Lettre du CCP n° 105
Sommaire
- — Pour quoi donc ?
- — La morale des Parias
- — Visite de Nehru au Collège français
- — Vestiges de la Mairie de Pondichéry
Numéro 105 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Septembre 2019.
Lettre du ISSN 1273-1048 CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS No ° 1 05
புது ச்சேரியர் கலை ம னற Organe de Liaison des
. Ressortissants de l’Inde ex- LOL_6Ù française : Pondichéry,
, . . Karikal, Mahé, Yanaon Rédaction: M.Gobalakichenane (et Chandernagor) 22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France Email : ggobal@yahoo.com
Septembre 2019
Un poème tamoul de M.L.Tangappa ம.இலெ.தங்கப்பாவின் தமிழ்ப் பா
En 1954, les Comptoirs français de l’Inde furent transférés à l’Union indienne et Delhi y envoya des fonctionnaires pour faire appliquer les nouveaux règlements de l’Union aux Comptoirs restés 280 ans sous administration française. Pondichéry vit aussi alors affluer beaucoup de gens de l’Andhra Pradesh et du Kérala (Etats voisins du Tamijnâdou), mais aussi d’autres Etats. D’autres personnes, professeurs, chercheurs, poètes et artistes, arrivèrent de leur propre gré, motivés par une meilleure situation en terme de statut et de reconnaissance. Parmi eux, certains devinrent d’ailleurs célèbres et ajoutèrent à la réputation de Pondichéry, comme Bâradiyâr ou Bâradidâssane.
‘De même, M.L.Tangappa (1934-2018), professeur de tamoul, publia de nombreux recueils de poèmes, essais et traductions de poésies de l’époque classique ‘Sangam”’. Révolté contre le hindi qu’on voulait imposer et la pression de l’anglais au détriment du tamoul, il publia des poèmes enflammés pour la préservation de sa langue maternelle et de sa littérature, dans la même veine combative que Bâradidâssane. Nous publions aujourd’hui l’un de ses poèmes emplis d’humanisme, extrait de “panippARai nunigaL” (“Les pointes des icebergs”).
என்ன காரணம் 2
M.Gobalakichenane
Pour quoi donc ?
6 அருமை மனைவி இறந்து போனாள் “Ma chère femme est morte,
அடக்கம் செய்ய ஐயா, உதவி.” Aidez-moi à l’enterrer, Monsieur!” “இராமலிங்கர் தைப் பூசத்தில் கஞ்சி வார்க்க “Pour le secours populaire de riz bouilli, ஐந்து உரூபா அன்புடன் தருவீர்.” au Taïppoûssam de Râmalingar “கூனியூரில் கோயில் திருவிழா Donnez-moi aimablement cinq roupies!” நல்மனத்தோடு நன்கொடை தருவீர்.” “Pour la fête du temple à Koûniyoür,
ஓன்று கூட
உண்மை யில்லை, நன்றாய்த் தெரியும், தெரிந்தும் கூட
ஐந்தோ பத்தோ எடுத்துக் கொடுக்கிறேன்.
என்ன காரணம்?
கோடிக்கணக்கில் குருதி உறிஞ்சி ஓநாய்களும் நரிகளும் ஊர்மேல் திரிகையில் அப்பாவிக் கொசுக்களை அடித்து விரட்டக் கொஞ்சமும் எனக்கு மனம் வரவில்லையே.
12?
Faites un don de bon coeur
Rien de tout cela
N’est vrai, bien sûr,
Je ne le sais que trop bien. Mais, même si je le 5815,
Je donne cinq ou six [Roupies]. Pourquoi donc?
பனிப்பாறை
Au nombre de (dizaines de) millions,
En vrais suceurs de sang, Loups et renards
Rôdent dans le pays. Pour chasser brutalement Ces pauvres moustiques, Je n’en ai vraiment pas
Le coeur. M.L.Tangappa, ‘PanippâRai NunigaL’, 1998
ம.இ லெ.தங்கப்பா, “பனிப்பாறை நுனிகள் டு 1998) (Trad.M..Gobalakichenane et Câvéry Ostyn)
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La morale des Parias (பறையரின் அறம்) P.G.de Dumast
Quand Bernardin de Saint-Pierre écrivit sa charmante nouvelle, quand, plus tard, Casimir Lavigne composa sa belle et classique tragédie, ils produisaient deux œuvres, éloquentes mais hasardées, dont on ne savait pas alors si la donnée offrait quelque justesse.
