Lettre du CCP n° 48
Sommaire
- — La porte
- — Passages de Pigneau de Béhaine (1740-1799) à Pondichéry
- — Fête du Roi à Pondichéry !
Numéro 48 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Juin 2005.
! "+,–. ! "+,–. ! "+,–. ! "+,–.
(La porte)
En prévision de l’arrivée de quelqu’un,
Pour l’accueillir, reste entrebâillée
La porte.
Par cette porte laissée entr’ouverte
Quand personne ne passe
Le passage est empli de vide.
En fixant attentivement
Ce seuil,
On aperçoit quelqu’un sortir lentement,
Puis un autre,
Et encore un autre.
L’ouverture de la porte
N’annonce pas que des entrées,
Mais également
Toutes les sorties.
A l’instant où je commence à le réaliser,
Ce dernier homme
Est en train de sortir.
Tamijmanavâlan (Kanaiyâji, déc.2004)
Trad.par Câvéry Gobalakichenane ’) / ’) / ’) / ’) / ’) ’) ’) ’)
Une idée de poème 0 0 0 0
Sans parler des huttes des villages, dans les pays chauds en général, les portes des maisons restent ouvertes. C’était également le cas des maisons en briques de petites villes. Mais, cette habitude commence à changer et l’on ferme de plus en plus maintenant, parfois même à double tour. On prend des précautions particulières pour empêcher les entrées des gens. Auparavant tout étranger était bienvenu, maintenant c’est un intrus. L’honnêteté et la confiance sont devenues rares et exceptionnelles.
Par ailleurs, dans une traduction, quelles que soient les langues, les beautés des poèmes de l’une peuvent difficilement être rendues telles quelles dans l’autre. Cependant, les idées de fond peuvent être appréciées si elles restent valables en tout lieu et en tout temps. C’est dans cette optique que nous publions aujourd’hui un poème tamij (1) très simple et peu travaillé, mais contenant une petite vérité universelle.
(1) Le titre est de la Rédaction
ISSN 1273-1048
No. 48
Juin 2005
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)
Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS
( ( ( (
Rédaction : M.Gobalakichenane, 22 Villa Boissière,
91400 Orsay, France
Email: ggobal@yahoo.com
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 48
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Passages de Pigneau de Béhaine (1740-1799) à Pondichéry
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1 23.-
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1 23.-
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1 23.-
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1 23.-42355
2355
2355
2355
Les références à l’évêque d’Adran et au prince Canh, faites par le chroniqueur tamoul
Vîrânâicker II (6
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%(2338
6
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%(2338
6
! 7
%(2338
6
! 7
%(23384235,
235,
235,
235,), nous ont amené à l’oeuvre de Tao-
Kim-Haï dont nous publions de larges extraits.
… «Un de ces miracles historiques que la Divine Providence se plaît à accomplir, quand
tout paraît définitivement perdu : un neveu du dernier Nguyên, alors âgé de 16 ans, a échappé aux
coupe-coupe des exécuteurs de sa famille. Il se nomme Nguyên-Anh, il se nommera plus tard Gia-
Long. Une main mystérieuse avait dépêché une petite barque auprès de lui, juste au moment où il
allait être capturé avec toute la famille de son oncle, le Nguyên régnant. Un certain missionnaire
français du nom de Vérô (nom annamite de Pierre Pigneau de Béhaine, évêque d’Adran) n’était
probablement pas étranger à ce sauvetage in-extrémis !»
… «Qui était donc ce maître Vérô ?… Son père n’était pas un noble puisque, dans un acte
officiel, on le désigne sous le simple patronyme (voir aussi LCCP no.42, p.4) Pigneau. Originaire
du bourg Béhaine, on avait pris l’habitude, en parlant, d’ajouter à son nom celui de son village
natal, pour le distinguer d’un autre branche de Pigneau… Il était
obligé d’exercer, pour nourrir sa nombreuse famille, - Pierre était
l’aîné de dix-neuf enfants – la profession de tanneur…»
Né le 3 novembre 1741, à Origny-en-Thiérarche, dans
l’Aisne, Pierre-Joseph-George, fils de maître George Pigneau,
n’est pas «un aventurier, malgré qu’il ait fui le toit paternel et son
pays natal. Ses brillantes études au Collège de Laon, puis au
séminaire de la Sainte-Famille et son stage de deux années,
accompli à l’insu de ses parents, aux Missions étrangères,
prouvent qu’il a été non seulement un jeune homme sérieux, mais
aussi une volonté réfléchie et appliquée…»
«Parti furtivement de Paris, embarqué de même à Lorient
un jour du mois de novembre de 1765, Pierre Pigneau devait
accomplir l’antique circuit par mer vers l’Extrême-Orient.» En
passant par Pondichéry où il débarqua le 21 juin 1766, puis par
Madras, Malacca et Macao (21 ou 22 septembre), il arriva au
mois d’avril 1767 en Cochinchine, à Hatiên, puis il fut chargé,
avec Artaud, du séminaire de l’île de Phu-Quôc, au large de Hatiên. A la mort d’Artaud, Pigneau
fut chargé de la direction du séminaire. Mais, les pillages des pirates des sino-cambodgiens qui
causèrent la mort d’Artaud et de plusieurs élèves l’obligèrent à tranférer le Séminaire général à
Pondichéry. Il s’installa au village de Virampatnam (7
!
