Lettre du CCP n° 106
Sommaire
- — Premiers émois (d’une jeune fille)
- — Bâradydâssane et la cause des femmes
- — Les regrets de l’académicien J.B. Biot
- — P. L. Samy, administrateur-savant de Pondichéry
Numéro 106 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Décembre 2019.
ISSN 1273-1048
No.106
Décembre 2019
கடுஞ்சொற் கேட்டால்
புதுச்சேரியர் கலை மன்ற
Organe de Liaison des Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon (et Chandernagor)
காதுக்குள் கொப்புளம்
மடல
Rédaction: M.Gobalakichenane 22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France Email : ggobal@yahoo.com
Bâradydâssane et la cause des femmes
Nous avons déjà parlé du poète Bâradidâssane (1891-1964), originaire de Pondichéry et publié quelques-uns de ses poèmes (cf. LCCP ௩௦5.7, 35, 83). De culture française républicaine, Bâradydâssane a suivi naturellement les idées révolutionnaires de Bâradiyâr en combattant les superstitions de la société des castes, et en œuvrant pour la justice sociale. Devenu athée sous l’influence de Périyâr (cf. LCCP no.l01), il s’est élevé contre la domination
britannique,
la sanskritisation (à l’origine des castes) et le hindi imposé. 11 a œuvré pour l’émancipation des
femmes sous diverses formes : la liberté, l’éducation, le remariage des veuves et il a défendu le mariage par amour , (comme dans l’Antiquité tamoule). Voici un poème, où 1] décrit joliment les sentiments naïssants d’une jeune fille.
அவள் துடிப்பு
படித்தும் பந்தடித்தும் இருந்தவள் தானே - அந்தப் பாவி என் உள்ளம் கவர்ந்தானே
(படித்தும்) துடித்தறியா உள்ளம் துடித்தது காளை தொடுவதெப் போதடி என் தோளை 2
(படித்தும்) விடிந்தால் அவன் உருவிலே என் விழி திறக்கும்- என் வேலைக் கிடையில் நினை வெலாம் எங்கோ பறக்கும் கொடியவன் பிரிந்தான் என்பதால் என்னுளம் இறக்கும்-
பி
M.Gobalakichenane
Premiers émois (d’une jeune fille)
Moi qui étais toute à mes études et à mes jeux de balle Voilà que ce bourreau s’est emparé de mon coeur (Moi qui)
Mon cœur jusque-là sans troubles s’est mis à frémir Quand donc l’éphèbe touchera-t-il mon épaule ? (Moi qui)
Au réveil, mes yeux s’ouvrent sur son image, En plein travail, mes pensées s’envolent au loin Mon âme s’éteint quand le méchant s’éloigne Puis elle renaît à l’idée qu’il revienne me câliner (Moi qui)
a m’est simplement impossible ‘est la fleur de jasmin de ce bourdon
வஞ்ச வண்டுக் கென் நெஞ்சந்தானே முல்லை es ப] | cruel ! | | . . ep ் “Même dans mon sommeil, sous mes paupières il உறங்கும் போதும் இமைக்குள்ளும் செய்குவான் me trouble
தொல்லை– என் ஒளிஇதழ் அடையுமா அவன் முத்தப் பல்லை ? (படித்தும்) காலைக்கதிர் வந்து பலகணி இடுக்கில் சிரிக்கும்-அது காளை எட்டிப் பார்ப்பது போலவே இருக்கும் சோலைக் குளத்தில் செந்தாமரை இதழ்விரிக்கும்-அது தூயவன் முகமென என் உளம் ஆர்ப்பரிக்கும். (படித்தும்) பாரதிதாசன்
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 106
Mes lèvres brillantes atteindront-elles un jour ses dents perlées ? (Moi qui)
Quand les rayons du soleil filtrent souriants entre les fentes du balcon
Il me semble que c’est mon éphèbe qui me lance un regard
Quand le lotus se déploie dans l’étang au milieu du bois
Mon âme palpite en y décelant son visage pur.