Ce séduisant Paria qu’ils faisaient parler, l’un en prose digne de Jean-Jacques, l’autre en vers de Racine, était un personnage bien hypothétique. Le public restait maître de croire que leur imagination, qui avait fait à elle seule les frais d’une esquisse touchante, pouvait les avoir guidés à faux; et rien ne garantissait que leur peinture n’était pas allée au-delà non seulement du vrai, mais du vraisemblable.
Aujourd’hui, en pareil cas, l’invention trouverait des bases ; car on n’en est plus réduit sur le compte des Parias, à des conjonctures arbitraires : lumière s’est faite au sujet de leurs antécédents, et nous possédons, à présent, imprimées, des pages écrites par leurs | (LAS DE HIROL-YALLOUTAR, aïeux. Ces infortunés, on le sait maintenant, ne sont autre chose qu’un reste, NORALE DES PARIS, misérablement avili, des primitifs habitants d’entre Indus et Gange : peuples écrasés, ட் dont l’abaissement, dont l’esclavage, ne devint pas d’abord partout, à ce qu’il நவாலி, * aussi complet qu’aujourd’hui, puisque tel individu chez eux (témoin Tirou-Vallouvar) put encore parvenir à une éminente culture d’esprit, mais peuples qui, depuis une époque antérieure aux âges réputés historiques, furent dépouillés au moins de l’indépendance nationale, par la race pastorale et guerrière dont les mœurs se reflètent, comme sur un miroir, dans les hymnes du Rig-Véda; par cette glorieuse race conquérante, qu’on appellera si l’on veut arianne ou sanscrite, déjà grosse alors des germes d’où devait
MAXIMES
sortir plus tard le brahmanisme.
Au fait, pour que l’on pût en venir à se former du mérite des Parias d’autrefois une idée sérieuse, il ne suffit pas qu’établie dans l’Inde comme dans un chez soi, l’Europe s’y fût mise à étudier la belle langue de leurs anciens vainqueurs : il fallait que l’heure arrivât où l’on aborderait aussi les idiômes antérieurs, ceux des indigènes de la Péninsule d’en deçà du Gange : le tamil ou tamoul, par exemple.
Eh bien, c’est en tamoul, Messieurs, que se trouvait conservé le chef-d’œuvre de la littérature autochtone : les Courals (ou distiques) du « divin paréya » comme ils disent : du célèbre Tirou, surnommé par excellence le vallouvar, c’est-à-dire, le barde ou le vates : personnage devenu légendaire, qui passe pour avoir été l’un des poètes civilisateurs, l’un des Linus ou des Orphées, de la population indoue originelle, ou, en d’autres termes, non sanscrite.
A quels siècles, en réalité, faut-il attribuer ce bel ouvrage, évidemment moins vieux qu’il ne passe pour être? - Personne, jusqu’à présent, ne peut au juste le dire.
Seulement, sa composition ne saurait, en aucun cas, remonter aux âges antiques de l’indépendance des Paréyas. En toute hypothèse, elle date de plus tard : elle n’a eu lieu qu’en présence d’institutions étrangères ; qu’en présence, au moins, du culte brahmanique(1), aux pratiques duquel, divers traits, lancés par l’auteur, font des allusions fort claires(2).
Vous allez entendre, Messieurs, un choix de passages fidèlement reproduits, de ces poésies morales. Qu’il puisse y avoir des choses surprenantes pour un auditoire européen, nous prenons en ce moment-ci 1௦ fait comme il est, nous bornant à éviter soigneusement de prêter à l’auteur tamoul un langage qui ne soit pas le sien.
Comme il fallait bien, toutefois, vous présenter lisibles à la française, par conséquent tant soit peu enchaînées, les nombreuses maximes extraites du livre, - on n’a pu ni dû se dispenser d’ajouter, par-ci par- là, quelques phrases ou demi-phrases. Mais, hormis ces liaisons, à la fois nécessaires et peu significatives - simples raccords dont même souvent la substance nous était virtuellement fournie par des passages plus ou moins similaires; à part cela, disons-nous, tout existait chez Tirou-Vallouvar. Rien ici de caractéristique, Messieurs, que ses admirateurs ne soient en droit de revendiquer pour lui. Rien de tendre et de délicat, ni de mâle et de vigoureux, ni d’élevé, d’idéal, d’immense sans en excepter les élans de la générosité la plus sublime; rien qui n’appartienne au texte des Courals et qui, dès lors, ne fasse partie du frésor de sentiments et de pensées dont se porte héritière cette fameuse caste des Parias, de qui le nom, rangé au dessous même de celui des Hilotes, est devenu l’expression du dernier degré d’abaissement auquel une classe d’hommes puisse être réduite sur la terre.
