Lettre du CCP n° 35
Sommaire
- — Le Poète qui a montré la Nouvelle Voie
- — Vivre à Pondichéry aujourd’hui
- — L’Âttissoûdy d’Avvaïyâr, traduit en français par E. Ariel
- — Le Démocrate de Pondichéry
Numéro 35 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Mars 2002.
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Le Poète qui a montré la Nouvelle Voie
A l’issue de la période d’épreuve et d’attente,
Le pays tamoul ne vit-il pas naître
Râmânoudjane et Râmalingane ?
En France où tout était entre les mains
D’une aristocratie minoritaire,
Victor Hugo ne vint-il pas pour écrire
Profusément sur le peuple le plus ordinaire?
Pareillement naquit donc le poète Bârady,
Quand le pays tamoul, ne voulant guère voir
L’état de décadence de sa langue
Aussi précieuse que la vie,
Attendait, affligé, quelqu’un de grand
Capable de redonner à sa langue
Sa place d’honneur.
Bâradydâssane (trad. A.Sebastien, 1993)
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Victor Hugo et Soupramaniya Bâradiyâr rapprochés par Bâradydâssane
Le portrait de Victor Hugo ornant cette première page ne doit pas étonner. En effet, de nombreuses générations
de Pondichériens ont étudié ses œuvres. De plus, né Français, il appartient, par ses nombreuses publications et ses idées à résonance universelle, à l’humanité tout entière.
Nous avons beau chercher, ailleurs à Pondichéry, un lien littéraire nous unissant à ce grand poète: nous
revenons encore à Soupramaniya Bâradiyâr et à Bâradydâssane. Et c’est la plume de feu A.Sebastien dont nous retracions la vie dans le numéro précédent qui va nous aider à lui rendre notre hommage en ce bicentenaire.
“Bâradydâssane(*) avait beaucoup d’admiration pour Victor Hugo. Il pense à lui instinctivement quand il parle
de ‘sa lumière’, le fameux Bârady. Shakespeare, Victor Hugo, Rabindranath Tagore et Léon Tolstoï qui étaient populaires et aisés ont fait du bien dans leur pays. Quant à Soupramaniya Bârady, il a servi, au milieu d’un peuple demi-mort, même dans sa vie de pauvreté”. Nous proposons aujourd’hui la traduction par A.Sébastien du poème tamoul de Bâradydâssane intitulé “le Poète qui a montré la Nouvelle Voie” (extraits) dans lequel celui-ci remarque que Bâradiyâr est le “Messie” du peuple tamoul.
(*) Pondichérien de naissance, faut-il le rappeler.
M.Gobalakichenane
ISSN 1273-1048
No. 35
Mars 2002
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)
Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS
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Rédaction : M.Gobalakichenane, 22, Villa Boissière,
91400 - Orsay, France
Email: ggobal@yahoo.com
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 35
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Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 35
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Vivre à Pondichéry aujourd’hui
Vivre à Pondichéry aujourd’hui, au-delà du charme exotique de cette ville dont nous aimons l’atmosphère
particulière, c’est faire le constat douloureux et quotidien de sa destruction active par l’abandon de son patrimoine architectural et urbain d’exception. La destruction des maisons coloniales dans la “ville blanche” se fait au rythme de 6 par an et il est de 10 à 20 fois plus élevé pour les maisons tamoules et “mixtes” de la ville noire… Dans 10 ans, il ne restera plus rien du patrimoine architectural multiple de cette ville.
LA MAISON COLONIALE OU CREOLE
La maison coloniale, de par l’organisation de son espace, est adaptée à un mode de vie en représentation , qui
appartient à un passé révolu. Elle est inadaptée aux besoins modestes de la vie quotidienne d’une famille qui ne possède pas une nombreuse domesticité. Cette architecture présente un caractère nostalgique, certes brillant, mais obsolète, dans le sens où elle est en rupture avec les exigences de fonctionnalité de la vie moderne.
Les maisons coloniales datent pour la plupart du 19ème siècle, certaines du 20ème. On n’en construit plus
depuis longtemps, mais on les copie parfois. Elles sont exclusivement construites dans la ville blanche, le quartier résidentiel de Pondichéry ; les rues sont larges, propres, plantées d’arbres décoratifs donnant de l’ombre.
L’entrée dans la “villa” se fait par le passage obligé d’un porche, haut et
massif, fermé par deux vantaux. L’architecture de ce portail est marquée par son gigantisme, sa solennité, son caractère triomphant. Elle peut aussi reproduire l’entrée d’un temple grec ou romain. Sa facture est donc symbolique d’une réussite personnelle. Les panneaux sont décorés par un travail de menuiserie orné de moulures de style 18ème et supportés par deux pilastres de part et d’autre. Ces derniers sont surmontés généralement de vasques de bronze ou d’éléments de décoration en terre cuite. Cette porte est toujours fermée, en rupture sur la vie extérieure, et ne s’ouvre que quelques minutes par jour pour laisser entrer le propriétaire ou des hôtes de marque. En pénétrant à l’intérieur de l’enceinte, on découvre que l’espace se partage entre la maison (très inspirée du modèle hôtel particulier) et un jardin sur lequel donne la façade. Elément essentiel de la représentation symbolique de cette architecture du “succès”, elle est le plus souvent symétrique, à colonnades, de style classique.
