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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 46

Décembre 2004

Sommaire

  • — Un très vieux poème de plus de quinze siècles
  • — Les ruines romaines de Pondichéry
  • — Une présence française au Tamil Nadu : Rencontre Henri Le Saux
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Numéro 46 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Décembre 2004.

Un très vieux poème de plus de quinze siècles gjpide;J E}w;whz;LfSf;F Ke;ijanjhU kpfg; gioa gh

Après les poèmes modernes de ces derniers temps, nous allons remonter à une composition vieille de 17-23 siècles (date indéterminée) célèbre pour son universalité. Il s’agit du no.192 de PouRanânoûRou, bien connu des Tamouls et tamoulophones du monde entier pour le caractère fraternel du début : « yâdoum oûré ! yâvaroum kéLir !».

PouRanânoûRou est l’une des huit anthologies (vl;Lj;njhif) de la littérature tamoule du Sangam dont la période controversée reste dans les limites de 3-4 siècles avant et après J-C. Alors que la collection AganânoûRou (mfehD}W) traite des sentiments, de l’amour, donc du ‘paysage intérieur’ (’Interior Landscape’ d’A.K.Ramanujam), PouRanânoûRou parle des sujets ‘extérieurs’ comme la politique, la guerre, les devoirs du roi et des gens, etc. Comme
indiqué par leur nom, les deux anthologies comportent chacune quatre cents poèmes, ainsi rassemblés et présentés à l’Académie royale de l’époque siégeant à Madurai, pour obtention de l’agrément des savants et poètes. Recopié successivement sur des «ôles» (Xiy) pendant plusieurs siècles, PouRanânoûRou aurait probablement disparu, comme d’autres oeuvres, si le grand U.V.Sâminâthayer (c.Nt.rhkpehijaH), dit «thamijth thâththâ» n’en avait pas, après avoir retrouvé et étudié 8 différents manuscrits et 13 commentaires disponibles aux différents coins du Tamilnadu, publié une édition critique en 1894. Dans PouRanânoûRou, les poèmes comportent entre 4 et 40 vers.
Composés par 155 poètes (dont plusieurs femmes), bardes et ménestrels, ce sont des louanges de 133 rois ( dont les Céras, Chôlas et Pândiyas), nobles ou mécènes, ce qui en fait une véritable mosaïque de tableaux sociaux de l’époque et une mine de renseignements pour un historien de l’Antiquité tamoule disposant de très peu d’indices par ailleurs.

L’auteur de notre poème est KaNiyane PoûngounRanâr(1), signifiant KaNiyane (astrologue, comptable, mathématicien) de PoûngounRam, localité située dans le district de Ramanathapuram, près de Rameswaram.

(1) Quand les noms des auteurs ont été perdus, les compilateurs des anthologies leur ont attribué un nom en se basant sur les qualificatifs trouvés dans leurs poèmes ou d’autres indications caractéristiques. M.Gobalakichenane

GwehD}W ne.192 (ngupNahUk; rpwpNahUk;)

ahJ %Nu ahtUq; NfspH jPJ ed;Wk; gpwHju thuh NehjYe; jzpjY ktw;Nwh ud;d rhjYk; GJt jd;Nw tho;jy; ,dpnjd kfpo;e;jd;W kpyNk Kdptpd; ,d;dh njd;wY kpyNk kpd;ndhL thde; jz;Lsp jiy, ahdhJ fy;nghU jpuq;F ky;yw; NgHahw;W ePHtopg; g^ck; GizNgh yhUapH Kiwtopg; g^c nkd;gJ jpwNthH fhl;rpapw; nwspe;jd khfypd; khl;rpapw; ngupNahiu tpaj;jY kpyNk rpwpNahiu apfo;j yjdpD kpyNk.

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 PouRanânoûRou no. 192 
          (Les grands et les petits) 

Chez nous partout, à nous toute personne est parent ; Le bien et le mal ne viennent pas d’autrui ; La souffrance et le soulagement de même, La mort n’est pas nouvelle ; que la vie est
Plaisante, se réjouirait -on ? ou plutôt qu’elle est Pénible ? ; tout comme, coupé d’éclairs, Le ciel déversant de fraîches averses, incontrôlé, Crissant contre les rochers, un radeau est entraîné Par le courant d’un fleuve impétueux ainsi créé, L’âme est portée selon l’Ordre établi. Ayant compris cette vérité venue de la vision des sages, Nous ne serons ni éblouis par la gloire des grands Ni méprisants envers les petits.

