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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 39

Mars 2003

Sommaire

  • — Mahatma Gandhi
  • — Gabriel Jouveau-Dubreuil (1885-1945)
  • — L’immigration des Indiens à la Réunion
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Numéro 39 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Mars 2003.

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              Mahatma Gandhi  

      Vive toi notre père ! Entre 
                Tous les pays de ce monde 
      Déchue, indigente à l’excès, 
                La liberté perdue et anéantie, 
      Ruinée, il est une nation, 
                Celle de Bharata. Tu es 
      Venu la ranimer, Gandhi 
                Mahatma ! Que tu vives longtemps ! 

      Pour que le peuple de ce pays, sorti de l’esclavage 
                Pleinement libéré, s’élevant par la richesse, 
      La vie sociale, l’instruction, 
                La science, atteigne 
      Dans l’univers une place insigne 
                Tu fis une tactique 
      Tu en acquis une éternelle gloire, 
                Sur la terre tu eus le premier rang ! 

Soupramaniya Bâradiyâr
(trad. « Malar » du Centenaire de Bâradiyâr, Paris, 1982)

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Gandhi, remémoré 55 ans après sa mort
55 Mz;LfSf;Fg; gpd; fhe;jpapd; epidthf

       Gandhi a été assassiné le 30 janvier 1948. Relisons ce qu’écrivait en 1930 Romain Rolland (1) : 
       « De tranquilles yeux sombres. Un petit homme débile, la face maigre, aux grandes oreilles écartées. Coiffé 

d’un bonnet blanc, vêtu d’étoffe blanche rude, les pieds nus. Il se nourrit de riz, de fruits, il ne boit que de l’eau, il couche sur le plancher, il dort peu, il travaille sans cesse. Son corps ne semble pas compter. Rien ne frappe en lui, d’abord, qu’une expression de grande patience et de grand amour. Pearson qui le voit en 1913, au Sud-Afrique, pense à François d’Assise. Il est simple comme un enfant, doux et poli même avec ses adversaires, d’une sincérité immaculée. Il se juge avec modestie, scrupuleux au point de paraître hésiter et de dire : « Je me suis trompé » ; ne cache jamais ses erreurs, ne fait jamais de compromis, n’a aucune diplomatie, fuit l’effet oratoire, ou mieux n’y pense pas ; répugne aux manifestations populaires que sa personne déchaîne, et où sa chétive stature risquerait, certains jours, d’être écrasée sans son ami Maulana Shaukat Ali, qui lui fait un rempart de son corps athlétique ; littéralement malade de la multitude qui l’adore ; au fond, ayant la méfiance du nombre et l’aversion de la « Mobocracy », de la population lâchée ; il ne se sent à l’aise que dans la minorité, et heureux que dans la solitude, écoutant la « still small voice » (la petite voix silencieuse) qui commande…

       « Voici l’homme qui a soulevé trois cent millions d’hommes (2), ébranlé le British Empire, et inauguré dans la 

politique humaine le plus puissant mouvement depuis près de deux mille ans ».

       Soupramaniya Bâradiyâr qui avait été, durant la première décennie du XXème siècle, dans le camp des durs à 

l’instar de Aurobindo Ghosh, demeure subjugué, tout comme les autres Indiens, devant les résultats obtenus par la non-violence de Gandhi en Afrique du Sud et commence à croire à sa nouvelle voie « satyagraha ».

