Lettre du CCP n° 33
Sommaire
- — Pourquoi Jésus n’est pas venu?
- — Andromaque
- — Les “Pondichériens” à La Réunion
Numéro 33 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Septembre 2001.
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Pourquoi Jésus n’est pas venu?
Tête, oreilles, nez, cou, mains, poitrine, doigts Pieds, sur ces huit parties du corps Des bijoux d’or, d’argent ou de diamant Les femmes ne devaient pas porter; Mais, habillé simplement, devait-on venir à l’église. A cet ordre du prêtre supérieur, Fuirent l’église comme poison Les femmes et les hommes!
Le prêtre vit cela et modifia qu’en plus De ces huit parties, les longs cils, lèvres, langue On pourrait orner; pour s’admirer à l’église, Il y aurait même un miroir. A cet appel insistant, les dévôts, bien parés, S’y rendirent nombreux: Seul Jésus n’y est pas venu, Chère Inde! (trad.par G.Ponny)
,NaRitg; gw;wp ghujpjhrd; Bâradidâssane sur Jésus
Le poète pondichérien Bâradydâssane (1891-1964) composa de nombreux
poèmes révolutionnaires pour son époque. Tout comme son maître Bâradyâr(*), venu se réfugier à Pondichéry pour fuir l’Inde britannique qui pourchassait les nationalistes au début du XXème siècle, il fustigeait sans ménagement la société indienne hiérarchisée en castes et la famille tamoule reléguant la femme à une position inférieure. Plus tard, quand il épousa les thèses de E.V.Râmassâmy Nâicker surnommé “Périyâr” du parti Drâvida Kajagam (DK), il combattit avec encore plus de virulence toutes les tares de la société tamoule.
Nous proposons ci-dessous un de ses poèmes qui rappelle une époque
pondichérienne où le prêtre supérieur jésuite prêtait l’oreille aux désirs de ses ouailles “de castes” qui pensaient plus à venir se pavaner à l’église qu’à prier.
(*) Nous avons publié dans la Lettre no.10 un poème de Bâradyâr sur Jésus Christ.
ISSN 1273-1048 No. 33
Septembre 2001
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)
Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS
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Rédaction : M.Gobalakichenane, 22, Villa Boissière,
91400 - Orsay, France
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 33
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Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 33
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Andromaque (Me;jpNuhkhf;F)
Bâradyâr avait souhaité que les meilleures oeuvres étrangères soient traduites en tamoul et
que les oeuvres importantes tamoules soient de même traduites réciproquement dans les langues étrangères pour faire connaître la littérature tamoule au monde entier.
L’oeuvre tamoule la plus fréquemment traduite en français est le
TiroukkouraL de TirouvaLLouvar. Quelques autres oeuvres de morale pour enfants ont également été traduites. Mais, le public francophone ne dispose pas d’autant de traductions que le public anglophone. Et la connaissance de telle ou telle oeuvre tamoule reste l’apanage de quelques spécialistes ou chercheurs. Par ailleurs, en France, on parle de littérature indienne et très rarement de “littératures indiennes”; et l’on cite souvent la littérature hindie (parce qu’à tort ou à raison, on associe cette langue à l’Union Indienne, comme le français à la France, l’anglais à l’Angleterre…). On évoque parfois la littérature bengalie (heureuse réminiscence des souvenirs de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature) ou la littérature malayalam (quelques succés récents tels que “Chemmeen”…). Mais, on trouve rarement des éditeurs osant publier des traductions d’autres langues officielles de l’Inde et cette attitude timorée occulte malheureusement leurs littératures.
Dans l’Etat de Tamilnadu et à Pondichéry, grâce aux efforts de quelques professeurs de
français d’Université et d’Alliance française, des oeuvres modernes ont été traduites en tamoul. On a aussi essayé de publier des essais permettant de faire connaître au public tamoulophone la littérature et la culture françaises. Mais, les Tamouls ne disposent pas tous des mêmes moyens financiers que les Français et il serait injuste de faire une comparaison abrupte.
Quelques Pondichériens ont essayé de traduire en
tamoul les oeuvres classiques françaises.
