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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 20

Juin 1998

Sommaire

  • — Une fable tamoule
  • — Les RâmâyaNams en Asie
  • — Expériences de transports à Pondichéry: « Ne ratez pas le bus! »
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Numéro 20 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Juin 1998.

இன்றைக்கு இலை அறுத்தவன்‌ நாளைக்குக்‌ குலை

புதுச்சேரியர்‌ கலை மன்ற மடல்‌

Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS

ததத ப்பு

ISSN 1273-1048

No. 20

Juin 1998

Cours de Tamoul à :

MPT Courdimanche

91940 - Les Ulis Tél : 01.69.07.48.04

ஒரு தமிழ்ச்‌ சித்திரக்‌ கதை

Une fable tamoule

Dès qu’on dit fable, un nom vient tout de suite à l’esprit : La Fontaine. D’autres fabulistes sont moins connus, mais n’ont pas été moins célèbres à leur époque comme Esope en Grèce et Florian en France

même.

Voici une courte fable tamoule, tirée d’un vieux manuscrit trouvé à la Bibliothèque Nationale de Paris, qui rappelle une autre fable très célèbre de La Fontaine bien connue de tous. Bien qu’elle semble être la transcription d’une tradition orale, elle reste un bon exemple de prose tamoule de la fin du XVIIIe - ou

du début du XIXe - siècle.

Pour une bonne appréciation de la forme et du fond, nous donnons le texte tamoul dans sa forme originale, avec les ligatures qui sont simples à décomposer, et en parallèle la fable “La cigale et la fourmi”.

BUT கதை

ஒரு கிளி யொன்றுண்டு. ஒரு எறும்‌ பொன்றுண்டு.

அந்தக்‌ கிளியு மெறும்புமா மிருக்கிற காலத்திலே மழையுங்‌ குளிரு மாச்சுது.

எறும்பின்‌ கிட்டக்‌ கிளி போய்‌ நமக்கு மெத்தப்‌

பசியா யிருக்குது, சாப்பாட்டுக்கு நீதானியந்த வசஞ்‌ சேர்த்து வைச்சுக்‌ கொண்டிருப்பையே, ஆனபடியினாலே யுன்‌ கிட்டச்‌ சாப்பாட்டுக்குக்‌ கேழ்க்க வந்தேன்‌. அன்று கிளி சொல்லிச்சு. LÉ à

அதுக்குக்‌ கிளி ரில ம Pt பாடிக்‌ “கொண்டு திரிஞ்சே னென்று சொல்லிக்க.

அப்போ எறும்பு சொன்றுது: அப்போ பாரக்‌ தொணரடு திரிஞ்ச விர்போ ஆழக்‌ கொண்டி திரியா வென்று சொல்லிச்சுது.

La cigale et la fourmi

La cigale, ayant chanté

Tout l’été,

Se trouva fort dépourvue

Quand la bise fut venue :

Pas un seul petit morceau

De mouche ou de vermisseau.

Elle alla crier famine

Chez la fourmi sa voisine

La priant de lui prêter

Quelque grain pour subsister

Jusqu’à la saison nouvelle.

“Je vous paierai, lui dit-elle,

Avant l’oût, foi d’animal,

Intérêt et principal”.

La fourmi n’est pas prêfeû

C’est là son moindre ப + “Que faisiez-vous au temps chaud ?

Dit-elle à cette emprunteuse.

  • Nuit et jour à tout venant

Je chantais, ne vous déplaise.

  • Vous chantiez ? j’en suis fort aise :

Eh bien! dansez maintenanf’.

La Fontaine a choisi la cigale pour son chant durant les beaux jours méditerranéens alors que l’auteur anonyme tamoul fait jouer devant la fourmi un perroquet, comme indiqué dans le titre.

Le perroquet est réputé non seulement pour son très joli plumage vert et son bec rouge, mais également pour son babil amusant souvent chanté dans la littérature classique tamoule.

Le lecteur sera charmé sûrement par la richesse de la rime de la dernière réplique de la fourmi.