       Nous reproduisons aujourd’hui un charmant poème composé par lui en l’honneur de Gandhi avec l’excellente 

traduction publiée en 1982 dans le « Malar » du Centenaire de Bâradiyâr. M.Gobalakichenane
(1) Editions Stock, 1948, pp.9-11. (2) Statistiques de 1910-1920. ISSN 1273-1048 No. 39

Mars 2003


Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)

Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS


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Rédaction : M.Gobalakichenane, 22, Villa Boissière,
91400 - Orsay, France Email: ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 39 Page 1 Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 39 Page 2 Gabriel Jouveau-Dubreuil (1885-1945)
fg;upNay; Onth-Ja;gpNua;
Il y a 50 ans, lors de la distribution solennelle des prix au Collège français de Pondichéry, Professeur Jean Renault faisait, à la fin de l’année scolaire, le 29 avril 1953 (1), lors de la distribution solennelle des prix (2) une brillante conférence à laquelle l’éditeur de la LCCP a eu l’avantage d’assister. Celui-ci, adolescent de cinquième, plus attiré et diverti par l’air ambiant de fête régnant autour, restait également sous l’émotion de l’attente de distribution des prix. Il n’arrivait donc pas à suivre le discours de façon continue, mais sentait bien qu’on parlait d’un ancien Professeur de son Collège qui, en plus, avait occupé son temps à creuser le passé de sa terre natale de Tamijnâdou (3) (jkpo;ehL) et avait réussi à expliquer plusieurs points restés jusqu’alors nébuleux. Le jeune élève connaissait l’histoire de France, mais il lui manquait bien des jalons dans l’histoire de l’Inde en général et du Tamijnâdou en particulier. Heureusement, quelques années plus tard, il devait bénéficier de la chance exceptionnelle d’avoir comme Professeur d’Histoire-Géographie Monsieur Jacques Dupuis qui devait innover en prenant l’initiative personnelle d’enseigner aux Pondichériens ne connaissant que l’histoire de France les rudiments de l’histoire du Deccan (influence probable de G.Jouveau- Dubreuil) et de parler des Céras, Chôlas et Pândyas, des Pallavas et de Pulakésin II, etc. Depuis, les deux professeurs ne sont plus parmi nous. Hommage a été rendu au second, lors de son décès, dans la LCCP No.17 de septembre 1997, entièrement consacrée à lui et à ses œuvres. Nous nous proposons aujourd’hui d’évoquer la mémoire du premier qui a été probablement
l’inspirateur de Jacques Dupuis et d’autres et rappeler succinctement ce qu’il fut et ce qu’il fit à Pondichéry, en nous appuyant principalement sur le discours de M.Renault et sur un article tamoul du regretté épigraphe S.Couppoussamy de Bâhour (gh$H ).
Gabriel Jouveau-Dubreuil

     Taille élancée, larges épaules, tête bien assise, front lisse, nez bien fait, lunettes cerclées sur 

des yeux d’un bleu gris, regard compatissant, belles lèvres fines, longs bras, vêtements mal ajustés au corps, teint rose, voix haute et claire, cœur sans tâche. Un homme cumulant de tels caractères était le Professeur Gabriel Jouveau-Dubreuil, ineffaçable de la mémoire des Pondichériens.

     Né le 1er janvier 1885 à Saïgon, il passa son enfance à Paris et fit ses études en Guadeloupe. 

Il termina ses études supérieures en Physique-Chimie en 1908 à Paris et obtint, le 10 octobre 1909, un poste au Collège Colonial (devenu Collège Français, puis Lycée Français aujourd’hui).

     Il enseignait avec passion et humour, aimait les élèves, n’hésitait pas à payer des livres et 

cahiers aux plus pauvres d’entre eux (sa façon de combattre l’injustice). Il travaillait dur et sans relâche et semblait avoir été créé, d’après J.Renault, pour « rire, chanter, déclamer, dessiner, travailler, se dépenser et dépenser en faveur des autres ».

