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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 49

Septembre 2005

Sommaire

  • — La littérature sapientiale tamoule et E.Ariel
  • — Un buste de Dupleix ?
  • — Les langues vivantes et la mondialisation
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Numéro 49 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Septembre 2005.

         

      

      

      

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Elle est plus douce que l’ambroisie (pour les époux), la bouillie de riz qu’ont tourmentée les petites mains de

leurs enfants.
(Procréation des enfants K.64) Celui qui voit les douces paroles causer du charme, pourquoi emploie-t-il donc des paroles dures?

(Douceur de langage K.99) Il est bien de souffrir l’injure, mieux de l’oublier toujours.

(Patience K.152) La vengeance est le plaisir d’un jour; la patience est une gloire jusqu’au trépas.

(Patience K.156) Manger solitaire quand on est dans l’opulence est assurément plus triste que de mendier.

(Largesse K.229) Pour qui manque de bienveillance, l’autre monde n’existe pas, de même que, pour qui manque d’argent ce monde

n’existe pas.

(Bienveillance K.247)

Est-il quelque ennemi extérieur comme la colère qui tue le sourire et la joie.

(Absence de colère K.304)

Renvoyer confus, par le bon accueil qu’on leur faisait, ceux qui vous firent du mal, (voilà) s’en venger.

(Eloignement de faire le mal K.314) L’opulence est de nature non durable; l’a-t-on acquise, il faut alors faire ce qui est durable (de bonnes œuvres).

(Instabilité K.333) Que le triple nom de désir, colère, illusion disparaisse, le mal disparaît.

(Connaissance du vrai K.360) Tiruvalluvar (trad. de E.Ariel, 1848)    , # “#  , # “#  , # “#  , # “#   81 4  81 4  81 4  81 4          La littérature sapientiale tamoule et E.Ariel   5 # -7 !#  -1    5 # -7 !#  -1    5 # -7 !#  -1    5 # -7 !#  -1  

Edouard Ariel, arrivé en 1844 à Pondichéry, a découvert la richesse des langues dites alors « vernaculaires » ou « indigènes ». D’où ses efforts pour faire connaître la langue tamoule et sa valeur littéraire aux indianistes français de l’époque en général et à Eugène Burnouf en particulier.

Nous avons publié quelques unes de ses traductions dans les nos.11, 18 et 22. Cependant, dans le cadre de la littérature sapientiale orientale, nous tenons à publier aujourd’hui encore d’autres traductions du Tirukkural appelé aussi Muppâl « les Trois Livres », de Tiruvalluvar alias Valluvar, Valluvanayanâr, Poyyâmojippulavar.

M.Gobalakichenane ISSN 1273-1048 No. 49

Septembre 2005


Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)

Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS


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Rédaction : M.Gobalakichenane, 22 Villa Boissière,
91400 Orsay, France Email: ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 49 Page 1 Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 49 Page 2 Un buste de Dupleix ?

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Depuis longtemps on connaît la statue de Dupleix (voir LCCP no.32), érigée à Pondichéry en 1870, en souvenir du centenaire de sa mort, qui se trouve installée maintenant au sud du front de mer de Pondichéry, dit cours Chabrol et rebaptisé avenue Goubert. Ses traits ont été « fixés » par de nombreuses publications (Henry Bionne, Marc Vigié – ci-contre-) en se basant surtout sur le portrait gravé par Mme Marie-Jeanne Champion de Cernel, à partir d’un portrait de Antoine-François Sergent (Bibliothèque Nationale, Musée de la Marine Photo 140590).

Nous avons retrouvé un article traitant d’un buste de Dupleix que nous versons dans le dossier du portrait de Dupleix :

« Depuis longtemps on voit au Musée de Versailles un buste en marbre du XVIIIè siècle qui représente le marquis Dupleix (reproduit p.3), ainsi que l’apprend une longue inscription gravée sur le piedouche. Le célèbre gouverneur des Indes, coiffé d’une perruque à longues boucles, est vêtu d’une chemise bordée de dentelles, largement ouverte; sur l’épaule droite passe le cordon de l’ordre de Saint-Louis, que cache en partie un ample manteau drapé sur l’épaule gauche. D’une allure un peu raide, et d’un style assez impersonnel, ce buste constitue néanmoins un important document iconographique, car les portraits de Dupleix sont très rares; le Musée de Versailles n’en possède point d’autre, et le Cabinet des Estampes n’en peut montrer qu’un seul: une médiocre gravure de Mme de Cernel d’après un dessin de Sergent-Marceau.

« Nous ignorions avec Soulié, l’auteur de ce marbre, quand, en feuilletant le livret du Salon de 1787, nous avons trouvé parmi les œuvres, exposées par « M.Bridan, professeur », un buste ainsi désigné :

  1. M. le marquis Dupleix, Commandeur de l’Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis,

ancien Commandant général des établissements français dans l’Inde, et Gouverneur pour le

Roi des Villes et Forts de Pondichéry. Buste en marbre.