Ainsi, nous citerons, pour exemple, une traduction
d’Andromaque par l’avocat S.Péroumal (R.ngUkhs;), très célèbre à Pondichéry pour ses connaissances de droit et sa facilité d’expression en français. Après avoir pris sa retraite, il travailla, à l’âge de 74 ans, à la traduction en tamoul d’une pièce de Racine qu’il chérissait le plus parmi les oeuvres classiques françaises.
Dans son Introduction, le traducteur rappelle que cette
pièce a été jouée près de 1300 fois déjà à la Comédie française de Paris. Il insiste sur les normes de trois unités adoptées à l’époque de Louis XIV pour les pièces de théâtre: unité de lieu, unité de temps et unité d’action. Il rapporte qu’ayant évoqué une fois cette notion de trois unités à Bâradidâssane, celui-ci fut si admiratif qu’il voulut s’y essayer aussi et composa en moins d’un mois une pièce basée sur ces trois unités intitulée “Fruit de goyave” (nfha; ahf;fdp).
Pour expliquer les difficultés de traduction rencontrées, il rappelle que certains termes
français du XVIIème siècle ont changé de sens depuis et qu’il faut les replacer dans leur contexte d’époque pour les rendre correctement en tamoul d’aujourd’hui. Et il cite comme exemple: ennuis, funeste, fureur, charmes. Cette remarque reste valable pour tous les traducteurs en tamoul des classiques anciens de langues européennes. M.G. Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 33 Page 3
Les “Pondichériens” à La Réunion nuA+dpadpy; GJr;NrupaH
Au cours de ses différentes phases, pour des raisons diverses, le peuplement de l’île la
Réunion se caractérise par l’arrivée en vagues d’immigrants, originaires des multiples régions indiennes.
Issus d’une société fortement stratifiée, ces “Réunionnais-indiens” constituent cependant une
entité cloisonnée dont les nombreux éléments se différencient respectivement en trois groupes principaux:
- Les “Pondichériens”: arrivés de l’Inde du Sud, depuis 1953, après la perte de la France du
comptoir de Pondichéry(1). Ils forment une communauté composée d’agents publics essentiellement, et constituée en familles tamoules, tant catholiques qu’hindoues. Ils représentent quelques milliers d’individus.
- Les “Z’arabes”: originaires du Gudjerat, et plus précisément de la région de Surat et
Broach. Ces musulmans sunnites sont arrivés dans l’île un peu après le milieu du XIXe siècle, et la plupart comme prospecteurs commerciaux. Ethniquement homogène, ce groupe exerce une forte influence sur le plan économique. On l’estime à une trentaine de milliers de personnes. A ces “Gudjeratis” se sont joints tout récemment les Karanas (du mot swahili “karani”: employé de bureau), fuyant Madagascar en 1984. Ceux-là constituent en fait la dernière vague d’immigration indienne à l’île de la Réunion.
- Les “Malbars”: ils représentent les Indiens les plus importants en nombre de la société
réunionnaise. De quelques groupuscules à la fin du XVIIe siècle, ils participèrent activement au peuplement de l’île. Ces immigrants, venus pour la majeure partie de l’Inde du Sud(2), apportèrent avec eux “l’héritage dravidien et hindouiste” et ont transféré ainsi maints traits culturels vers l’île.
Composés autrefois de groupes dissemblables minoritaires “Bengali/Kalkita”, “Lascar”,
“Télinga”, “Maléalom” et autre “Cannara”, “Singala” et peuple d’origine tribale etc., ils ont été assimilés à la partie majoritaire de langue tamoule (probablement les “Madras”) et sont qualifiés localement de “Malbars”.
Ces descendants d’engagés et/ou d’esclaves se localisent en cette fin de XXe siècle sur les
plaines littorales et dans les espaces environnants: usines et plantations sucrières. Ils forment aujourd’hui “le groupe ethno-culturel Mal(a)bar” (3).
Sully-Santa Govindin,
“Les engagés indiens - Ile de la Réunion XIXe siècle” p. 9, Azalées Editions, St Denis, La Réunion, 1994.
