Lettre du CCP n° 107
Sommaire
- — Verlaine en tamoul
- — La Société Progressiste de Pondichéry
- — Vestige de la colonne de victoire de Dupleix
Numéro 107 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Mars 2020.
வாய் விட்டுச் சிரித்தால்
புதுச்சேரியர் கலை மன்ற
- நோய் விட்டுப் போகும் ச Organe de Liaison des
- s டு 5 ம்டல Ressortissants de l’Inde ex-
- Rédaction: M.Gobalakichenane française : Pondichéry,
- ண் Karikal, Mahé, Yanaon 22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France (et Chandernagor) Email : ggobal@yahoo.com € ernagor
Verlaine en tamoul போல் வெர்லேனின் மற்றொரு பா
Paul Verlaine (1844-1896), écrivain né à Metz en 1844 (*), se qualifiait lui-même de poète maudit pour diverses raisons. Tout comme son ami Arthur Rimbaud -avec qui il a eu une relation tumultueuse-, Verlaine avait un style très reconnaissable, fait de musicalité et de fluidité. Ceci n’a pas échappé aux Franco -pondichériens de double culture: c’est ainsi que V. Rajagobalane, a traduit plusieurs poèmes français célèbres (cf. « Sagesse » dans la LCCP n° 80).
Avant de rencontrer Rimbaud en 1871, la vie de Verlaine était déjà chaotique, notamment pendant la période troublée de la Commune à Paris et 11 recherchait probablement une forme de tranquillité.
Aussi nous partageons ci-dessous un deuxième poème de Verlaine de cette époque, simple et sensible, avec sa version tamoule. La traduction ne peut rendre parfaitement la beauté du texte orignal, mais elle en donne un bel aperçu au public tamoul, témoignant de la richesse de la littérature française.
(*) Année d’arrivée d’Edouard Ariel à Pondichéry Câvéry Ostyn
La lune blanche… வெள்ளை நிலா
La lune blanche Luit dans les bois; De chaque branche Part une voix
Sous 18 ramée…
O bien aimée
L’étang reflète, Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure.
Rêvons, c’est l’heure.
Un vaste et tendre Apaisement Semble descendre Du firmament Que l’astre 1718௦…
C’est l’heure exquise.
Paul Verlaine, La bonne chanson, 1870?
வெள்ளை நிலா காட்டில் காய்கிறது ஒவ்வொரு அடர்ந்த கிளையினின்றும் ஒரு குரல் எழுகிறது
ஓ என் அன்பே
குளம் ஓர்
ஆழமான கண்ணாடி
கருநிற கோரைப் புல்லின் நிழலைப் பிரதிபலிக்கிறது அங்கு காற்று விம்மியமுகிறது
கனவு காண்போம், இதுவே தருணம் வானவில்லின் வண்ணங்களை நிலவு
வாரித் தெளித்த அந்த வான்வெளிமிலிருந்து எல்லையிலா இதந்தரும் அமைதி
இறங்கி வருவதுபோல்
தோன்றுகிறது
இதுவே ஆனந்தமயமான நேரம்.
Gr வொர்க் 16702 (தமிழிஸ் வெ.ராஜுகோபாலனி, 2010, சு துச்சேறி)
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 107 Page 1
La Société Progressiste de Pondichéry
En plus du Collège français et du Collège Calvé bien connus à Pondichéry, il faut citer une autre institution à but éducatif pour ses nombreuses actions bienfaitrices. Nous publions le résumé de son histoire trouvée dans un vieux document(1).
En 1822, le premier Collège français fut inauguré avec une subvention gouvernementale de 5000 Francs en précisant qu’il était destiné aux Français, aux créoles, aux métis.
La France a toujours suivi finement une politique de rapprochement avec la population : L’admission des natifs fut autorisée plus tard mais le Collège manquait toujours d’élèves ; l’introduction des langues étrangères a été toujours une cause de réticence parmi la population. Le personnel enseignant était d’abord universitaire et laïque de 1826-1846, puis congréganiste [avec les] Pères des Missions étrangères 1846-1879 et les Pères du St Esprit (1879-1899). Enfin en 1899 le Collège a été rendu aux autorités universitaires.
Pendant cette dernière période, quelques jeunes dont Ponnou Mourouguessapoullé ont fondé le 25 décembre 1880 la « Société Progressiste », dans une maison privée rue Mouttoumariamman Côvil avec pour devise : ‘En avant’. La Société Progressiste (SP) avait pour objectif de répandre l’instruction qui forme la dignité humaine, pour le rayonnement intellectuel et moral de la jeunesse pondichérienne, pour le développement économique, industriel et agricole du pays.
Les hauts représentants gouvernementaux reconnaissaient dans la jeunesse hindoue représentée par la SP le facteur puissant et promoteur du progrès du pays. La SP a beaucoup collaboré pour l’Instruction publique avec l’administration française.