« Il paraît impossible de ne pas reconnaître, dans ce buste de 1787, celui que possède actuellement le Musée de Versailles: l’identité absolue de la légende donnée par le livret avec l’inscription gravée sur le marbre constitue, à elle seule, une probabilité qui équivaut à la certitude; d’autre part, le style du buste correspond parfaitement à celui des œuvres de Bridan (1), conservées au Musée de Versailles; enfin, la date d’exécution, postérieure de vingt-quatre ans à la mort de Dupleix, explique le caractère un peu raide et impersonnel du visage, pour lequel le sculpteur n’a pas été guidé par la nature, mais a dû s’inspirer d’une miniature ou d’un tableau. Pourtant nous n’osons pas affirmer que le buste de Versailles est bien celui qui a figuré au Salon de 1787, car il en existe une réplique en marbre, absolument identique, qui appartient à M. le marquis de Nazelle, arrière-neveu du gouverneur des Indes (2).

« Ces bustes ont probablement été commandés tous deux par quelque membre de la famille Dupleix; car il serait peu vraisemblable que Louis XVI eût tenu à faire perpétuer les traits d’un homme que Louis XV avait cruellement abandonné et avait laissé mourir dans la disgrâce. Il paraîtrait au contraire très naturel qu’ils eussent été demandés à Bridan par l’un des parents de Dupleix, dont plusieurs possédaient des fortunes considérables; et une autre raison tendrait à confirmer cette hypothèse: c’est que le buste de Versailles n’a point dû appartenir aux anciennes collections de la Couronne, mais semble provenir d’une saisie révolutionnaire faite chez quelque émigré (3).

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 49 Page 3

« Les Musées royaux l’acquirent en 1834, en même temps qu’un buste du duc d’Orléans, père de Philippe-Egalité; et sa présence chez un inconnu, qui n’était ni parent de Dupleix ni marchand d’objets d’art permet de supposer que son possesseur l’avait recueilli pendant ou après la tourmente révolutionnaire. Rien, à vrai dire, ne confirme cette hypothèse; mais, elle semblera plausible à ceux qui ont étudié l’histoire de la formation des Musées nationaux. Aussi avons-nous examiné tant aux Archives nationales qu’à celles du Louvre et à celles de Seine-et-Oise, les documents relatifs aux saisies révolutionnaires opérées chez les divers membres de la famille Dupleix, espérant y découvrir la mention du buste de Versailles; mais ces recherches ont été vaines.

« Ce buste dont l’histoire demeure obscure, n’offre malheureusement pas une valeur d’art égale à son importance iconographique. Car il ne saurait compter parmi les œuvres les plus remarquables de C.-A.Bridan, qui a mieux donné sa mesure dans l’Assomption de la cathédrale de Chartres et dans la statue de Vauban conservée, elle aussi, au Musée de Versailles.

Jean-J. Marquet de Vasselot, « Trois œuvres inconnues de S.Mazière, J-J.Caffieri,et C.A.Bridan » in ‘Revue de l’Histoire de Versailles’, août 1901, pp.206-208

(1) Charles-Antoine Bridan, né en 1730, élève de Vinache, obtint le grand prix de sculpture en 1753 et alla à Rome. Membre de l’Académie royale, professeur à l’Ecole des Beaux-Arts, pensionné par la Convention, il posa sans succès sa candidature à l’Académie des Beaux-Arts en 1805. Il mourut à Paris le 28 avril 1805. Ses principales œuvres sont conservées à Chartres, à Versailles et à Aix. (2) Elle est conservée au château de Guignicourt (Aisne). Ni l’un ni l’autre de ces bustes n’est signé. (3) Nous serions tentés de songer plus particulièrement à Dupleix de Bacquencourt (ancien intendant de Picardie, mort sur l’échafaud en 1794), dont le château de Courson (Seine-et-Oise)(a) renfermait des œuvres d’art remarquables.

(a) Actuellement Essonne

Les langues vivantes et la mondialisation

Une langue qu’on ne parle pas est une langue morte. C’est évident. Mais, si l’on ne réagit pas, on est entrain de la tuer! On ne la pratique plus, soit par ignorance (rappelons que le Tamoul est une langue classique et que les autres langues comme le malayalam pour Mahé et le Télougou pour Yanaon possè- dent une littérature riche), soit par paresse intellectuelle due à la vie moderne et la volonté de conversation rapide.

Il n’y a pas longtemps, on opposait l’exception culturelle française aux produits culturels anglo- saxons. La réaction tarde à venir au Tamilnadu, car, malgré quelques voix isolées, on assiste par exemple avec impuissance à la programmation des films de violence et d’horreur américains, en version tamoule!

Koïchiro Matsuura, directeur général de l’Unesco, disait (Le Monde, 3/10/2000): « L’inondation des marchés des pays du Sud par des produits culturels conçus et produits dans le Nord comporte des ris- ques évidents d’homogénéisation et d’appauvrissement culturel. Il faut donc favoriser le flux inverse et permettre aux produits du Sud d’atteindre les marchés du Nord. Il y a aujourd’hui 6000 langues parlées dans le monde, dont la majeure partie le sont dans les pays du Sud. D’ici à vingt-cinq ans, si on ne fait rien pour les maintenir en vie, il n’y en aura plus que 3000 et à terme 200 ». Est-ce cela que nous vou- lons ? Il est temps de réaliser qu’il existe aussi des « impérialismes linguistiques ».