7
!
7
!
7
! ) en juin 1770 où il reçut – à
l’âge de vingt-neuf ans - un bref du pape Clément XIV le nommant évêque d’Adran. Il fut oint le
21 février 1774.
Dans ses lettres, il parle des difficultés rencontrées par les séminaristes et se résout à
retourner à Hatiên en 1775. Il réussit alors à sauver Nguyên-Anh auquel il désire apporter toute
aide nécessaire et se décide même à aller plaider sa cause en France.
«Plénipotentiaire de Sa Majesté cochinchinoise, Pierre Pigneau dit adieu à son royal ami et,
accompagné du prince Canh, fils aîné du Roi, de 40 soldats indigènes, de son secrétaire annamite,
le prêtre Paul Nghi, il s’embarqua pour Pondichéry. Arrivé à bon port à la fin de février 1785, il
communiqua ses projets au gouverneur Coutanceau des Algrains et au gouverneur général des îles
de France et de Bourbon en tournée, le vicomte de Souillac.»
«…tous les deux écrivirent au ministre de la Marine en termes défaitistes…. Par bonheur,
Coutenceau fut bientôt remplacé par le général de Cossigny et de Souillac par Bruni
d’Entrecasteaux, deux officiers à la fois bien renseignés et entreprenants. Comme il n’était pas
possible d’intervenir en Cochinchine sans un traité au préalable entre les partis, Pierre Pigneau
continua son voyage, précédé cette fois par des rapports très favorables. Parti de Pondichéry au
Illustration dans la même publication, p.25
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 48
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commencement de juin 1786, il débarqua à Lorient le 5 février 1787», en terre natale, après 22
années d’absence.
Pierre Pigneau dut attendre de «longs mois avant d’être admis à paraître devant Sa Majesté
très chrétienne Louis XVI». L’humble origine de l’évêque, né d’un père tanneur, ne lui facilitait pas
les choses….(mais) «la haute naissance de son jeune protégé attirait la curiosité, la sympathie et
même l’enthousiasme, tant à la Cour qu’à la ville…Le prince Canh, sans le vouloir et peut-être sans
le savoir, lançait la coiffure “au prince royal de Cochinchine”…» L’évêque réussit à obtenir un
traité, signé le 28 novembre 1787 par le Roi Louis XVI, pour une alliance offensive et défensive
(le ministre des Affaires étrangères était le comte de Montmorin) et un premier versement de 30
000 livres en dédommagement de ses frais personnels.
Puis, après un passage à son village natal, il revint à Pondichéry (le 19 mai 1788- cf.
Vîrânâicker II p. 164-165, 6+7
%(+29.
6+7
%(+29.
6+7
%(+29.
6+7
%(+29.429:
29:
29:
29:) où le gouverneur actuel Thomas
de Conway lui faisait de nombreuses difficultés. Cette situation conduisit à une “violente
polémique épistolaire» aboutissant même à la sommation, par lettre du 14 juin 1788 du prélat, à
l’exécution du traité de Versailles de 1787 et à une réplique véhémente du gouverneur.
«Le débat épistolaire continua avec de la Luzerne, ministre de la Marine». Le Conseil
d’Etat, réuni sous la présidence du Roi, le 4 octobre
1788, «approuva la conduite du gouverneur et conclut
à l’abandon de l’expédition en même temps qu’à
l’évacuation militaire de Pondichéry.» La décision,
dépêchée par mer et par terre, parvint à Conway en
octobre 1789.
L’évêque d’Adran s’embarqua avec son
protégé sur la frégate la Méduse, décidé à
entreprendre tout seul l’expédition de Cochinchine et
à exécuter le Traité d’alliance jusqu’au bout.
Et Nguyên-Anh, roi détrôné de Cochinchine,
aidé de quelques centaines de chevaliers errants
français, reconquerra non seulement le royaume de
son oncle, mais de plus fondera un Empire que ses
ancêtres n’avaient jamais connu, allant de la frontière de la Chine au golfe de Siam.
Tout en écoutant les conseils de prudence prodigué par D’Entrecasteaux, le prélat avait pu
convaincre les armateurs et négociants des îles de France et de Bourbon d’assurer le ravitaillement
nécessaire à l’allié Nguyên-Anh. De Pondichéry aussi (habitants en bons termes avec lui – cf.