La véranda avec ses hautes colonnes ioniques ou doriques, est installée sur
une plate forme surélevée qui constitue la première terrasse, à laquelle on accède par une envolée d’escalier. Cette élévation renforce l’impression de grandeur et de noblesse de l’édifice. Là encore, les références à l’architecture grecque ou romaine sont évidentes, même si dans le style franco-pondichérien la présence de fronton est rare (c’est le plus souvent l’apanage des édifices publics).
Pour ces hôtels particuliers, le fronton est remplacé par un toit dit à “l’italienne” bordé d’une balustrade, afin
de permettre la présence d’une deuxième terrasse. Pour alléger les formes rectangulaires, l’architecte fait appel à des artifices à partir d’éléments de décoration en stuc, tels que bandeaux, corniches, linteaux, pilastres etc…
Les façades sont entièrement blanchies à la chaux avec une reprise de couleur jaune ocre autour des éléments
de décoration, afin de mettre en valeur et souligner le rythme architectural… Tous ces éléments de décoration sont largement inspirés du style 17ème et 18ème européen, eux-mêmes liés à l’art gréco-romain et à l’architecture italienne, en particulier celle de l’architecte italien LE PALLADIO.
LA MAISON TAMOULE
L’espace y est souvent très codé, et est organisé autour d’un schéma traditionnel de la famille élargie,
impliquant la cohabitation de plusieurs générations et de plusieurs familles dans un même lieu. Dans cet espace, l’individu a peu sa place et seuls les jeunes couples ont à leur disposition (pour un temps) une pièce à usage privatif ; tous les autres membres partagent leur vie quotidienne dans un même espace communautaire autour d’une cour intérieure : le “muRRam” (Kw;wk;).
Construction traditionnellement de plain-pied, les maisons tamoules sont, en général, composées de trois
espaces bien définis : un espace semi-ouvert qui autorise la venue de l’étranger , un espace fermé d’intimité forcée et un espace semi-ouvert qui clot les maisons. Ces dernières sont parfois très profondes et certaines vont même d’une rue à l’autre.
Le premier espace appelé “tiNNaï” (jpz;iz) est une sorte de plate-forme surélevée généralement ouverte
et attenant à la façade principale sur rue. Le tiNNaï permet au passant, au pèlerin de se reposer, voire d’y dormir. Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 35 Page 3 Parfois prolongé d’une véranda à toit de tuiles et colonnettes de bois, elle isole la maison du bruit, de la poussière de la rue et procure ombre et fraîcheur. Le passage sur pilier de devant la maison est un élément important de son architecture de vie ; il sépare le domaine public du domaine privé, sans constituer une rupture marquée. C’est un espace d’interaction qui jour le rôle de “rue de la conversation”.
On pénètre au sein de la maison en franchissant une poutre de bois fixée au sol. Cette pièce ainsi que la poutre
se nomme le “naDaï” (eil); c’est également le nom porté par le passage qui relie le seuil de la maison à la cour interne le muRRam.
Celui-ci est entouré d’un péristyle, comme dans les anciens couvents, au toit de tuiles creuses. Cette cour
intérieure est un appel d’air. Pénétrer dans le muRRam, c’est être associé au rythme des activités familiales. C’est en son sein que se déroule l’essentiel de la vie communautaire : retrouvailles, activités domestiques, repos. Tout autour, les pièces, petites et sombres, servent à entreposer dans des armoires, vêtements, objets de valeur et ustensiles de cuisines ; elles sont également utilisées comme réserve à grains. L’une de ces pièces (peut-être un peu plus grande) s’appelle le “kuDam” ($lk;) et est essentiellement destinée à l’ensemble des cérémonies familiales. C’est un petit oratoire “sâmi aRaï” (rhkp miw).
Le passage naDaï se prolonge toujours dans le même axe et permet alors
l’accès à la cuisine “samayal aRaï” (rikay;miw), espace strictement féminin. Dans le prolongement de cette cuisine s’ouvre l’arrière cour “kollaï” (nfhy;iy). On y trouve les latrines, un puits (souvent hors d’usage de nos jours) et des arbres du style cocotiers ou bananiers. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un jardin, ni encore d’un potager, mais plutôt d’un espace fonctionnel liés aux activités domestiques : toilette, blanchissage etc…
L’architecture tamoule, de par sa forte personnalité, constitue un type architectural original différent pour
l’essentiel de ce que l’on trouve ailleurs dans le Deccan. On remarquera cependant une étrange similitude entre l’organisation de l’espace de la maison tamoule et le véritable code que constitue la structuration de l’espace de la maison pompéienne.
LES SIGNES D’UNE CERTAINE MODERNITE
Dans les années 1930 à 1950, on construit à Pondichéry beaucoup de
maisons ni tamoules ni coloniales, avec un étage, et l’on modernise également d’anciennes maisons tamoules traditionnelles en y ajoutant cet étage. Ce qui donne naissance à un style très particulier, propre à Pondichéry ; une “architecture métisse” en quelque sorte. Puis dans les années 1980, on continue de construire, mais ce n’est plus le même neuf. Les gens n’ont plus les mêmes goûts.