La SP a contribué à la création de la section professionnelle au Collège Calvé (CC). Faute d’emplacement dans les locaux du CC, cette section a fonctionné longtemps au siège social de la SP. En effet, la SP a disposé de ses propres fonds lorsque l’existence de l’enseignement professionnel a été menacée et a subventionné différents projets comme par exemple l’achat d’une machine à percer. Pour accroître la reconnaissance officielle de l’enseignement professionnel, la SP a émis le vœu à l’Administration d’exiger la production du diplôme de cette école des candidats au concours du service des Travaux publics : Le gouvernement a compris les efforts de la SP en créant un Comité de patronage de l’école des Arts et Métiers, avec Ponnou Mourouguessapoullé comme membre.
La Société a eu la première initiative pour la laïcisation de l’enseignement. Ce projet, a été adopté dans ses grandes lignes par le Département puis par l’Administration locale ; restreinte initialement au CC, elle a été étendue à tous les Etablissements publics de la Colonie pour les garçons comme pour les filles. Un décret affranchissant l’Inspection primaire de la tutelle des bureaux administratifs a également été obtenu, grâce au concours de M.Foncin, président d’honneur de la SP et ex-Secrétaire général de l’Alliance française permettant au service d’enseignement primaire de jouir d’autonomie pendant un certain temps.
L’enseignement agricole dans les écoles publiques a aussi été soutenu afin d’acquérir les connaissances indispensables sur la composition des terres, les méthodes à pratiquer.
L’enseignement des filles a aussi été réformé grâce aux suggestions au gouvernement pour les travaux manuels, la couture, l’art ménager du foyer et l’enseignement des notions d’hygiène.
Lorsqu’en 1889, il a été signalé le fait que des indigents ne pouvaient fréquenter la première Ecole primaire, faute de vêtements, la SP a remédié à cet état des choses. M.Montbrun, alors Maire de la ville qui a présidé la fête de cette école s’exprimait ainsi de son côté : « L’Administration ne
(1) Aimablement communiqué par notre ami Âlavandar Ramakichenane.
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pouvait que difficilement venir à votre aide, parce que l’Administration qui vous a déjà assuré la gratuité de l’école ne peut pas tout faire; mais la générosité de vos concitoyens sauray suppléer et déjà vous avez vu la SP prendre à cet égard une louable initiative. 11 est certain que ce bon exemple, je la remercie en votre nom, trouvera plus d’imitateurs. »
A partir de 1885, la SP a préparé des candidats pour l’examen du Certificat d’Etudes pri- maires françaises avec une petite école au siège de la Société qui a dû fermer en 1904. Des cours du soir ont été organisés par des anciens étudiants et boursiers de la SP pour les examens du C.E.P Brevet élémentaire tant français que tamoul au baccalauréat. Grâce au don de M.T.S.Nannaya Baghavatar en 1921, l’école fermée en 1904 a pu rouvrir et fonctionne encore aujourd’hui pour les enfants de la classe maternelle à la la classe de 7°.
La qualité des enseignements de la SP étant de plus en plus recon-m nus, elle a pu profiter de nombreux dons de philanthropes tels que Adi- séshaodéâr, S.Visvanadane, M.Souprayamodéliar permettant la distribu-| tion annuelle des prix aux meilleurs élèves de l’Ecole, la distribution de | médailles aux élèves admis premiers dans les examens universitaires de madras et de France, la création de classe supplémentaire dite ‘centenaire’ et par ailleurs des travaux de couverture de la vaste cour de la SP.
A partir de 1955(2) la SP a pris contact avec les dirigeants de! l’Ashram de Sri Aurobindo pour organiser des conférences sur la spiritua- lité et l’enseignement de Sri Aururobindo et de la Mère. De 1974 à 1978, | la SP a ouvert des classes de 85, 7°% et 6° section française. A la| même époque la SP a créé une section de tailoring pour les jeunes filles | subventionnée par le Social Welfare de l’Inde (section Pondichéry). Elle a, permis l’enseignement du karaté et de danse indienne et aidé les élèves de maternelles avec une distribution des biscuits deux fois par mois.
Les gouverneurs de l’Etat de Pondichéry, les Consuls généraux de France ainsi que les Pro- viseurs du Lycée français ont accepté avec plaisir de participer aux remises de médailles en sou- haitant la bonne continuation et le bon fonctionnement de la SP. Beaucoup de nos boursiers étu- diants ont occupé des fonctions clefs dans l’Administration française et se sont distingués comme de brillants avocats, juges, professeurs.