(Moi qui)
Bâradidässane (trad.par Câvéry Ostyn)
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LES REGRETS DE l’ACADEMICIEN J.B. BIOT - 1862
L’astronomie indienne et l’astronomie chinoise ont-elles une origine commune ? Les études originales de l’Académicien J.B. Biot du 19ème siècle à ce sujet ont été publiées par son fils adoptif, Francis Lefort. Nous en publions quelques extraits (p.157 et suivantes) :
6… Le service rendu aux lettres savantes par nos confrères d’Amérique, en même temps qu’il les honore, offre un exemple éclatant de la rapidité surprenante avec laquelle les études indiennes se sont répandues dans les deux mondes, depuis soixante-quinze ans à peine qu’elles ont commencé à s’introduire en Europe, sous la puissante impulsion des orientalistes anglais qui, en 1784, fondèrent la Société asiatique de Calcutta.
Hélas! elles auraient pu naître et se développer en France bien des années avant cette époque s’il s’était rencontré alors dans nos académies des esprits assez clairvoyants pour en apprécier l’importance, et assez zélés pour mettre à profit les circonstances, maintenant oubliées, qui nous en auraient ouvert si aisément l’accès. Lorsque, en 1697, la paix de Riswick eut assuré à la France la possession de Pondichéry et des autres établissements qu’elle avait formés sur les côtes de l’Inde, Louis XIV voulut étendre à ces contrées le dessein que lui avait inspiré Colbert, de porter dans l’Extrême Orient la lumière du christianisme, en s’aidant du prestige des sciences de l’Europe pour la propager. La Société des Jésuites qui, peu d’années auparavant, en 1686, avait déjà fourni au roi, des hommes d’un mérite distingué pour être envoyés, dans cette même intention, à Siam et à la Chine fut encore chargée de pourvoir à la nouvelle mission. Connaissant bien la nature des obstacles qu’on aurait à vaincre, elle choisit, pour commencer cette œuvre, un petit nombre de ses membres jeunes, ardents, instruits dans les mathématiques, la physique, l’astronomie, même la médecine, plusieurs exercés aux observations célestes et tous doués de dispositions spéciales pour s’approprier les idiomes étrangers. Arrivés sur les lieux, après quelques mois employés à apprendre le tamoul, qui est le langage usité dans la moitié méridionale de la péninsule indienne, distinct du sanscrit dont il dérive, ils reconnurent que, pour ne pas s’ôter absolument toute possibilité de communiquer avec les naturels, surtout avec les brahmes de l’intérieur, 1] fallait cacher avec le plus grand soin qu’ils fussent de race européenne ; les Portugais, même missionnaires, ayant le nom d’européen odieux et méprisable à la presque universalité de la société indienne, en se mêlant indifféremment aux indigènes des castes les plus viles, dont le contact seul imprime une souillure ineffaçable. 115 se résolurent donc à se couvrir du déguisement qui avait si heureusement réussi, un siècle auparavant, au célèbre missionnaire jésuite italien, le P. de Nobilibus. Comme lui, ils se présentèrent sous les pauvres vêtements de religieux hindous, se disant sanyassi romabouri [ Gmonyf சன்னிபாசி ], religieux romains et s’assujettissant à toutes les pénibles règles de vie pratiquées par les pénitents les plus austères. À ce titre, leur désintéressement, leur charité s’étendant sur toutes les souffrances, ne tardèrent pas à leur obtenir le respect ainsi que le confiant accueil des populations. Ils firent des prosélytes, et ils eurent même la joie de convertir au christianisme quelques-uns des brahmes avec lesquels ils avaient communiqué…
TU
L’ASTRONOMIE INDIENNE
L’ASTRONOMIE CHINOISE
LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE ALBERT BLANCHARD 9, RUE DE MÉDICIS, PARIS
1969
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Après qu’ils se furent répandus dans l’Inde, le savant abbé Bignon (Jean-Paul), alors directeur de la Bibliothèque royale, avait entrepris de s’aider de leur zèle, pour commencer à former dans cet établissement une collection de livres orientaux ; et on les chargea d’acheter tous ceux des Hindous qu’ils pourraient se procurer. Ils mirent à profit cette occasion de les étudier avec l’assistance de brahmes devenus chrétiens, qui seuls leur en rendaient l’acquisition et l’intelligence possibles. Ils réussirent à apprendre la langue sanscrite, et à obtenir une connaissance complète des doctrines religieuses, philosophiques astronomiques qu’on leur opposait. Un seul exemple, pris parmi d’autres suffira pour montrer à quel point ils s’en étaient rendus maîtres.