KaNiyane PoûngounRanâr (traduction tentée par M.Gobalakichenane)

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mk;gyk; VWthd;

ISSN 1273-1048 No. 46

Décembre 2004


Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)

Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS


GJr;NrhpaH fiy kd;w kly;

Rédaction : M.Gobalakichenane, 22 Villa Boissière,
91400 Orsay, France
Email: ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 46 Page 1 Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 46 Page 2 Les ruines romaines de Pondichéry GJr;Nrupapy; cNuhkH fhyg; gho; fl;blq;fs;

A deux milles anglais du Sud de Pondichéry se trouve le hameau de Kakayentope (fhf;fhae;Njhg;G). Cet endroit est sur la route de Ariancoupan (mupahq;Fg;gk;) à Virapatna (tPugl;ldk;), à mi-chemin. Au Nord de ce village est un site appelé Arikamedou (mupf;fNkL), dominant la rivière(1) et à peu de distance de la mer.

Pendant plusieurs années, l’âge du site n’était pas déterminé.

Aujourd’hui, il n’est pas douteux que le site ne soit l’emplacement d’une fabrique d’objets de verre ou de silice (quartz, cornaline, calcédoine) où des ouvriers indiens(2) travaillaient sous la direction d’industriels romains. Cette sorte de factorerie était entourée de fortifications.

La plupart des objets trouvés en cet endroit ont des formes très spéciales qui n’appartenaient ni au préhistorique ni au Moyen âge.

Une indication d’importance capitale me fut donnée par M.Ch.Autran dans une lettre du 22 juin 1939 : selon son avis et celui de M.G.Contenau, les formes sont exactement celles que l’on trouve en extrême abondance sur la côte phénicienne de la Méditerranée à partir de 500 B.C. et au-dessous.

Ce sont donc des formes méditerranéennes et d’une époque qui ne serait pas éloignée de celle de Jésus-Christ.

Mais, tout récemment, j’ai offert au Musée de Madras(3) des spécimens de ces objets. Or, quelle ne fut pas la surprise de M.Aiyappan de reconnaître les formes des objets trouvés à Amaravati (mkuhtjp)(4) et des verreries de même nature. M.Rea avait trouvé à Amaravati des débris de poterie d’un gris bleu avec une décoration particulière ; or, ce genre de poterie qui n’avait été découvert nulle part ailleurs dans l’Inde se trouvait au contraire en abondance à Pondichéry.

Amaravati et Pondichéry se trouvent être les seuls endroits dans l’Inde où de telles choses aient été découvertes. On pourrait donc dater les site de Pondichéry des deux premiers siècles de notre ère.

Deux découvertes confirment entièrement cette date.

J’avais prié Dr.C.Minakshi (kPdhl;rp), qui s’était spécialisée dans l’étude des monnaies, de me donner son opinion sur une pièce carrée en cuivre portant d’un côté l’image d’un lion, de l’autre un éléphant et un symbole. Elle me répondit dans sa lettre du 22 mars 1939 : « not earlier than the first century B.C. and not later than the second century A.D. »

Mais une trouvaille tout à fait remarquable est venue confirmer l’attribution aux Romains des objets trouvés sur ce site : une intaille ovale, chaton de bague, représentant la tête de l’empereur Auguste.

Il n’est pas douteux que Pondichéry ne soit le Podoukê de Ptolémée. Cet auteur nous dit en effet qu’en longeant la côte en montant vers le Nord, on trouve l’embouchure de la Caveri avec le « The Ancient Port of Arikamedu » (encadré), V.Begley, EFEO, 1996, p.2 au sud de Pondichéry (souligné) Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 46 Page 3 port de Khabêris (Caveripatnam (fhNtupgl;ldk;)) dans le pays des Cholas (Nrhokz;lyk;) (Sôringoi, VII,1,13).

En quittant ce pays on entre dans celui des Arouarnoi et le premier port est Podoukê (VII,1,14). Or, l’épigraphie (S.I.I, Vol.II, Part V, p.514) nous apprend que Bahour (gh$H) (Territoire français) était dans l’Aruvanadou (mUthehL) ; l’ouvrage tamoul Pattinappalai (gl;bdg;ghiy) nous dit (lignes 274-82) que les habitants de ce pays étaient les Aruvalar (mUthsH), et il est impossible de ne pas identifier les Arouarnoi de Ptolémée avec les habitants du pays où se trouve Bahour, c’est-à-dire la région de Pondichéry. Des inscriptions tamoules(5) nous prouvent que Pondichéry était fort ancienne et qu’il s’y trouvait au Moyen âge un temple d’Agastya. Le nom tamoul tamoul de Pondichéry c’est Poudou-seri (GJr;Nrup) ou Poudou-ve (GJit); la partie essentielle du nom est donc Poudou (GJ) ; or ou et o sont interchangeables ; bothra = putra. Donc Poudou tamoul correspond exactement à Podou. Ainsi, et par le nom et par la situation géographique, Pondichéry coïncide exactement avec Podoukê ; il y a correspondance absolue.

Ptolémée nous dit que Podouké était un emporion, mot qui doit être traduit, non pas seulement par « marché », mais « marché romain », factorerie romaine. En effet, E.H.Warmington
(The commerce between the Roman Empire and India, p.107) nous dit : « Ptolémée désigne par emporia seulement les ports de commerce que le Périple qualifie de nomima ou entesma de sorte que l’unique mot emporion de Ptolémée signifie nomimom emporion, c’est-à-dire les ports désignés par les traités avec les princes indigènes où le commerce romain était officiellement autorisé ».

