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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 108

Juin 2020

Sommaire

  • — Poèmes d'Abdul Rahman (1937-2017)
  • — Un sur cent est Tamoul — la diaspora tamoule dans le monde
  • — Les Conférences internationales des Études tamoules (1966-1970)
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Numéro 108 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Juin 2020.

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Va toujours croissant. Or le nombre de malfaiteurs Va croissant également ! Quelle est donc cette arithmétique?
Je n’y comprends rien.

** Vous soufflez des bougies

Pour votre anniversaire

Et si ce jour-là, allumiez une

lumière

Dans la vie de quelqu’un

Votre naissance prendrait du sens.

**

De la pierre ‘Homme a fait une statue. Du bambou il a fabriqué une flûte. Mais de l’Homme, qu’at-il fait au juste?

**

Ne t’attache pas à mes mots Écoute plutôt ce qui est muet Le vrai message est dans ces silences. Abdul Rahman, (trad. Câvéry Ostyn)

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Poèmes d’Abdul Rahman (1937-2017)

Né le 9 novembre 1937 à Madurai (kJiu), capitale antique du Tamilnadu (jkpo;ehL), Abdul Rahman a fait ses études au Collège Thiyagarajar de cette cité. Il a longtemps été professeur d’urdu (ancien hindoustani à l’écriture arabo-persane de droite à gauche) au Collège Islamiah de Vâniyambâdy (thzpak;ghb). Il y a enseigné également le tamoul (tamij) pendant 29 ans. Il a publié de nombreux recueils de poèmes dont nous avons choisi quatre ci-dessous. Il est connu sous le nom de ‘Kavikkô’ (ftpf;Nfh, Roi des Poètes). M.Gobalakichenane ISSN 1273-1048 No.108 Juin 2020


Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor) Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS GJr;NrhpaH fiy kd;w kly;

Rédaction: M.Gobalakichenane 

22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France

Email : ggobal@yahoo.com Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 108 Page 1

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 108 Page 2 Il y a 50 ans, la Troisième Conférence Internationale des Etudes Tamoules à Paris en 1970 ghuprpy; 1970Mk; Mz;L ele;j %d;whk; cyfj; jkpo; khehL

Dans les années 1950 et 1960 de la ‘Guerre froide’, Nehru était le chef incontesté des pays non-alignés qui se positionnaient entre les Occidentaux et le Monde communiste. Lors de la Conférence de Bandoung de 1955 dont il devait être la vedette principale, la grande révélation fut Chou-En-Lai. A cette époque, le monde connaissait le nom ‘Union indienne’(1), mais non ses Etats constituants – souvent traités en ‘régions’ ou ‘provinces’- de la taille des nations de l’Union européenne et ignorait leurs différentes cultures et langues. Parmi ces dernières, le tamoul (ou mieux tamij) occupe une place particulière en raison de sa singularité vis-à-vis du sanskrit (2), de sa très riche littérature antique et de sa longévité. Par ailleurs, la diaspora tamoule qui date des premiers siècles de l’ère chrétienne en Asie du Sud-est, a connu diverses fortunes. Ensuite, entre les 10ème et 12ème siècles, durant la période d’expansion de l’empire maritime des Chôlas, les Tamouls seront des combattants sur mer et s’établiront comme des négociants dans la péninsule ‘Kadâram’ (côte birmane-thaïlandaise-malaise). Après les conquêtes des Européens, leurs besoins de main d’œuvre pour les plantations de sucre, thé et hévéa conduisent à de nouvelles migrations aux 18ème et 19ème siècles.

A l’époque britannique des Indes, après les élections de 1938, lorsque le gouvernement Congrès voulut imposer le hindi en 1939, il rencontra une forte résistance dans le Sud (Présidence de Madras) et dut abandonner. De même après l’indépendance de 1947, une deuxième tentative en 1950 et une troisième en 1965 des gouvernements Congrès connurent la même opposition. Au Sri Lanka (ex-Ceylan), les Tamouls autochtones du Nord et de l’Est qui y vivent depuis l’Antiquité se révoltèrent également lorsque le gouvernement de Colombo décréta, en 1956, le cinghalais comme langue officielle unique, au détriment du tamoul.

C’est le professeur de tamoul Fr.Xavier Thaninâyagam, originaire du Sri Lanka, qui conçut le projet d’une Conférence internationale des Etudes tamoules. Après maints efforts, il réussit à le réaliser et organiser la Première Conférence en 1966, à Kuala Lumpur, Malaisie(3). Elle révéla l’existence de cette importante diaspora tamoule dans le monde entier qui cherchait difficilement à maintenir la langue et la culture tamoules.