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Il m’est fourni par une lettre de P. Pons au P. Duhalde que celui-ci a heureusement conser- vée. Elle est datée de Karikal le 23 novembre 1740 [qu’il est inutile de citer tout entière, puis- qu’elle est imprimée dans le recueil des Lettres édifiantes et curieuses]. N’osant pas me fier à mon sentiment j’ai consulté notre savant indianiste M. Ad. Régnier et voici ce qu’il m’écrit :
‘Dès le commencement de mes études indiennes, Eugène Burnouf avait appelé mon attention sur cette lettre et m’avait dit combien elle était, à ses yeux, intéressante, curieuse, remarquable à tous égards pour l’époque où elle avait été écrite. Le sentiment que m’a surtout laissé cette lettre est celui d’un vif regret. Si ces premiers pas, qui promettaient tant, s’étaient continués, s’ils avaient ex- cité en Europe l’attention qu’ils méritaient, si les jésuites avaient eu dans l’Inde une position sem- blable à celle qui leur avait été faite en Chine, quels fruits aurait pu porter cette première initiation déjà pénétrante, et en bien des points si nette, si sûre, si précise ! Que de choses on eût pu faire et apprendre dans ces quarante ans qui se sont écoulés depuis le jour où cette lettre fut envoyée au père Duhalde jusqu’à celui où fut fondée la Société asiatique de Calcutta !”
Le père Duhalde, à qui cette lettre fut adressée, était un compilateur laborieux. Il l’inséra dans la première édition des Lettres édifiantes, au tome XXVI qui parut en 1743. Le monde lettré n’y fit aucune attention*. Ceux qu’elle aurait particulièrement intéressés, Fourmont, l’abbé Bignon, touchaient à la fin de leur carrière ; et, dans l’état de malaise moral où se débattait la France, sous un gouvernement énervé, (p.168) on se passionnait pour toute autre chose que pour la philologie comparée. Mais, plaçons-nous, en pensée, dans des temps meilleurs. Supposons qu’il eût existé alors, dans les sciences d’érudition, un homme d’un esprit élevé, étendu, un Silvestre de Sacy par exemple, et qu’on eût exposé à ses yeux ce tableau, si peu attendu, des trésors littéraires de l’Inde. Emu de l’espoir de les acquérir à la France, il aurait pu, comme le nôtre, et à meilleur droit encore, solliciter, obtenir que l’on créât une chaire de sanscrit au Collège royal, qu’on y appelât le père Pons, et alors toute cette mine d’études orientales, si abondante et si féconde, aurait commen- cée d’être exploitée dans notre patrie, quarante ans avant que la société de Calcutta eût es- sayé d’y pénétrer, puis qu’elle ne se forma qu’en 1784 !
Que l’on me pardonne ces regrets. Ils n’ôtent rien au mérite de ceux qui nous ont retrouvé ces richesses littéraires, et nous ont fait jouir, sans savoir que d’humbles missionnaires les avaient déjà inutilement signalées à l’indifférence du siècle précédent, et sans que ces premières tentatives d’exploitation leur aient été d’aucune avance pour les mettre au jour. En tirant de l’oubli des ser- vices méconnus, nous apprenons à ne plus retomber dans la même faute ; et cette leçon de justice tardive ne doit que nous disposer davantage à nous montrer reconnaissants des services nou- veaux. »
J. மி. Biot, Etudes sur l’astronomie indienne et sur l’astronomie chinoise, Paris, réimpr. 1969
P. L. Samy, administrateur-savant de Pondichéry et les Sciences dans la littérature tamoule de Sangam
Lourdesamy(*) est né le 2 octobre à Coimbatore et 11 est le 8ème enfant ன de Périyanâyagam Mudaliyar et Maria-Madeleine, qui lui ont donné ce nom RÉ A inspiré de Lourdes. Ses aïeux sont originaires de la région de Sivagangai, au| நீ. Ds voi
Sud de Tamilnâdu. Son grand père Mouttoussamy, homme instruit, avait tra- vaillé comme Sous-traitant pour les Chemins de fer britanniques.
அறிழுகப்படுத்திய - சங்க நூற் போரறிஞர்
Son père, également très cultivé en anglais et tamoul, était un ensei-| . gnant. Il fut professeur d’histoire au College St Michel de Coimbatore dont 1] devint conseiller municipal plus tard. [1 vint ensuite à Tindivanam (40 Km au Nord-Ouest de Pondichéry) où il occupa le poste de directeur du Centre péda- gogique, puis celui de directeur du College. Il a publié un commentaire pour ‘Témbâvany’, l’œuvre majeure tamoule du Frère Beschi (1680-1747) alias Vîramâmunivar.
