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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 16

Juin 1997

Sommaire

  • — ஆனைக்கு ஒரு காலம் பூனைக்கு ஒரு காலம்
  • — Les belles Indiennes de Jouy
  • — கூலிகள் Des Coulis
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Numéro 16 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Juin 1997.

Lettre du ISSN 1273-1048 CERCLE CULTUREL DES N° 1 6 PONDICHERIENS

௬௬ ௬௯. Juin 1997

ஆனைக்கு ஒரு காலம்‌ புதுச்சேரியர்‌ கண்ல து

பூனைக்கு ஒரு காலம்‌ MPT Courdimanche

QE மன்ற மடல்‌ 91940 LES ULIS

அழ. வள்ளியப்பாவின்‌ சிறு கவிதை Un petit poème de Aja. VaLLiappa

Ecrivains et poètes ont coutume de s’adresser surtout aux adultes. Cependant, plusieurs d’entre eux ont également souhaité éveiller la conscience morale des enfants et composé de nombreuses oeuvres simples à leur intention. Les messages.véhiculés par ces comptines et chansonnettes n’en sont pas moins de portée universelle.

Au Tamilnadu (Sud-Est de l’Inde), le plus célèbre de ces poètes fut Dessiga Vinâyagam Pillai (தேசிக விநாயகம்‌ பிள்ளை) qui fit plusieurs émules dont le plus illustre est Aja.VaLLiappa (அழ. வள்ளியப்பா). Ce dernier publia plusieurs recueils de poèmes dédiés spécialement aux enfants grandissant dans une nation

qui venait aussi de naître. Le langage employé est simple et beau, le message clair et touchant, manifestant parfois un humour malicieux. Nous présentons ici l’un de ses poèmes.

Rappelons que, sous les Tropiques, la lune est brillante et claire. Les Pondichériens qui vont à la promenade du soir au cours Chabrol (actuellement avenue Goubert) par une nuit de pleine lune ne se lassent pas d’admirer l’émergence de cet astre éblouissant au dessus de l’horizon de la mer et de s’émerveiller des jeux de lumière sur les vagues. Et sur les terrasses des maisons traditionnelles, les enfants peuvent dîner en s’amusant sous cette lumière rafraîchissante.

பிறைச்‌ சந்திரன்‌ Croissant de Lune

நறுக்கி எறிந்த நகத்தைப்‌ போல Toi qui ressembles à une courbe d’ongle இருக்கும்‌ நிலாவே - நீ 9616௦ au loin, 6 Lune - Vers où நகர்ந்து நகர்ந்து போவ தெங்கே 9? Te déplaces-tu donc comme cela ?

சொல்லு நிலாவே.

Dis-moi, ô Lune. ஓடம்‌ போல வானில்‌! |

செல்லும்‌ நிலா உன்மேல்‌ ஏறிக்‌ கொ

சொல்லு நிலாவே.

உடைந்து போன கண்ணா போல்‌ காலும்‌ ்‌ இருக்கும்‌ நிலாவே ணை: €, 0 Lune - Pourrais-tu உருவத்‌ தைநீ காட்டு வாயோ ? Me renvoyer mon image ? சொல்லு நிலாவே. - அழ, வள்ளியப்பா Dis-moi, 6 Lune. - trad. G. Câvéry

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Les belles Indiennes de Jouy

Malgré le courage de précurseurs comme 165 frères Nago en 1526 ou Pyrard de Laval en 1600, il faut attendre le milieu du XVIIe siècle (soit deux cents ans après le Portugal, cent ans après les Provinces Unies, et un demi siècle après l’Angleterre) pour que la France se lance à son tour dans le commerce de l’Orient et de l’Extrême-Orient sous l’impulsion de Richelieu, autorisant la création de la Compagnie du Morbihan, puis de la Compagnie d’Orient en 1642. Achetée deux mille livres au gouverneur de Nantes, fils de Nicolas Fouquet (1615-1680), surintendant des finances, cette dernière est à l’origine de la “Compagnie des Indes” de Colbert formée en 1664. La même année, une ordonnance royale fixe les droits d’entrée des cotons filés, en graine et en laine. Les quais de l’Orient (Lorient) reçoivent la première cargaison de la compagnie par actions le 2 février 1669.