En 1967, 1e Dravida Munnetra Kazhagam (DMK, Parti Progressiste des Dravidiens) remportait la majorité aux Elections législatives (échec cuisant du Congrès) et C.N.Annadurai (cf.LCCP nos.13, 29, 57, 66, 83) devenu le Ministre-en-Chef (Chief Minister, CM) (4) donna le nom de Tamilnâdou aux frontières fixées sur la base linguistique, en 1956, durant la législature du Congrès (5). La Deuxième Conférence organisée à Madras en 1968 prit alors le caractère d’une grande fête populaire. Mais, ce CM honnête devait succomber le 3 février 1969 à un cancer à la gorge. Parmi les prétendants à sa succession, c’est M.Karunânidy qui réussit à l’emporter (6).

Jean Filliozat, Directeur d’Indologie à l’Institut Français de Pondichéry et de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, avait alors accepté d’organiser la Troisième Conférence internationale

(1) Cf. traité de cession des Etablissements français signé en mai 1956. (2) Reconnu au début du 19ème siècle comme le substrat des langues indo-européennes. (3) Où les Tamouls constituent 10% de la population totale, le tamoul est l’une des quatre langues officielles. (4) Rappelons qu’on a voté alors plusieurs lois pionnières, comme la reconnaissance des ‘mariages civils’ sans officiant brahmane, applicable avec effet rétroactif. (5) Orthographié ‘Tamil Nad’ d’abord, et plus tard ‘Tamilnadu’, en demandant chaque fois l’aval nécessaire du gouvernement fédéral de Delhi, mais ne rendant toujours pas bien phonétiquement. Thamizhnaadu aurait été préférable en anglais -et Tamijnâdou en français-. Rappelons que les gens du Sud de l’Inde étaient désignés auparavant en hindi sous le terme de ‘Madrâssis’ (le gouvernement de Pondichéry n’a pas fait mieux en retenant Puducherry en anglais au lieu de Puthuccery). (6) Il deviendra CM cinq fois, durant sa très longue carrière politique à rebondissements.

Un sur cent est Tamoul

Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 108 Page 3 des Etudes tamoules à Paris, en Juillet 1970. Avec l’aide de Fr. Xavier Thaninâyagam et le con- cours de Malcolm Adiseshiah, alors Directeur-adjoint de l’UNESCO, futur fondateur de Madras Institute of Development Studies (MIDS) à Chennai, il put ainsi l’organiser au Collège de France à partir du 14 juillet 1970.

Cette conférence qui dura quatre jours fut un authentique séminaire auquel participèrent plusieurs personnalités politiques et universitaires (cf.photo ci- contre). M.Karunânidy, alors CM de TamijnâDou, en attente d’opération pour son œil gauche à Londres, put venir enfin à l’ouverture.

Le 15 juillet 1970, le Directeur-adjoint de l’UNESCO, Malcolm Adiseshiah fit une excellente communication d’ouverture intitulée ’La culture ta- moule : vers une synthèse de la philosophie et de l’art’.

Après les discours protocolaires des personnali- tés politiques présentes, de nombreuses communica- tions de recherches furent présentées. Les thématiques suivantes furent abordées :

  • Epigraphie et Archéologie par Asko Parpola, Kamil Zvelebil, R.Nagaswamy, I.Mahadevan
  • Littérature Sangam par V.I.Subramaniam, M.Varadarajan (photo, 4ème à partir de la gauche) et
    R.Panneerselvam
  • le Tamoul et le Sanskrit par J.Filliozat, S.Lienhardt, A.Muthumumaru?.
  • les Relations extérieures des pays tamouls par T.P.Mînâkshisundaram (photo, 2ème à partir de la droite), H.W.Tambiah, S.Arasaratnam, Heinz Bechert, Philip Jenner
  • Société tamoule par N.D.Sundaravadivelu, Robert Eric Frykenberg, Fr.X.Thaninâyagam, Jean Chaïa, R.Ramani
  • Littérature moderne tamoule par E.Asher, T.P.Mînâkshisundaram, V.M.Gnânaprakâssam, Hans Strasser,

Parmi les sujets traités, nous pouvons citer les caractères de la civilisation de l’Indus, l’uni- versalité de la littérature Sangam, l’influence du tamoul sur les littératures kannada, telugu et ma- layalam, la langue Brahui du Baloutchistan.

Le soir du 16 juillet, lors de la réception des délégués à la Conférence à l’UNESCO, on put assister à la danse classique tamoule par Padma Subramanyam. Après la séance de clôture, le 18 juillet après-midi, les délégués purent visiter une Exposition à la Bibliothèque Nationale.

En cette époque où il n’y avait pas de restaurants et magasins indiens (tamouls) comme maintenant, les délégués tamouls, tous anglophones et ignorant complètement le français furent suivis partout par des étudiants tamouls bénévoles en séjour alors en France. Ce sont ces derniers qui fonderont alors la première ‘Association Tamoule de Paris’.