     Il vint quatre fois en Inde et vécut au total vingt-sept ans à Pondichéry. Il en profita pour 

effectuer des recherches sur l’histoire et l’archéologie de l’Inde du sud. Il passa son temps libre de Professeur à visiter les alentours de Pondichéry, les sites environnants et même les endroits éloignés du Deccan, ce qui lui permit de rédiger sa thèse sur l’Archéologie du sud de l’Inde, soutenue à l’Université de Paris en 1912 et publiée en 1914. Il apporta plusieurs éclaircissements sur l’histoire de l’architecture des temples du sud et sur les Pallavas. Il publia en 1916 « Les Antiquités de l’époque Pallava », et en 1919, « L’histoire ancienne du Deccan ». Ainsi, c’est à lui Professeur Jean Renault Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 39 Page 3 qu’on doit la découverte du temple de Panamalai (gdkiy), les explications correctes des merveilles de Mâmallapuram (khky;yGuk;), la découverte de l’illustre peinture de Sittannavâsal (rpj;jd;dthry;), faisant ainsi connaître l’art dravidien à sa juste valeur et, plus près de Pondichéry, l’importance du site antique d’Arikamédu (mupf;fNkL).

     Il écrivit de nombreux articles de recherches : sur l'ancien nom grec Poudouké (qu’il 

identifia à Pondichéry), sur le commerce des Romains à Podouké (Arikamédu), sur la statue du Bouddha de Kâkkâyanthope, près de Vîrâmpattiname (tPuhk;gl;bdk;), sur l’époque de François Martin, sur l’ancien fort Saint-Louis à Pondichéry, sur le drapeau du « nabab » Dupleix, sur les temples de Bâhour (gh$H), de Tiroubouvané (jpUGtid), de Madagadippattu (kjfbg;gl;L) et de Tirouvândârkoil (jpUthz;lhHNfhapy;), sur l’histoire de Karikal (fhiuf;fhy;) et bien d’autres sujets similaires. Il clama fort que la vraie gloire de Pondichéry est non pas seulement d’avoir été la capitale de Dupleix mais aussi et surtout d’avoir été la seule ville d’Asie où les idées de la Révolution française ont été exportées et appliquées en même temps qu’en France (4). « Le crâne de ce savant », relève J.Renault, « fourmille d’idées comme un gopuram grouille de génies et de dieux ».

     Il était en correspondance avec les meilleurs 

spécialistes tamouls, indiens et européens de son époque, tels que T.A.Gopinatha Rao, K.A.Nilakanta Sâstri, Dr.Minatchi, Dr.Hultzch, Dikshit, T.N. Subramanian, L.D.Samikannu Pillai, T.N. Ramachandiran. Même dans ses correspondances débattant des sujets sérieux, il ne se départait jamais de sa bonne humeur. Ainsi, T.N.Ramachandiran, ayant cru une fois en la rumeur de son mariage, lui adressa ses bons vœux. Et Jouveau-Dubreuil de répondre : “Oui, je me suis marié avec l’Archéologie et mes nouvelles découvertes sont mes enfants”.

     Il dépensa son argent à faire la collection de tous 

les objets anciens qui furent envoyés plus tard au Musée des colonies (rebaptisé depuis lors). En 1945, avant d’aller prendre le bateau à Bombay, il s’arrêta avec plaisir à Madras, chez son ami K.A.Nilakanta Sâstri.

     Arrivé à Paris, il tomba malade et fut hospitalisé. Même dans ses derniers moments, il pria 

son ami juge Lourde venu lui rendre visite de lui parler de Pondichéry. Il expira le 14 juillet 1945.

     Nous avons une Bibliothèque Romain Rolland. Pourquoi le Musée de Pondichéry ne 

pourrait-il pas être baptisé “Musée Jouveau-Dubreuil” ? Peut-on imaginer un plus juste hommage des Pondichériens à cet esprit hors du commun qui leur a appris à aimer leur ville et ses environs, qui a fait connaître la recherche française aux Indiens et aux Tamouls anglophones, restant ainsi un parfait trait-d’union entre les deux cultures.