En ce début de XVIIe siècle, le vieux continent se découvre une passion pour l’exotisme. Déjà à Marseille, les toiles imprimées appelées “Perses” sont très convoitées. Le Chevalier Chardin confirmera dans “Voyages en Perse et autres lieux de l’Orient” (Londres 1664) l’origine indienne de ces toiles. Tavernier, le baron d’Aubonne, décrira les “Chites” (toiles peintes) ou “Calmendar” dans “Les six voyages en Turquie, en Perse et aux Indes” (Paris 1686). C’est sous 16 nom d’ “/ndienne” ou de “Toile guinée” qu’elles arrivent en France. Par la qualité et la finesse de la toile de coton (encore mal connu en France au XVIIe siècle) et par leurs couleurs éclatantes, elles vont connaître un immense succès. Les dessins magnifiques sont peints à la main ou obtenus par teinture suivant le procédé de réserve. Plus tard, la “planche” (bloc gravé en bois) sera utilisée par les indienneurs pour l’impression des motifs.

L’engouement pour ces produits est tel que la nécessité de copier voit le jour. Cependant, les techniques d’impression et de teinture sont mal connues. A Marseille, le cartier Benoît Ganteaume (fabricant de cartes à jouer) et le graveur Jacques Baville s’associent en février 1648 et fabriquent les premières planches d’impression sur tissu. L’importation massive de toiles blanches et écrues de la côfe de Coromandel favorise alors le développement de la nouvelle activité textile. Malheureusement, cette fin de XVIIe siècle est profondément marquée par la persécution des Huguenots qui, pour exercer une activité normale, se réfugient dans les entreprises non encore sous le joug de la réglementation comme les manufactures d’Indiennes. Le départ de 30000 d’entre eux après la révocation de l' Edit de Nantes et la proclamation de l’ Edit de Fontainebleau en 1685, ainsi que l’ Arrêt de Prohibition proclamé un an plus tard le 26 octobre 1686, ont fourni aux pays européens limitrophes une main d’oeuvre bien au fait des techniques en cours de développement.

Cet arrêt de prohibition, à double tranchant , stipulait :
“Toutes les fabriques établies dans le Royaume pour
peindre les toiles de coton blanches devront cesser : les
moules servant à l’impression seront rompus et brisés
défense est fait à tous les sujets de peindre les dites toiles, aux graveurs de faire aucun moule. Quant aux toiles peintes, défenses sont faites à toutes personnes de les introduire, de les exposer, de les vendre ou acheter”. I] durera 73 ans et nécessitera plus de 71 édits et proclamations. Une condamnation perpétuelle aux galères était même promise à

“Les Coquecigrues”, Indienne à la planche de bois, 1793

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quiconque “porterait ou ferait usage de ces toiles”. La prohibition gagnera également une grande partie de la Prusse et l’Angleterre. La Compagnie des Indes, très touchée par cette mesure d’interdiction, doit réexporter ses produits prohibés vers les Antilles et l’Afrique. La contrebande s’organise et les élégantes de la cour font l’objet de nombreuses saisies et procès (Madame la Marquise de Nesle, Madame de Pompadour actionnaire de la Compagnie des Indes). “Pendant 73 ans la prohibition va faire de nous les tributaires non seulement de l’Inde, mais de la Hollande, de l’Angleterre, de la Suisse où la manufacture se développe : la toile imprimée introduite clandestinement coûtera plus d’argent et plus d’hommes au royaume, que l’Indienne même ouvertement importée”.