M.Gobalakichenane

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 20 Page 1

Les RâmâyaNams en Asie ஆசியாவில்‌ இராமாயணங்கள்‌

Le RâmâyaNa, l’une des deux grandes épopées indiennes, traite de la “Geste de Râmâ”. Le thème central est la vie de Râmà, fils du roi Dasaratha d’Ayodhya, au cours de laquelle sont narrées des scènes de combats mettant en jeu rois, reines, dieux, démons et singes. Convoitises, coalitions et luttes, exil, répudiation, pardon et couronnement en dessinent la toile de fond, une immense fresque chargée de symboles, d’enseignements philosophiques déchaînant parfois les passions des foules depuis des siècles. Ses héros ont été divinisés, sacralisés, vénérés ou craints dans la plupart des pays d’Asie.

La version sanskrite de Vâlmiki, riche de 24 000 strophes, est bien connue des indianistes européens : il en existe, entre autres, des traductions en anglais {R«Œ:H:Griffith) et en français (A. Fauche, A. எ ணட Elle a fait pl பட்‌ étatlôns.en des genres très variés, pièces 1” érentes de recherches sur l’oeuvre rationale RâmâyaNa s’est tenue

On trouve des versions de Râmây a

hs total Je Se péindi pal dé 1106. Certaines sont proches de 1” original de Vâlmiki alé GE

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que autres c comme lé V. ‘âchemirie, bengalie,

La version tamoule est due à தரம்‌ ்‌ environ. Le poète compose ce இடு வடு de renouveau vichenouite. கடு ரி >

régulièrement tous les ans, à Pondiché V

ன bee ்‌

ordre social) alors que Kamban: insisté! enlèvement, sa chasteté) et nr grandes “quali que Vâlmiki fait dire à Sîtâ plusieurs. fois 11௦010 க ஸ்ஸ்‌ de noñ- dnonciation du nom de mari est respecté au sud. Dans Ja version. sud adiènine} RâvaNa ne touchera pas Sîtâ lors de l’enlèvement. |

Le RâmäâyaNa semble avoir été connu aussi à l’extérieur de l’Inde, dès les premiers siècles de l’ère chrétienne. La plupart des pays l’ont adapté à leur propre culture. Les noms indiens de villes, montagnes, rivières, sont conservés; mais, 16 récit subit parfois une transformation complète jusqu’à oublier l’original. On trouve ainsi différentes versions en Indonésie, en Malaisie, au Vietnam, au Cambodge, au Laos et en Thaïlande (dont certaines se rapprochent de la version sud-indienne) situant les personnages dans ces pays même. Seulement en Chine et au Tibet, l’histoire est localisée en Inde.

En Birmanie : Le récit insiste sur l’épisode du daim en or. RâvaNa envoie un daim surnaturel pour envoûter 5118.

En Thailande : Plusieurs légendes parlent de la création, par Râmâ, de l’ancienne capitale Lopburi baptisée ainsi d’après 16 nom de son fils Lava (Lavapuri) pour l’offrir en récompense au dieu-singe Hanoumân. Plus tard, quand la Thaïlande faisait partie de l’empire khmer, une ville de nom Ayutthia (comme Ayodhya de RâmâyaNa) était un centre important (la célèbre pagode Wat Phra Rama est de style khmer). On connaît plusieurs oeuvres Ramakien dont la dernière est celle du roi Rama II (début du XIXe siècle). L’histoire n’est pas en concordance avec Vâlmiki : Sîtâ est 18 fille de RâvaNa !

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Au Cambodge : Des bas-reliefs du Ba-Phuon et ceux d’Angkor Wat retracent avec beaucoup de charme certains épisodes de RâmâyaNa. Ne concordant pas avec la version de Vâlmiki, ces bas- reliefs détaillent surtout la dernière partie de l’épopée. La version écrite khmère Ramakerr, toujours différente de celle de Vâlmiki, est proche de la version thaie.