La SP a eu
comme Présidents d’honneur :
Rodier, et Angoulevant, Gouverneurs des Etablissements français dans l’Inde, Lemaire, François Deloncle, Députés
Pierre Foncin, Inspecteur général de l’Instruction publique
De Croisier (Marquis), Membre du Conseil supérieur des Colonies,
comme Directeur d’honneur : Joseph O’Connell, Administarteur de l’Indochine française,
comme Conseil judiciaire d’honneur : Paul Le Sueur, avocat du Conseil d’Etat,
et comme membres : Grandier, membre de l’Institut à Paris Frank Puaux, Membre du Conseil supérieur des Colonies Jacques Hebrard, Sénateur Piquet, Gouverneur Henri Mager, Membre du Conseil supérieur des Colonies Girod, ancien gouverneur de l’Inde Jules Godin, sénateur Bavany Danaradjou
(2) NdER : après 1௦ transfert de facto à l’Union indienne du 1er novembre 1954. Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 107 Page 3
Vestige de la colonne de victoire de Dupleix - துய்பிளெக்ஸின் வெற்றித்தூண் சுவடு
Ce fut le traité de Paris de 1763 qui consacra la perte de l’influence de la France dans le sous-continent indien. Il faisait suite à la défaite des Fran-
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çais à Wandiwash (வீதவரகி Vandavässi en tamoul) en 1760 durant la Troi- kg sième Guerre Carnatique (1756-1763) et à la chute de Pondichéry passée aux த
mains des Britanniques en janvier 1761. . on. “nt
Et pourtant, en 1750, seulement dix ans auparavant dans cette même région, grâce à Dupleix, l’étoile de la France était à son zénith; elle était crainte autant qu’admirée. En effet, elle avait rem- porté l’exploit retentissant de Paradis, à Adyar (Madras), en 1746, lors de la Première Guerre Carna- tique (1746-1748), en écho à la Guerre de Succession d’Autriche en Europe démarrée en 1740. Puis avait suivi la victoire de Bussy à Gingy, en 1750, sous les ordres de Dupleix.
Ensuite, alors que l’Europe connaissait une période de paix, la Deuxième Guerre Carnatique (1749-1754) éclata en raison des conflits de succession locaux at- tisés par les Français et les Anglais qui surent en tirer profit. Dupleix soutint ainsi Chanda Sahib et Muzaffer Jang, alors que les Anglais étaient du côté de Nasr Jang (devenu lui-même Nizam en 1748, après la mort de Nizam-ul-Mulk) et Mohammed Ali. Cette guerre se termina par un traité local entre l’ Anglais Saunders et le Français Godeheu -venu remplacer Dupleix- qui reconnaissait Mohammed Ali comme le Na- bab d’Arkâte (Arcot).
Nous avions publié, dans la ZLCCP no 27, un article relatant la victoire de Dupleix à VeLLi- méDou(*) le 16 décembre 1750, et la fondation d’une nouvelle ville-souvenir par Dupleix baptisée Dupleix-Fatehabad. La thèse de Lehuraux qui l’évoque en détails fut soutenue pendant la Seconde Guerre mondiale et n’a pas connu l’écho qu’elle méritait, probablement parce qu’elle n’allait pas dans le sens des événements ultérieurs qui l’occulteraient par la suite. De même, la publication du Professeur G. Jouveau-Dubreuil en 1942 intitulée ‘Dupleix ou l’Inde conquise’ qui en parle égale- ment n’eut pas plus de retentissement.
En effet, Robert Clive, après ses brillants exploits à Arkâte (en anglais Arcof) en 1751, se di- rige en 1752 vers le Sud pour attaquer 7richinopoly. Passant par VeLLiméDou, l’ Anglais s’y repose dans une chauderie et ne peut s’empêcher alors de détruire la colonne de victoire érigée là-bas par Dupleix. D’après le Journal d’Anandaranga Pillai, cette colonne portait une inscription en six langues ainsi que l’emblème de fleur de lys du roi de France et celui de la Compagnie des Indes. Qu’en reste-t-il aujourd’hui à cet endroit historique? En 1939, G. Jouveau-Dubreuil y a iden- tifié quelques ruines, comme le cimetière musulman et surtout une construction au style français de l’époque qui serait la chauderie où R. Clive aurait séjourné.
Et quelque 70 ans plus tard, nous nous sommes rendus trois fois pour retrouver les ruines. Les habitants du village nous dirigèrent vers un sexagénaire connaissant le cadastre du lieu, qui se rappelait avoir vu des vestiges de la chauderie. 11 montra cet endroit où 11 ne restait qu’un petit coin de muraille de briques rouges avec une niche. Par contre, il ne savait rien sur la colonne de souvenir.
Les constructions érigées alentour comme une crèche d’école et une estrade pour théâtre en plein air ont complètement changé le paysage, et cela va continuer. Des quelques photos prises de la niche de la chauderie et des environs, deux illustrent le présent article.
D’autres vestiges restent encore introuvables. Espérons qu’un jour, les terrassements pour nouvelles constructions à Vellimédupettai ou bien de vraies fouilles archéologiques permettront de mettre au jour les débris de la colonne érigée par Dupleix sous Louis XV, en 1750.
(*) Alias VeLLiméDouppeTTai, dit aussi Pouttânandal, situé à environ 8 km au nord-ouest de Tindivanam sur la route de Vandavässi
M. Gobalakichenane
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