(*) Le prénom de Lourdesamy était commun chez les Tamouls convertis au catholicisme. Comme on le prononçait bizarrement en Inde anglaise, 11 l’abrégea plus tard en P. L. Samy.
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P. L. Samy fit ses études secondaires à Cuddalore avant de poursuivre son éducation au Collège St Joseph de Trichy, puis à l’université de Madras dans la spécialité Botanique. A noter qu’à Cuddalore, il fut le condisciple d’un autre Lourdesamy (1924-2004), archevêque de Pondichéry et cardinal à Rome en 1985.
Au moment des événements historiques de 1953-54 dans les Comp-F## toirs français, Le député Edouard Goubert inaugura dans l’enclave Nettap- pakkam son gouvernement local. Il fit alors appel à un administrateur Indian Adminstartion Service (1.A.S) de Cuddalore dont le second était P. L. Samy. C’est ainsi que ce dernier commença à participer aux mouvements ultérieurs aboutissant au transfert de facto de Pondichéry à l’Union indienne. Dans la nouvelle administration, 1l fut nommé responsable du développement de la commune de Villiyanur. Son application à la tâche et son intégrité attirèrent sur lui l’attention de Kewal Singh et de tous ses supérieurs. Ayant réussi aul தச prècohié concours écrit d’I.A.S et malgré son échec à l’oral, 1l fut nommé Collector| M gd (équivalent de Préfet). Il eut l’occasion de travailler quelques années à Ma-| COPIE hé. Ses qualités exceptionnelles de travail et d’honnêteté reconnues de nou- veau, il fut nommé Secrétaire du Gouvernement, tout en étant l’Assistant du Gouverneur de Pondichéry, cumulant ainsi les deux postes éminents de l’Exécutif.
Tout en menant ces travaux de haut fonctionnaire du gouvernement 06 [த l’Etat de Pondichéry, il continua ses recherches dans la littérature tamoule. F Il en tira des informations précieuses suscitant l’admiration des universi- taires du Tamilnadu et de ses supérieurs.
Il a montré l’importance des travaux du lettré Maridas Pillai. 11 a pu- pe blié plusieurs centaines d’articles sur les renseignements scientifiques se Fi trouvant dans la littérature Sangam, dans les revues ‘Centamij Celvi’, ‘Dinamalar”, ‘Dinamani Sudar”, Amuda suraby”, ‘The Hindu’, ‘Araichchi’, சங்க இலக் கிய த் தில் en anglais et tamoul, ainsi qu’une vingtaine de livres. Il a délivré des com- Graf விரிக்கும் : munications aux séminaires et conférences internationales, ce qui lui a per- LIT LAN LD mis de nouer des relations étroites avec de nombreux chercheurs scienti- B£ fiques tamouls et étrangers. Il a été félicité par Ki. A. Pé. Visvanâdam. 6. Appadurai, Tirukkural Munisamy, 1. Mahadevan et d’autres éminentes per- நீ sonnalités du Tamilnadu. Ses travaux sur les oiseaux, les poissons, les ani- maux et les insectes, conduisirent certains à affirmer qu’en plus des trois Tamouls dits Tamoul de littérature (இயற்றமிழ்), Tamoul de musique (இசைத்தமிழ்) et Tamoul de théâtre (நாடகத்தமிழ்), 11 faudrait ajouter maintenant le Tamoul
des Sciences (அறிவியல் தமிழ்).
Il avait pris sa retraite anticipée six mois avant la date prévue pour se consacrer entièrement aux recherches et aux publications sans but lucratif. Pendant longtemps, il fut Président de la So- ciété historique de Pondichéry.
Il avait épousé Mangalavady qui le seconda admirablement dans ses travaux et dont il eut quatre enfants, une fille et trois garçons. Devenu victime d’addiction à l’alcool dans ses dernières années, 11 succomba le 3 juin 1999 dans sa ville d’adoption. Il était aimé et respecté par tous et, comme Bâradidâssane et Vânidâssane, son nom est venu s’ajouter à la gloire de Pondichéry.
M.Gobalakichenane
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