(1) NdlR: Le mouvement de départ de Pondichéry, amorcé dès avant la cession “de facto” du 1er novembre 1954, a continué pendant la période de transition 1954-1962 et après le transfert “de jure” de 1962.
(2) NdlR: Venus principalement de la région de Pondichéry et de Karikal au XVIIIe siècle, ces Tamouls sont souvent confondus avec les engagés du XIXe siècle plus connus jusqu’à l’indépendance de l’Inde en 1947 et même plus tard sous le vocable “Madrassis” (utilisé improprement par les Britanniques, en raison de la configuration administrative de “la Présidence de Madras” de l’époque, composée de diverses régions culturelles tamoule et non-tamoules, ayant Madras comme chef-lieu).
(3) NdlR: Ces “Mal(a)bars” (entendre “Tamouls”, bien qu’ils ne soient pas originaires du Malabar, extrême sud-ouest
de l’Inde - encore une désignation impropre datant du XVIIe siècle -) pratiquent la langue créole et ont complètement
oublié la langue de leurs ancêtres, même s’ils pratiquent, par tradition orale remarquablement continue, leurs coutumes
et cultes anciens, alors que les “Pondichériens”, exception faite des tout jeunes, ne connaissent pas le créole
réunionnais.
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 33
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Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens sont également sur :
http: //perso.libertysurf.fr/karikalan/ccp.htm
Les devinettes tamoules jkpopy; tpLfijfs;
Les devinettes étaient couramment utilisées par les parents et grands parents pour aiguiser l’esprit des petits. Même les villageois sans aucune instruction enchantaient les jeunes, avant leur sommeil au clair de la lune, par les questions de ce genre énoncées avec emphase et fierté. Les jeunes se les faisaient répéter souvent, après quelques minutes suppliaient les réponses, puis en redemandaient…Nous proposons aux lecteurs tamouls et tamoulophones quatre devinettes simples (qui ne peuvent malheureusement pas être traduites en français, car elles perdraient tout leur charme), extraites du livre de S.V.Subramanian, en espérant qu’ils trouveront les réponses.
1- tpz;izr; rpupf;fr; nra;ths; fz;izg; gwpf;fr; nra;ths;- mts; ahH ?
2- mq;F kpq;Fk; miyt jpuz;L gf;fk; gf;fkha;g; ghHg;g jpuz;L fpz;nzhyp jd;idf; Nfl;g jpuz;L vl;b naLj;Jf; nfhs;t jpuz;L - mit vd;d ?
3- mwptpd; kW ngaH ,utpy; tUtJ - mJ vd;d ?
4- fhy; ,y;yhj fs;td; fhy; cs;stidg; gpbj;jhd; jiyapy;yhjtd; mijg; ghHj;Jf; fyfyntd;W rpupj;jhd; - mtHfs; ahh; ?
Pour ceux qui ne trouveraient pas, les réponses exactes seront données au prochain numéro.
L’Abbé Pierre et Bâradiyâr (mNg gpNaUk; ghujpahUk;)
Lors de “l’année internationale du logement des sans-abri” décidée par les Nations Unies
en 1987, l’abbé Pierre avait organisé des rencontres humanitaires internationales, à Pont-Saint- Esprit, sur ce thème (Le Monde du 13 octobre 1987).
Il avait alors déclaré : “La démocratie se déshonore en
oubliant les plus faibles”. Si les lois les oublient, c’est qu’elles sont mauvaises : “Si, dans une société, les lois telles qu’elles sont faites ne permettent pas d’avoir une vie normale, la loi est devenue illégale”.
Sa rage contre une société injuste rejoint celle de Bâradiyâr
(1) qui disait, d’un ton encore plus offensif, en pensant aux
affamés de la terre :
‘jdpnahUtDf;F cztpiynadpy; rfj;jpid mopj;
jpLNthk;’
signifiant: “S’il est un seul qui souffre de faim, détruisons ce monde !”
(1) Il est mort à Chennaï, il y a 80 ans, le 11 septembre 1921.