Et Koïchiro concluait : « A l’Unesco, nous avons des ministres de la culture, de l’éducation et de la science. A l’OMC, ce sont plutôt les ministres des finances et du commerce. C’est à eux d’assurer une plus grande coordination de leurs engagements dans les diverses instances. C’est aussi à nous de le leur rappeler. » « Puduchery », Pondichéry, Pondicherry
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« Pondicherry »(  <-  <-  <-  <-) sans aucun sens est devenu malheureusement le nom universel de l’ancienne Pondichéry et il n’est pas rare de le trouver même dans les études et documents fran- çais, tout comme New Delhi s’est imposé maintenant, au détriment de la Nouvelle Delhi (idem New York pour lequel le nom français n’a même pas été essayé, semble-t-il, bien que son ancien nom de Nouvelle Amsterdam ait bien été d’usage courant).

Cet ancien comptoir situé en dehors de l’aire d’administration britannique fait partie de la ré- gion de langue tamoule (65 millions de locuteurs, sans compter la dispora du monde entier). Sur une ancienne carte portugaise on voit figurer le nom Puducheira. Les Danois, arrivés avant les Français, dirent Polesere.

A l’époque des Français, ce sera Pouduchéry. Thiriot en 1785 (voir LCCP no.34) et Jouveau Dubreuil au XXè s. ont rappelé que le nom Pouduchéry est composé de « poudou » (,# ,# ,# ,# ) et de « chéry » (- - - -), signifiant nouveau village.

Le nom français de Pondichéry (avec lecture de ‘u’ en ‘n’ dans l’ancienne écriture équivo- que des manuscrits(1)), a été d’usage aussi chez les premiers Anglais, sans accent (Pondichery); puis ceux-ci ont adapté une orthographe avec deux « r » collant mieux sans doute à leur prononcia- tion, Pondicherry.

Les politiciens de la Nouvelle Delhi du XXè s. ont transcrit en Hindi l’appellation anglaise et ceux d’autres langues ont suivi. Nous n’avons pas de connaissances en Persan ou Ourdou pour chercher dans les documents respectifs et savoir comment, à la fin du XVIIè et au XVIIIè s. les souverains moghols, les soubabs, les nababs et les sultans désignaient cette ville renaissante dans leur cour « darbâr ».

Anandarangappillai, Viranaicker II, Vijaya Tiruvengadappillai (alias Tiruvengadappilai III) et Muttu Vijaya Tiruvengadappillai (alias Tiruvengadappillai IV), dans leurs journaux respectifs rédigés en Tamoul, utilisent toujours des noms tels que : Puduchery (,# - ,# - ,# - ,# -), Puducheryppatta- nam (,# -  44  ,# -  44  ,# -  44  ,# -  44 ), Puduvainagaram (,# %-  ,# %-  ,# %-  ,# %- ), Puduvainagarappattanam (,# %-  44  ,# %-  44  ,# %-  44  ,# %-  44 ). Sur les monnaies frappées à cette époque on trouve ,# - ,# - ,# - ,# - L’actuel Gouvernement de Pondichéry, « Union Territory of Pondicherry », a jusqu’à maintenant hésité à promouvoir le nom ancien de Puduchéry. En effet, certains prétextent encore que c’est un nom dé- gradant, car contenant le mot « chéry » signifiant lieu habité par des parias (hors-caste). Mais, cette acception n’apparaît que tardivement dans les tout derniers siècles, avec une délimitation géogra- phique en dehors du village proprement dit, lui-même centré sur le temple habité par les gens « de castes ». Et de nombreuses études ethnographiques très célèbres ont été publiées dans cette opti- que. Et ceci a fait perdurer le sens tardif en oubliant que, bien auparavant, les lieux habités par des brahmanes étaient également désignés par céry (ainsi « pârpanacéry » *  - *  - *  - *  -), et que ce mot semble avoir désigné tout simplement un groupement d’habitations, sans aucune autre conno- tation péjorative.

Suite aux efforts incessants et mouvements répétitifs de certains Pondichériens de souche an- cienne (période d’avant 1954), dont Ira.Tirumurugane (célèbre écrivain, essayiste, musicologue contemporain) de culture franco-tamoule, le Gouvernement local et certains quotidiens commen- cent peu à peu à admettre l’idée qu’il faut éviter le nom impropre tamoul  <-  <-  <-  <- pour privilé- gier le nom correct ,# - ,# - ,# - ,# -. Mais, la cause n’est pas encore gagnée puisque d’autres journaux et écrivains n’ont pas bien compris que, si l’on dit en Anglais Pondicherry et en Français Pondichéry, on doit dire en Tamoul Puduchéry (translittération anglaise Puduchery).

(1) autre exemple similaire, courant chez les historiens français: Gondelour au lieu de Goudelour .

    M.Gobalakichenane 

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 49 Page 4 InternetInternetInternet***** Internet***** Internet Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.17) sont sur :
http: //www.puduchery.org