Cette époque incertaine, loin de paralyser la création industrielle sera en fait une période privilégiée de recherche. Le début du XVIIIe siècle voit s’installer plusieurs ateliers : Daniel Charles Trudaine et les Bucquets (dessinateurs et graveurs) en 1837 à Rouen, Johan Rudo Wettier dès 1736 à Marseille qui, grâce au régime de port franc de la ville, peut continuer sa production, Wettier encore en 1757 à Orange ( “la Toile d’Orange” ), Cabannes à la Cour des Princes à Paris, concurrençant les ateliers de l’ Arsenal et de l’ Enclos du Temple.

Les techniques de teinture se perfectionnent et viennent enrichir le “Règlement” (1671) de Colbert, véritable inventaire des connaissances de l’époque en la matière. La culture du “pastel” est implantée en Normandie et Languedoc. Dufay de Cisternay (1698-1739) le classera en “grand et petit teint”, Jean Hellot (1685-1766) donne la recette de la teinture de la cuve à pastel, Bertholet (1748-1822) utilise le chlore (selon Lavoisier) pour le blanchiment des toiles, Chaptal (1756- 1832) installe sa fabrique de produits chimiques à Montpellier. Pour rattraper le retard pris sur la concurrence étrangère, des espions sont envoyés en Angleterre et bien entendu en Inde pour percer les secrets de fabrication. Ainsi, le père Turpin ramène en 1718 la façon de traiter le fil avant le tissage et surtout le secret du “mordant” servant à fixer la couleur au coeur de 18 fibre. De Pondichéry même, Antoine de Beaulieu (1699-1739), officier de marine, édite en 1736 un document sur les “onze manipulations constituant la manière de fabriquer les toiles peintes de l’Inde”. D’autres procédés sont révélés dans la correspondance de janvier 1742 du père Coeurdoux (1691-1771) missionnaire à Pondichéry (“Lettres édifiantes et curieuses écrites des Missions étrangères”, XXVIe recueil ).

Travaux à la Manufacture de Jouy, J-B. Huet, 1783 (Doc.Musée)

La fin de la prohibition fait exploser l’activité et l’acquis technologique des années difficiles profite enfin. En 1785, plus de 100 manufactures d’Indiennes en France produisent plus de 500000 pièces de toile par an. Les implantations se font en Alsace (J.H. Dolfus, J.J.Schmaltzer, S.Koechlin, JT. Feer), dans les Vosges (Hartmann), à Nantes (Petitpierre), à Bourges, Manufacture Royale en 1757 (G. Lesage), à Orléans en 1762 (J. de Mainville), d’autres à Bordeaux, Grenoble, Villefranche et Melun. Mais aucune ne put rivaliser avec la célèbre manufacture d’ Oberkampf (1738-1815), d’une famille de teinturiers de Wurtemberg, qui s’installa à Jouy en Josas, près de Versailles et de sa cour, en 1760. Entouré d’excellents dessinateurs (JB. Huet 1745-1811), graveurs, teinturiers et même chercheurs (Gay-Lussac en 1803), il obtint le titre de Manufacture Royale en 1783. Les 14 hectares de la fabrique accueillirent les toiles au séchage sur pré jusqu’en 1843, date à laquelle la liquidation est prononcée à l’issue d’une période pénible due au blocus continental, aux invasions et à la concurrence. Malgré la disparition de la prodigieuse manufacture, un magnifique musée occupe aujourd’hui le terrain et l’Indienne continue de porter le nom de “Toile de Jouy”.

M.Piednoir

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கூலிகள்‌ Des coulis

Après l’abolition de l’esclavage au XIXe siècle, les colons britanniques et français avaient un besoin énorme de main d’oeuvre. Tout comme ailleurs en Inde, lors des périodes de grande pénurie et de famine, de nombreux Tamouls, appâtés par les représentants recruteurs quadrillant certains endroits bien ciblés, s’étaient résolus à quitter leur pays natal. Ils avaient été emmenés, sur contrat, comme salariés journaliers, c’est-à-dire “கூலியாள்‌” où “கூலி’” en tamoul (d’où couli en français et coolie en anglais) dans les lointaines colonies de climat chaud : Afrique du Sud, Ile Maurice, la Réunion, la Martinique, la Guadeloupe, sans oublier le Ceylan, la Malaisie et les Iles Fidji. Il n’est pas inutile de rappeler i ici que la mise en valeur initiale des terres vierges de ces pays et le début de leur décollage économique sont surtout dûs au labeur de ces premiers immigrants, coulis et non coulis.