Au Laos : Dans le “Livre des Grenouilles” se trouvent un récit de Dasaratha et un récit de Râmâ. Le premier retrace l’histoire de Râmâ jusqu’à son exil alors que le deuxième décrit l’enlèvement de 5118 par RâvaNa et la guerre qui s’en suit. Ces deux récits s’apparentent à la version de Vâlmiki. En outre, on a aussi un Râma Jâtaka, très proche de Râmakîrthi de Thailande, contenant plusieurs éléments introuvables chez Vâlmiki. Cette Jâtaka est sacrée au Laos.

. Les deu dernières ont

மன, பப prend la place de Vichenou. Par ailleurs, dans Serât Kända, Mandéc ra e RâvaNa)ést-d’abord la femme de Dasaratha offerte en don à RâvaNa; et Sitâ:èstil affiliés Mandôdar ! ! De noibreux bas-reliefs de Prambanam représentent des scènes கரவ. ன்‌ இ > en Malaisie : La version பன்னை est Hikâyat Sri Râm assez différent du RâmâyaNa de Välmiki et contenant plusieurs légendes de tradition fifusulmane comme le Serât Kânda d’Indonésie. 3 En Chine : L’histoire de Râmä, citée par le célèbre pélerin Hiuan-Tsang, se trouve dans deux récits de Jâtakas : Anâmaka Jâtakam et Dasarata Katha. Dans le premier, l’ennemi de Râmâ n’est pas RâvaNa, mais son oncle maternel qui a usurpé le trône. Et Sîtâ est emportée par un serpent déguisé en sage. Le deuxième, qui ne fait pas référence à l’enlèvement de Sîtâ, mais plutôt à la dévotion de Bharata pour son aîné Râmä, insiste surtout sur la piété filiale et l’intégrité personnelle.

Au Tibet : On a repris les deux Jâtakas et l’on trouve aussi un Râmâyana en tibétain daté du 8e (ou 96) siècle. Dans le RâmâyaNa tibétain, Sîtâ est la fille de RâvaNa. A sa naissance, l’horoscope ayant révélé qu’elle tuerait le père, 16 bébé est abandonné dans les eaux. Sauvée par des paysans, la petite sera remise au roi Janaka.

Après ce panorama, on pourrait se demander comment le RâmâyaNa est reçu et perçu à Sri- Lanka même? Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet. Mais, terminons par ce charmant épisode lors de l’attaque de l’île de Sri Lanka. Pendant la saga des animaux venus en aide à Râmâ pour établir un pont entre le continent (Râmeswaram) et Sri Lanka, un petit rat palmiste souhaite aider l’armée d’Hanoumän et apporte sa contribution en transportant de petits gravillons. Râmâ, charmé par ce spectacle, le prend en main et le caresse délicatement. Les empreintes de ces tendres caresses seraint devenues les raies blanches sur le dos au doux pelage du rat-palmiste.

Malgré les différences de religions, quelle communauté de culture à travers le RâmâyaNa !

O.Leblon

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 20 Page 3

Expériences de transports à Pondichéry : “Ne ratez pas le bus!” புதுச்சேரியில்‌ போக்குவரத்து அனுபவங்கள்‌

En Inde, les transports par route peuvent être enthousiasmants ou ennuyeux, souvent inconfortables, parfois dangereux, jamais banals en tous les cas pour nos yeux d’Européens. En commun ou individualisé, chaque voyage constitue une petite aventure, une nouvelle expérience.