Pondichéry
voit l’arrivée de nouveaux acteurs économiques, principalement des Indiens du Nord, dont certains spécialisés dans les opérations immobilières et dotés d’importants moyens financiers, et qui vont marquer un changement d’échelle tant spatial que qualitatif dans le bouleversement foncier de la ville qui s’agrandit. Les maisons anciennes, coloniales ou tamoules sont rachetées pour la valeur de leur terrain et l’habitat traditionnel qu’elles constituaient est remplacé par la construction d’immeubles à 3 étages ou plus, dans un style occidentalisé et sans charme.
Les vieilles maisons indiennes n’intéressent presque plus personne. On
veut du moderne. On détruit les anciennes maisons basses où n’habitait qu’une seule famille et l’on édifie du neuf avec plusieurs appartements où logent 6 familles. Mais ce n’est plus la même vie, le même quartier.
Actuellement, quelques organismes et associations, voire quelques individus, essaient de s’organiser pour
restaurer et sauvegarder ce riche patrimoine ; mais il est déjà trop tard pour beaucoup de bâtiments. Les signes évidents de la modernité se posent chaque jour davantage sur la cité de Pondichéry, signes toujours plus tangibles et même identifiables.
Joëlle Piednoir (illustrations et texte d’après une étude du Lycée français de Pondichéry) Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 35 Page 4
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Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.17) sont sur :
http: //www.puduchery.org
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ÂttissoûDy d’Avvaïyâr, traduit en français par E.Ariel
Les Tamouls connaissent bien la poétesse Avvaïyâr. Mais, il n’est pas rare de
rencontrer des Franco-pondichériens ignorant son nom ! Par ailleurs, les Français ne connaissent pas suffisamment bien le célèbre indianiste de la première moitié du XIXe siècle Edouard Ariel, probablement parce qu’il a été enlevé trop tôt de ce monde. Son maître et contemporain Eugène Burnouf et d’autres, parmi lesquels P.Meile, ont vivement déploré la mort précoce de ce grand esprit. Afin de remémorer ces deux noms prestigieux, le Cercle Culturel des Pondichériens vient de publier un Supplément spécial No.1 de sa Lettre, en petit format 10,5x14,8, très agréablement illustré, que nos amis pourront se procurer en contactant le responsable, à l’adresse indiquée page 1. Prix (port en sus): 1 exemplaire : 3 €, 25 ex : 50 € .
Rappel pour passage à l’EURO : A partir du 1er janvier 2002,
- Adhésion à notre Association (Membre actif) : 15 €/an, (Membre bienfaiteur) : 30 €/an
- Cours de Tamoul : (adultes adhérents) 45 €/an, (enfants): 30 €/an
“LE DEMOCRATE” de Pondichéry
Durant l’administration française, plusieurs journaux étaient publiés à Pondichéry, dont certains français,
d’autres tamouls et d’autres encore bilingues. Malheureusement, il n’en existe que quelques rares exemplaires, sans continuité chronologique, à la Bibliothèque Nationale. Nous citerons, parmi les plus anciens: Le Moniteur (1850), Le Progrès (1883), Le Trait-d’Union, journal des Colonies françaises (1885), Le Trait-d’Union, organe des jeunesses de l’Inde française (?), L’Union Républicaine, journal de l’Inde française (1891), Poutikseriyen (1893), L’Hindou Nessane, journal républicain de Pondichéry (1896), Poudouvai Nessane (1900), Le Messager de l’Inde (1900) et Le Démocrate (1900). Nous avons choisi de présenter ce dernier aujourd’hui.
Ce journal hebdomadaire de quatre pages naissait le dimanche 14
janvier 1900, avec S.Soccalingapoullé comme administrateur. La rédaction avait son siège au 60, rue sud des Tisserands, Pondichéry. Le gérant en était S.Candassamy et l’imprimerie Soudjanarandjani. Le numéro coûtait deux annas.
A la première page, après avoir résumé son programme, le premier
numéro rapportait l’élection de Jules Godin comme sénateur de l’Inde française pour une nouvelle période de 9 ans.
En page 3, il annonçait l’apparition de la peste bubonique à
Bangalore et à Bombay. Sous le titre “Un généreux don”, il rapportait que “Monseigneur Decastro, le nouvel évêque de Mylapore, a béni le dimanche dernier deux cloches que M.P.Subramani Pillai de la maison P. Vingatachellam et Cie avait offertes à l’église de l’Assomption à Madras. M.P.Subramani Pillai est un hindou brahmanique et le don qu’il a fait à une église catholique témoigne de son munificence cosmopolite”.
Egalement en page 3, il relevait que, d’après l’Officiel, “le Conseil
du Contentieux a annulé l’élection au Conseil Général des élus de la
première liste de Pondichéry pour corruption d’électeurs par distribution de
boissons”.
M.Gobalakichenane