Le mot “coulis” s’appliquait aussi, par extension, aux salariés contractuels venant d’autres régions de l’Inde. | 694 utilisé maintenant pour désigner les Tamouls et même les Indiens en général. Une extension similaire permet d’évoquer des coulis chinois, de leur trafic et de leur histoire.

Aujourd’hui, l’acculturation des,coulis est manifeste dans des régions comme l’Ile Maurice, la Réunion, le Natal en Afrique du Sud ou la és fa desc ui concerne la Guyane, nous reproduisons ci-dessous une courte communication pré becs ors de la 3ème Conférence Internationale des Etudes tamoules qui a eu lieu à Paris pe “Le dr.

L’Immi sn

Il existe aux Archives du Ministèrf. dé la Fance d’Outre-Mer des documen, encore mal exploités, qui renseignent utilement sur l’immigration targoule en Guyane française. PA

M.Gobalakichenane ல்‌ én Guyane française

Dès 1821, le Ministère de la Marine demanda au Con qe Dupuy, Gouverijeur des Etablissements français de l’Inde, d’étudier la possibilité d’introduire,en uyane க de la côte de Malabar et de Ceylan, “au

fait de la culture et de la préparation des épi “, Ce illes s’établirafent en Guyane sur des terres qui, après avoir été mises en valeur par leurs soins} léur-appa iendraient en toute propriété. Ce projet, pertinent en lui-même, n’eut pas de suite. En 1855, 19 tfois- -mâts français “Sigisbert César” qui transportait à la Guadeloupe 800 coolies venant de Karikal,;sübit au large des côtes de Guyane de graves avaries qui obligèrent le capitaine à débarquer ses ne L à à Cartes,

A partir de cette date, des contrats furent hgsés pour introduire dans la colonie 1 000 coolies par an. Cependant, de 1856 à 1877, il n’est rentré en Ghyane que 8 472 Hindous des deux sexes.

Les documents dépouillés nous ont appris, ன்‌ qui ils étaient, d’où ils venaient, quels milieux, quel genre de vie, quels métiers avaient été” br leur lieu d’embarquement, quel genre d’existence ils avaient mené sur les navires, combien de pasSagers ilsgétaient, l’itinéraire suivi par les navires, combien de jours ou de semaines avaient duré la traversée, & Gin ment ils avaient été traités, nourris, soignés, comment ils s’y étaient comportés, comment ils ont été reçus en Guyane, à quoi ils ont été utilisés, la durée de leur engagement, les primes qu’ils recevaient, leur morbidité, leur mortalité, etc.etc.

En 1885, le nombre total des morts s’élevait à 4 621. Cette mortalité a paru énorme, au point que le Consul Anglais fit des représentations pour obliger les autorités françaises à prendre des mesures de sauvegarde. Le climat des pays n’est cependant pas responsable. Comme partout ailleurs, les principales causes de mortalité ont été le surmenage, la sous-alimentation et le manque de soins.

| 184 coolies étaient retournés dans l’Inde et 186 transférés à la Guadeloupe. Les 2 931 qui sont restés en Guyane ont fait souche, se sont assimilés et l’assimilation a eu pour conséquence la disparition, plus ou moins lente, des traditions ancestrales (*).

Jean Chaïa, 1970

(*) NdiR : La population actuelle de la Guyane française est estimée à 90 000 environ.

***** Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens sont disponibles également *****

sur INTERNET : URL : http:/www.MicroNet.fr/-karikaln/ccp.htm

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