(1) Terme utilisé même au XXème siècle, à Pondichéry, pour la signification actuelle d’‘hindou’ (2) Les illustrations de l’époque le montraient comme un ‘Sivaite”
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VI
VII
VIN
MAXIMES traduites des Courals ou distiques de TIROU-VALLOUVAR (3)
Demeurez calme aussi. Votre propre colère
Est votre ennemi 1௦ plus grand.
La haine assombrit l’âme, et bannit, en entrant, Tous les instincts joyeux qui riaient pour lui plaire, Reste-t-il impuissant dans son courroux brutal :
Il souffre de sentir sa haine inassouvie.
La peut-il satisfaire: avantage fatal!
Triste félicité, moins digne encor d’envie
Loin donc de vous, ces fureurs sans retour
Dont s’emplit quelquefois notre cœur misérable! Si la vengeance est le plaisir d’un jour,
S’être fait patient laisse un bonheur durable. (Courals des ‘dizains’ 31 et 16)
Surtout, brisez vos dards trempés d’un fiel amer,
Retenez, quel que soit le feu qui vous possède,
Ce dard empoisonné qui part comme l’éclair,
La parole - On guérit les blessures du fer :
Celle que fait la langue est souvent sans remède. (Courals du ‘dizain’ 13)
Bienveillance, il la faut pour être intelligent,
Voit-il clair, le penseur toujours prompt à la guerre,
Docte, mais non pas indulgent?
Certes, sous lui, dans les rangs du vulgaire,
Mieux partagé, moins pauvre, est le cœur obligeant.
Ce monde existe peu pour qui vit sans argent:
Pour qui vit sans bonté, l’autre n’existe guère. (Courals des ‘dizains’ 25 et 20)
Quoi! de nuire aux mortels nous nous croyons permis, Nous, qui ne voulons pas qu’un seul d’entre eux nous nuise! Oh! respectez leurs droits. Que rien ne vous conduise
A faire ou peine ou tort, même à vos ennemis.
Vos ennemis…Qui sait? Quelque jour, l’infortune,
Par une affliction grande s’il en est une,
Peut les traîner honteux jusque sur votre seuil.
Ah! renvoyez-les vite avec l’âme contente;
Qu’ils retournent confus de votre doux accueil.
Amis, un tel moyen de tromper leur attente,
Qu’il soit votre revanche et votre doux orgueil. (Courals des ‘dizains’ 21, 32, 48 et 62)
Mais ils n’en sont pas là, direz-vous; mais leur rage
Persévère… Eh! qu’importe? En dépit de l’outrage,
Tout veut qu’en vos pardons vous les enveloppiez.
L’insulte. souffrez-la. Si la règle est austère,
Faut-il qu’en faibles cœurs vous vous y dérobiez?
Fût-ce à ce titre de jeûne, apprenez à vous taire;
Endurez. Voulez-vous un exemple? La terre
Supporte et nourrit ceux qui la foulent aux pieds. (Courals du dizain 16)
Voilà comme aux affronts répond une âme pure.
Mais quand vous secourrez jusqu’à votre rival
Et rendez le bien pour le mal,
Gardez de laisser voir votre antique blessure
A tels qu’un mot clément pourrait humilier.
Il est beau, j’en conviens, de pardonner l’injure:
Il est plus beau de l’oublier. (Courals des dizains 16, 21, 32 et 61)
P.G.Demast, Maximes trad. Des Courals de Tirou-vallouvar, Nancy,1854
(3) Remarquons que, pour les rendre plus agréables en français, l’auteur a rendu le sens profond des Courals en vers propres à lui et en mélangeant les distiques similaires aux différents ‘dizains’ de l’œuvre (le TiroukouRaL comporte 1330 distiques divisés 133 ‘dizains’).
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Visite de Nehru au Collège français நேருவின் பிரெஞ்சுக் கல்லூரி வருகை
En 1955, quelques mois après le transfert de facto des Comptoirs de l’Inde française à l’Union indienne, Nehru fit une visite officielle à Pondichéry. Il fut accueilli dignement à la Mairie de Pondichéry, avec un discours de circonstance par Edouard Goubert devenu récemment grand patriote(1). Nehru visita l’Institut Français que Jean Filliozat avait réussi à fonder après ses discus- sions à Delhi avec lui sur 1 ‘effort de préservation de la culture française précisément. Il se rendit également à l’âshram d’Aurobindo se recueillir sur sa tombe (ce dernier était décédé le 5/12/1950). Il visita aussi le Collège français, avant d’aller faire son discours sur le terre-plein de Delarche- peth (devenu aujourd’hui Law(s)pet).