Vîrânâicker II p. 172, 6+7
%(+23,
6+7
%(+23,
6+7
%(+23,
6+7
%(+23,) partaient des secours privés. Acculé, de
Conway se résolut à envoyer en reconnaissance la Dryade et le Pandour (cf. Vîrânâicker II p.180,
6+7
%( +28-
6+7
%( +28-
6+7
%( +28-
6+7
%( +28-), avec ordre de garder constamment la mer: cependant, 21
hommes de la Dryade et 31 du Pandour «ont pu gagner la terre et se mettre au service du roi de
Cochinchine. La Dryade a débarqué aussi à Poulo Condor mille fusils achetés en France pour le
compte de Nguyên-Anh…» On compte encore «369 désertions…(et) une grosse partie des
équipages de la Revanche, de l’Espérance, de l’Ariel, de la Flavie qui, en 1794, ont passé avec
armes et bagages, de Macao à la Cochinchine pour ne pas être capturé par les Anglais.»
L’armée cochinchinoise, composée initialement de 3000 annamites majoritairement
chrétiens, atteint peu à peu l’effectif de 50000 hommes commandés par des Français et l’évêque
joue le rôle de conseiller du roi. Lors de l’attaque finale à Qui-Nhon, il mourra d’une maladie de
foie, le 9 octobre 1799, assuré de la victoire finale de ses protégés. Après ce succès définitif, son
corps fut ramené à Saïgon où son cercueil en bois précieux, enveloppé de damas, fut exposé
jusqu’au 17 décembre. Nguyên-Anh fit l’oraison funèbre et le futur Gia-Long qui avait connu
pourtant bien des épreuves depuis la fuite de Hué en 1774 se couvrit le visage pour cacher ses
larmes. Son fils aîné, le prince Canh, devait mourir, deux ans plus tard, en 1801, et lui-même
suivre celui-ci 17 ans après.
Tao-Kim-Haï (L’Indochine Française depuis Pigneau de Béhaine, Mame, 1939)
Séminaire bâti par Pigneau de Béhaine, évêque d’Adran
Séminaire de Virampatnam
(Revue Historique de l’Inde française, vol VIII, p.7 )
Fête du Roi à Pondichéry !
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Quelque paradoxal que cela puisse paraître, la fête Nationale du 14 juillet a toujours été dési- gnée, à Pondichéry, sous le nom de «fête du Roi» ou «fête royale». Nous en ignorons l’origine exacte, mais une hypothèse de glissement de nom et date n’est pas impossible.
En effet, Pondichéry, comme la France métropolitaine appelée «sîmai» (7 7 7 7), avait tou- jours célébré avec grande ferveur, au XVIIIème siècle surtout, la fête du Roi (St Louis) le 25 août de chaque année. La Révolution française fut aussi vécue à Pondichéry, de façon plus pacifique qu’à Chandernagor, mais cette période mouvementée et novatrice à laquelle participèrent les Pon- dichériens hindous, catholiques et musulmans fut de courte durée, de 1790 à 1793, puisque la ville devait tomber aux mains des Britanniques en août 1793, pour rester sous leur administration jus- qu’à la fin de l’ère napoléonienne. A la Restauration, la «fête du Roi» dut continuer comme aupa- ravant pendant assez longtemps pour que la mémoire collective la retînt durant tout le XIXème siè- cle (la célébration du 14 juillet a commencé en 1880) et jusqu’au transfert «de facto», le 1er no- vembre 1954.
On pourrait interpréter ce nom comme la «fête de la chute du Roi» ou «fête de la chute de la Monarchie», en assimilant le 14 juillet de la République au 25 août d’antan.
Comment célébrait-on cette «fête du Roi» ( ;! "
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La veille au soir, la fête commençait par la retraite aux flambeaux avec lampions et mu- sique militaire. En fait, la police (puisque, de- puis 1816, les Français n’avaient pas le droit d’avoir des soldats à Pondichéry) sortait de la caserne pour passer à travers les rues principa- les de la ville, en jouant les airs célèbres de marche militaire. Presque tous les galopins ex- cités suivaient en sautillant l’avant-garde musical en faisant avec eux le tour de la ville.
Le 14 juillet, comme ailleurs, avaient lieu la revue et le dépôt des gerbes aux soldats morts.
Dans l’après-midi, on organisait des courses et des jeux très amusants auxquels assistait une foule nombreuse hilare : la course de sauts avec les deux jambes enfilées dans un sac de jute, la course à pied en mordant sur une cuillère portant un œuf, etc… La place des jeux était dominée par un grand mât de cocagne d’environ 15 m, enduit de graisse, portant à son sommet des saris et des pagnes, auquel une grappe de participants s’accrochait le plus longtemps possible en essayant de grimper et glissait presque toujours. A côté se trouvait un jeu-concours de deux planches triangu- laires verticales tournantes, reliées entre elles par trois barres parallèles horizontales sur les quelles les participants ayant grimpé du côté d’une planche, devaient se déplacer pour aller cueillir les ca- deaux placés sur la deuxième planche. Un peu plus loin était placé un autre jeu-concours, avec un grand bac rempli d’eau portant en dessous une planche percée d’un trou dans lequel les partici- pants lancés sur un plan incliné en face devaient introduire une lance pour gagner de l’argent ou des cadeaux, etc…
Le soir, le gouverneur présidait à l’Hôtel de Ville un bal auquel étaient conviés tous les habi-
tants français et les hautes personnalités locales.
M.Gobalakichenane
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