M.Gobalakichenane

(1) Rappel à l’attention des lecteurs métropolitains : sous les Tropiques, l’année scolaire se termine en avril. (2) L’histoire de Pondichéry et des comptoirs français ne devait plus permettre ultérieurement de telles manifestations. (3) L’équivalent de « o » tamoul existant en Français (ja) , nous en profitons pour l’adopter et rester plus proche de la prononciation tamoule. (4) « Les Chroniques de Vîrânaicker II 1778-1792 » en donnent, en tamoul, certains détails concernant la population « blanche » et la population des « Tamijars ». Gabriel Jouveau-Dubreuil

1/1/1885 - 14/7/1945 L’immigration des Indiens à la Réunion

                  Au cours de son histoire, l’île de la Réunion (originellement appelée Bourbon) connut 

plusieurs flux migratoires de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe. Les Indiens arrivèrent à la Ré- union dès le début du peuplement de l’île, vers la moitié du XVIIe siècle. Après l’abolition de l’es- clavage en 1848, les besoins de l’industrie sucrière amenèrent en deuxième grosse vague de plus en plus d’Indiens, dont les Tamouls, les Télougous et les Bengalis.

     Les immigrés indiens de la première vague furent amenés dans l’île comme « esclaves » 

pour la plupart, entre 1670 et 1810 : on évalue leur nombre à 20 000. Ils jouèrent un rôle primor- dial dans le peuplement de l’île. Ceux qui arrivèrent comme « travailleurs libres » constituaient des artisans tels que : maçons, mouleurs, tailleurs de pierre, etc.

     Malheureusement, les contrats devant garantir la nourri-

ture, le salaire et le rapatriement à la fin de leur engagement furent peu respectés et les immigrés connurent des conditions de vie lamentables. Cette situation ne s’améliorant pas, les In- diens se révoltèrent contre les « engagistes ». Et quelques chefs indiens demandèrent aux autorités gouvernementales de reconsidérer leur position.

     Après l’abolition de l’esclavage en 1848, les colons du-

rent faire face à la libération des esclaves et demandèrent aux Comptoirs français de l’Inde des travailleurs engagés, égale- ment recrutés dans les régions voisines sous autorité britanni- que. Pour les protéger on fit promulguer des textes réglemen- taires. Des traités concernant les modalités d’engagement, la délivrance de passeports, les visites médicales furent égale- ment signés avec les autorités de Madras et de Calcutta.

     Malgré l’élaboration de ce cadre législatif, de nombreux abus furent déplorés au niveau du 

recrutement (mensonges, kidnappings, violences,…). Les Anglais manifestèrent leur hostilité face à cette maltraitance de leurs sujets et s’opposèrent à l’exode des Indiens. Les colons prièrent alors le gouvernement français de revoir le recrutement des engagés indiens avec les autorités britanni- ques. Suite à ces négociations, de nouveaux immigrants arrivèrent : des travailleurs aux champs et des domestiques. Ces derniers adoptèrent souvent le mode de vie des colons et se convertirent au catholicisme. Par contre, les travailleurs aux champs ne changèrent en rien leurs mœurs et leur culture.

     Vers le début des années 1870, le courant migratoire entre l’Inde et la Réunion va quasiment 

s’arrêter et les engagés ne peuvent se faire rapatrier que très difficilement. Les colons essayent tous les stratagèmes pour les obliger à se réengager. Et le 11 novembre 1882, l’immigration in- dienne vers la Réunion est définitivement interdite. Au début du XXè siècle, les colons vont prier le gouvernement français de reprendre l’immigration des Indiens ; mais, cette requête n’a pas de suite et l’on compte, au 31 décembre 1882, environ 18 500 travailleurs indiens .

     Les engagés ont servi comme main d’œuvre primordiale pour l’industrie sucrière. Après la 

crise sucrière de la moitié du XIXè siècle, le nombre des Indiens dans la société réunionnaise dé- croit. Au grand total, environ 120 000 Indiens constituant les ancêtres des Réunionnais actuels aux origines indiennes ont émigré de leur pays natal vers l’île Bourbon.
Vinola Shankar Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 39 Page 4

InternetInternetInternet***** Internet***** Internet Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.17) sont sur :
http: //www.puduchery.org Une chapelle malabare dans une ancienne sucrière Photo M.Gobalakichenane (1990)