M. de consommateurs, 5% de croissance », il regrettait que la France n’ait « pas cru à la réalité des réformes économiques indiennes, soulignait qu’elle « rêvait de la Chine » et rappelant que le nombre d’étudiants inscrits en hindi restait stable depuis vingt ans autour de cent, contre cinq à six fois plus pour le chinois et le japonais. Il ajoutait même que l’intérêt français pour l’Inde restait « stable dans la médiocrité ».

Tout en citant les grandes entreprises qui s’y étaient installées, comme Alcatel-Alstom, Lyonnaise-Dumez, Peugeot , L’Oréal, Sanofi, Danone, il trouvait le nombre d’expatriés très faible.

En diplomatie, il déplorait « les rencontres à très haut niveau très rares », trouvait que l’année de l’Inde en France (1985) et l’année de la France en Inde (1988) n’avaient pas tissé de liens forts et stables. A peine élu, relevait- il, le Président Chirac a reçu le Premier ministre Rao, mais ne s’est pas rendu à l’invitation du 26 janvier 1996 (fête de la République indienne), et il émettait des vœux de meilleur contact lors du cinquantenaire de l’Indépendance (1997).

« Comment envisager l’avenir ? Les observateurs les plus anciens et les plus avertis doutent de la durabilité en France d’un regain d’intérêt pour l’Inde…Dans tous les milieux l’Inde pâtit d’une image de misère, de désordre, de faiblesse liée à la non-violence et au non-alignement, contrairement à une Chine que le communisme a sorti des ni- veaux les plus bas du sous-développement, disciplinée et rendue forte sur la scène internationale. »

« En définitive, qu’il s’agisse des Etats ou des acteurs économiques, les sentiments qui semblent dominer sont l’incompréhension, la méconnaissance ou l’ignorance. Les images de chaque pays sont brouillées et peu reluisantes, elles conduisent à des blocages psychologiques. Pour les éliminer, il faudra beaucoup de temps et d’argent. Le lob- bying, la communication, sont des métiers de spécialiste à part entière. A Paris, les efforts méritoires et très officieux de quelques universitaires, hommes d’affaires et hauts fonctionnaires ne sauraient suffire à une si vaste tache. Les dé- cideurs des deux pays voudront-ils et pourront-ils investir afin d’engager un partenariat plus conséquent ? En l’état actuel des choses, rien ne paraît moins sûr. »

Christophe Hémery, dans « Défense Nationale », novembre 1996 pp.111-116 The Hindu,18-12-2006