On décida que la Quatrième Conférence internationale serait organisée à Jaffna, Sri Lanka, où, rappelons-le, les Tamouls vi- vent au Nord et à l’Est, depuis plus de vingt siècles. Mais, en rai- son des problèmes politiques prenant une mauvaise tournure en 1973-1974, elle connut d’énormes difficultés. Les Conférences suivantes eurent lieu successivement, la cinquième à Madurai en 1995, la sixième de nouveau à Kuala Lumpur en 1987(7) et la sep- tième à Maurice en 1989. M.Gobalakichenane

(7) Voir no. 3 (le tamoul est également l’une des quatre langues offi- cielles à l’Etat voisin Singapour).

À partir du troisième à gauche : M.P.Sivagnanam, M.Varadarâjan, ?, M.Gobalakichenane, T.P.Mînâtchisundaram, ? Billet de banque de Sri Lanka en trois langues Métro Bourse, Paris (photo M.G., 1970)

Migration des Pondichériens en Indochine

Il y a un an disparaissait Claude Marius (1933-2019), célèbre Pondichérien contemporain, Rédacteur-en-chef du Trait-d’Union et Vice-président de la Société de l’Histoire de Pondichéry. Nous publions ci-dessous, en son souvenir, un extrait de l’une ses dernières publications.


Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas tant l’Indochine que la Chine qui attirera la France vers l’Asie. Car les puissances occidentales : Angleterre, Hollande, Portugal, Espagne avaient déjà des possessions dans l’Empire du Milieu.

En juin 1866, le Ministre de la Marine Chasseloup Laubat lance une expédition sur le Mé- kong pour savoir si ce fleuve est une voie de pénétration aisée vers la Chine. C’est un échec. Fran- cis Garnier pense alors que c’est le Fleuve Rouge qui est la voie la plus appropriée, d’où une pre- mière intervention dès 1873. Les ports de Hanoï et Haïphong sont ouverts aux navires français. La deuxième intervention aura lieu sous Jules Ferry, d’où le surnom « Le Tonkinois » dont il sera af- fublé. Mais, comme nous l’avons dit, c’est la Chine qui attire la France. Aussi, en 1857, elle s’associe à l’Angleterre dans une expédition aux termes de laquelle l’Angleterre obtiendra Hong Kong et la France signera le traité de Tien Tsien en 1858 qui consacre l’ouverture de nouveaux ports.

Napoléon III ordonne alors à Rigault de Genouilly d’intervenir dans le royaume d’Annam, et le 25 juin 1867 un traité est signé entre la France et l’Annam déclarant la Cochinchine ‘colonie française’(1). On retiendra alors que d’une part c’est la seule et unique colonie française en Asie (2) et d’autre part, que c’est le plus petit territoire de l’Indochine, les quatre autres étant des protecto- rats : Annam, Cambodge, Tonkin et Laos.

C’est la raison pour laquelle la grande majorité des Pondichériens y a émigré et y a fait souche, un peu comme les ‘Pieds noirs’ en Algérie. Mais, c’est essentiellement dans l’administration à Saïgon, comme dans toutes les villes de province, Vinh Long, Can Tho, Soc Trang, Bac Lieu, etc. qu’on trouvera des Pondichériens. Parmi les protectorats, ce sont le Cambodge et le Tonkin où résideront quelques Pon- dichériens dans l’administration comme dans le privé.

Pour la France, le Tonkin restera jusqu’à la défaite mi- litaire de Dien Bien Phu en 1954, le territoire militaire le plus important. La Cochinchine sera épargnée par la guerre, au point que les Pondichériens de la Cochinchine n’imagi- naient pas qu’un jour, ils seraient obligés de quitter ce pays.

Dès le début, les amiraux gouverneurs ont eu toute liberté pour administrer la Cochinchine vu l’éloignement de cette colonie. Les mandarins annamites ayant refusé de collaborer avec l’ad- ministration française, celle-ci a été placée sous ‘administration directe’. Et à mesure que cette ad- ministration se développe, les besoins en personnel se font ressentir. Or, le métropolitains ne se bousculent pas, alors même qu’ils migrent vers l’Amérique du Sud (415 000 migrants de 1885 à 1893). Tout prête à croire que c’est pour combler ce manque de métropolitains que les amiraux gouverneurs ont fait appel aux Pondichériens pour travailler dans l’administration française.

Claude MARIUS, Recueil d’articles sur Pondichéry et les Pondichériens, 2017, p.9-11 (1) Pondichéry était un Comptoir.français en Inde (cf. LCCP nos.19 et 60)

(2) Cf. LCCP no.48 Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 108 Page 4 Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur :
http: //www.puduchery.org
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Carte postale du début du 20ème siècle (Coll.part.M.G.)