Notre étude sur Ptolémée nous a amené à la conclusion suivante : chaque fois que cet auteur parle de « produits » il s’agit d’endroits où un certain produit est exploité par une factorerie romaine.

« Golfe Colchique » où se pratique la pêche du pinikose (VII,1,10) doit se traduire « côte de la pêcherie où les Romains (comme plus tard les Portugais) dirigent le travail des pêcheurs de perles »….

Il faut voir les Romains comme des industriels établis dans l’Inde et ayant des fabriques entourées de fortifications et constituant des loges, c’est-à-dire des maisons de commerce protégées des traités avec les princes indiens.

On voit combien il était heureux de trouver sur le territoire de Pondichéry une fabrique romaine. Ce site est entourée de grosses murailles ; nous avons là une véritable ville romaine.

Ce site n’est pas d’intérêt local ; son importance dépasse de beaucoup les limites de l’Inde et même de l’Asie ; nous avons là des ruines romaines, et l’étude de ce site inscrirait uns nouvelle page dans l’histoire romaine.

Gabriel Jouveau-Dubreuil(6), (Bulletin de l’EFEO, Vol XL, 1940, pp.448-450 )

(1) Rivière d’Ariancoupom. (2) Lire : tamouls. (3) Chennai maintenant. (4) Très célèbre site bouddhique, actuellement dans l’Etat d’Andhra Pradesh. (5) En ‘tamil-brahmi’(jkpo;-gpuhkp). (6) Voir sa vie et ses œuvres dans la Lettre no.39 de mars 2003.
Tumulus d’Arikamédu érodé par la rivière d’Ariancoupom (Photo M.Gobalakichenane, 1984 Une présence française au Tamilnadu : Rencontre Henri Le Saux - RamaNa Maharishi

Ce n’est pas de Pondichéry que je veux vous parler, mais de Tiru- vannamalai (jpUtz;zhkiy), ville située à deux heures et demie de route de Pondichéry. Cette ville est connue pour son temple, bien étudié par l’Ecole Française d’Extrême-Orient en plusieurs publications tou- jours disponibles. Mais c’est de spiritualité que je veux vous entretenir, une spiritualité enracinée dans la profondeur des saints tamouls, celle qui a permis la rencontre de RamaNa Maharishi (ukz kfup\p), 1879- 1950, et d’un Français, un moine bénédictin, Henri Le Saux (1910- 1973), le 24 janvier 1949. RamaNa Maharishi, le géant de la spiritualité tamoule (et indienne) du XXème siècle, un « jîvan mukhti », un délivré vivant qui a réalisé le Soi dans la lignée des saints du Périyapurânam (ngupaGuhzk;) et un simple moine qui a le “darshan” le plus extraordi- naire qui soit, celui du Maharishi où l’Inde se regarde dans le miroir de la chrétienneté française. Peu de temps après, le Père Henri le Saux fon- da, avec l’aide du Père Monchanin, le « Shantivanam », dans les envi- rons de Tiruchirapalli (jpUr;rpuhg;gs;sp).

Certes, c’est l’Inde qui appelle Henri le Saux, mais en même temps, c’est plus précis : l’ap- pel concerne RamaNa Maharishi et la montagne Arunachala (mUzhryk;), indissociable du tem- ple. Arunachala-Siva est le Soi, voilà un des enseignements silencieux du Maharishi. L’appel pour Henri le Saux fut celui du Soi, ce qui gît au fond du cœur. Le motif pour jouer sa vie, renoncer à tout, être moine chrétien et sannyasin, vivre en ascète au plus près d’Arunachala dans ses grot- tes(1). Est-ce spécifiquement français ? Oui, si vouloir posséder inti- mement l’Absolu, le saisir et le toucher est spécifiquement français, mais en même temps, ce désir est mystique. Il appartient à toute tra- dition authentique à laquelle participe Henri le Saux.

Dans le cas de l’ashram de RamaNa Maharishi, la présence française est certaine, comme en témoigne dernièrement Michel Co- quet dans son bel ouvrage sur Arunachala. Mais cette présence dé- passe le côté français des choses, pour se situer à un niveau d’uni- versalité des religions et cultures particulières où l’Inde et le Tamil- nadu (jkpo;ehL) jouent un rôle central. Mais, c’est peut-être là, dans cette prétention à une unité spirituelle des diverses traditions, qu’il y a un trait spécifique de la recherche spirituelle française telle que Re- né Guénon et d’autres l’ont illustrée. Eric Schilling

(1) Il prendra le nom d’Abhishiktânanda Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 46 Page 4

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2005 nghq;fy; tho;j;Jfs; ! RamaNa Maharishi (Photo Montain Path) Père Henri Le Saux, en sannyasin (Ecrits, Albin Michel)