Dans les rues de Pondichéry, à proximité des flux de piétons, le char à bœufs croise le car Pullman climatisé au milieu des vélos, des rickshaws, des charrettes à bras, des cyclomoteurs, des scooters, des taxis et des bus. Alexandre KALDA (1), qui vécut près de vingt ans dans l’atmosphère feutrée et calme de l’ashram à Pondichéry, décrit ainsi l’affolement permanent et 16 vacarme de la gare routière : “.. le terminus des cars, sorte de capharnaüm immense et sale où les véhicules cabossés arrivaient et repartaient dans les cris, les coups de sifflets et de Klaxons.. Nous grimpions dans celui-ci ou celui-là, parmi une foule jacassante, femmes d’un côté, hommes de l’autre sur des banquettes déformées; fenêtres sans vitres, claquements de portières à demi dégondées… vrombissements quinteux des moteurs…”

Si l’anarchie règne sur la gare routière de “Poudoutchéry”, elle gagne aussi dans les villages où l’on monte comme on peut dans le bus, accroché en grappe, cherchant un morceau de barre libre de doigts pour assurer sa prise. En équilibre précaire sur le marchepied au risque de se rompre le cou, la vie ne tient plus qu’à un orteil que l’on souhaite fort et endurant. Dans ces bus délabrés, bruyants et polluants, d’une lenteur déprimante et pourtant déjà si dangereuse, seul le contrôleur-receveur parvient à se mouvoir et à évoluer malgré la masse compacte de ses voyageurs. En affaire, pas de pitié: tout le monde paie sa place !

Pour les trajets urbains ou de très proche banlieue, il est possible d’éviter de finir broyé et inondé de sueur en empruntant les transports individuels. Promenades du soir dans la ville blanche et ses rues ombragées, moments privilégiés de quiétude à peine (Tiré du Pondichéry de Max Schall) troublée par le grincement de la chaîne et les coups de grelot, les courses en cyclo-rickshaw sont idéales pour la visite sans contrainte de temps. La nostalgie qui s’en dégage n’a d’égale que la sincérité du conducteur reconnaissant et consciencieux à vous servir. Le temps, malheureusement, efface peu à peu, mais inexorablement ces images d’une époque qui n’est déjà plus la nôtre en France.

Pour affronter le trafic de la ville noire et de ses bazars, l’auto-rickshaw, petit triporteur motorisé, offre ses deux places arrières à l’usager (parfois une famille entière) et au fret. Quasiment tôus fabriqués par la firme Bajaj, ces petits véhicules sans porte et capotés de toile cirée se faufilent dans toutes les villes du pays. Curieusement, chaque ville possède son propre modèle. & Pondichéry, comme au Tamil Nâdou, ces petits bolides jaunes coiffés de noir trimballent et secouent leurs passagers qui quittent momentanément leur siège à la moindre bosse pour taper la capote de la tête. Ouverts à l’air, ils le sont aussi à la poussière et aux gaz, les pots d’échappement des bus et des camions environnants se trouvant juste à hauteur du visage des occupants. Les survivants doivent acquitter la course suivant le tarif convenu au départ, car malgré la législation, aucun compteur ne tourne, même s’il est encore par miracle équipé de son câble.

Réservée aux familles les plus riches tant son coût est élevé, la voiture individuelle cède 16 pas au cyclomoteur et au scooter meilleur marché. Véritables transports familiaux, ces engins sont fréquemment chargés de trois, voire quatre personnes. Le port du sari et du sômin a créé l’habitude, les passagers hommes et femmes montent en amazone ! Plus populaire encore, la bicyclette est adoptée par des millions d’Indiens qui sillonnent chaque jour les routes de leur pays. Chaque village abrite au moins un loueur et l’on n’hésite pas à faire appel à ses services pour une petite course d’un quart d’heure.

Après la fin des hommes-chevaux dont les derniers rickshaws circulent encore à Calcutta malgré l’interdiction par l’état du Bengale occidental et en attendant la fin prochaine des cyclo-pousses de Pondichéry, on assiste impuissant à la lente disparition du pittoresque-poétique des déplacements dans cette partie du monde. Progrès oblige !

Joëlle Piednoir

(1) Alexandre KALDA, né le 27/12/42, a publié son premier roman “Tantale” à l’âge de 16 ans. Il part en Inde, en 1975, pour vivre et enseigner dans l’ashram créé par Sri Aurobindo. Il y écrit plusieurs essais publiés en France sous le pseudonyme Archakan. Il meurt subitement sur la plage de Pondichéry, en février 1996.

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