La photo ci-contre fut prise à cette occasion. Elle est bien connue, car elle figure sur le fascicule retraçant l’histoire du Collège français devenu Ly-| cée français. Nous avons voulu préciser les noms des professeurs que M.Grangié, Proviseur de l’époque, présentait à Jawaharlâl Nehru ce jour-là.
A l’arrière-plan à gauche, se trouvent Gobin(?) et Rayer (que nous avons eu, en 1946, comme maître en 10°", à l’école primaire). Tout à droite de la photo malgré l’alignement, on reconnaît, de profil, les professeurs de secondaire suivants: Amalor Arago, Emmanuel Adicéam, Dourthe(2), Pri- gent, Pierre Bornecque et Jacques Depuis. Les ayant eus comme professeurs en 4 3ème et 2nde, nous souhaitions partager ces bons souvenirs avec les Franco-pondichériens de l’époque et leur famille vivant aujourd’hui de par le monde.
Vestiges de la Mairie de Pondichéry uysié6sf “மேரியின் பழஞ்சுவடுகள்
Dans la LCCP ௩௦.87 de mars ME MILCER AND. யர ஈபலயா ௦௦ பரவை நகரி ௪ 7 S’LEYCUES. “Ar SOENT DU CONSEN MINISTRE DCS AFFAIRES CIRANCERLE 2015, nous avions publié quelques | tasse? sanaaur வ ச 14 12 . 04 MLOUISCERBINIS . COUVERNEUR DES clichés montrant l’état inquiétant 0௦1 வை வவட mure :
RÉ DES COLQNIES CTABLISSEMENTS FRANCAIS DANS L’INDE LE
us ர 4 ர A 2 AQUE À ETE APPOSLE À L’MOTEL VILLE DE PONDICHERT POUR la Mairie de Pondichéry, ignorant à M: வல்லவ 0e LA ronoanon pe LA உவவலய 16 ! ! 1 - || En Pacsewce ou CHEF DE LA COLONIE,0Es CORPS ELUS.pcs AUTORTES l’époque qu’elle s’effondrerait mal Brenda
heureusement, l’année suivante. don VIVE LA FRANCE!
ட. VIVE LA REPUBLIQUE ல்
Au rez-de-chaussée se trou- vaient tous les services d’Etat civil à ouverts au public(3). Le premier étage était réservé aux manifestations cul-
=” turelles et grandes réceptions officielles ; c’est 1& d’ailleurs que fut reçu Ne- hru. On y accédait par un grand escalier longeant le mur côté sud. C’est dans cette grande salle qu’à l’époque française, on organisait notamment des bals publics pour le 14 juillet. N’y participaient alors que les “Blancs” et les Créoles, les Tamouls locaux ne connaissant pas la danse occidentale (sauf certains qui avaient été soldats dans l’armée française).
En descendant par cet escalier, on pouvait voir, sur le mur côté est, deux tableaux d’inscrip- tion en marbre incrustés que nous partageons ci-dessus (merci à notre ami Vengada Soupraya Nâ- yagar qui, par ailleurs, œuvre beaucoup aux échanges culturels Français-Tamij, en publiant des traductions tamoules des romans et essais français). Nous espérons que, lorsque la Mairie sera re- construite à l’identique, ces précieux témoignages historiques auront été conservés et y trouveront
leur place. M. Gobalakichenane
(2) Créole, né d’un père créole et tous les deux de ‘basse 08516”, pour faire oublier cette origine (le mot ‘paria’ devenu trop péjoratif) et parlant mal la langue tamije, il avait ajouté à son nom, en 1954, le qualificatif ‘pillai” plus noble et devenu E.G.Pillai (cf. LCCP no.23,p.4,note)
(2) Visage caché, ce Guadeloupéen a vécu longtemps à Pondichéry et vu passer ainsi de très nombreuses générations d’étudiants. Après la retraite, il était rentré chez lui, mais ne s’y sentant plus bien après tant d’années, était revenu résider, jusqu’à sa mort, dans sa maison de Pondichéry située au croisement de la rue Surcouf et de la rue Suffren - entrée regardant l’est, en face de l’actuel ‘State Bank of India’ - défigurée maintenant. (3) Naissance, mariage, décès, renonciation (cf. LCCP no.36,p.4)
Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur :
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