Lettre du CCP n° 104
Sommaire
- — Dans notre pays
- — Gabriel Jouveau Dubreuil (1885-1945) et ses œuvres, selon Paul Du Breuil
- — Le 26 janvier, jour d’Indépendance et/ou de la République
Numéro 104 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Juin 2019.
No.104
Juin 2019
Lettre du CERCLE CULTUREL DES PONDICHERIENS
அரசன் இல்லாத நாடு
புதுச்சேரியர் கலை மன்ற
அச்சில்லாத தேர் Organe de Liaison des
Ressortissants de l’Inde ex- française : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon
(et Chandernagor)
மடல
Rédaction: M.Gobalakichenane 22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France Email : ggobal@yahoo.com
Un cri de colère d’Irâ Tiroumourougane
Nous avons évoqué déjà l’importance de la l’indépendance le 15 août 1947, ce problème se pose இ ௦11” correspondant au croissant indo-gangétique | problème à ce sujet. Mais, c’en est un dans les Etats du sud aux langues plus anciennes que le hindi et le Bengale qui possède une littérature beaucoup plus riche.
Lors de la tentative d’imposition du hindi en 1939 comme langue nationale, de nombreuses manifestations avaient fait reculer le gouvernement. En 1956, Nehru avait déclaré solennellement que le hindi ne serait imposé en aucun cas. Plus tard, après sa mort, lorsque l’imposition fut de nouveau à l’ordre du jour en 1965, tout le Tamilnadu
‘fut vent debout, et même C.Râjagôpâlâchâri l’ex-gouverneur général qui avait pourtant été en faveur du hindi en 1939.
இரா.திருமுருகனின் கோபக்குரல் langue maternelle (cf. LCCP 1௦.67). Et depuis de façon aigue en Union indienne. Pour le ‘Hindi situé au nord des Monts Vindhya, il n’y a aucun
எங்கள் நாட்டில் நல்லதமிழ் மணமறியாக் கழுதை தன்னை நடுவணர சரியணையில் அமர வைப்போம்! பல்லிளித்து நக்குகின்ற சொறிநாய் தன்னைப் பகர் ‘ஞான பீடமதில் ஏற்றி வைப்போம்! தில்லுமுல்லு செய்வதில் சிறந்து நிற்கும் திருடர்களை அரசாளத் தேர்ந் தெடுப்போம்! கல்விதனைப் பாழாக்கும் ஆட்சி யைப்போய்க்
‘காமராசர் ஆட்சி என்று கதைப்போம் நாங்கள்!
திருவள்ளு வன்சிலையைத் திறக்க ஒட்டான், சிறிதளவும் நீர் உதவான், அவனை நாங்கள் ‘திருவிடத்துத் தம்பி என்போம்! அவன்முன் னேறத் திராவிடர் முன்னேற்றக் கழகம் வைப்போம்! ஒருதமிழும் அறியானை முத்தமிழ்க்கும் உறைவிடமாம் இவன் என்போம், பசுத்தோல் போர்த்துக் கண்கண்ட கடவுளென்போம் எங்கள் நாட்டில்!
இரா;திரமுருகஷ் (1929-2009) தெளிதமிழ் 17-7-2005, புதுச்சேரி
Cercle Culturel des Pondichériens Lettre No 104
M.Gobalakichenane Dans notre pays
Sur le trône du gouvernement central, nous installons un âne ignorant la beauté du tamoul!
Sur le célèbre ‘gnâna pfDam’, nous plaçons un chien galeux se léchant les babines!
Pour gouverner, nous choisissons des voleurs magouilleurs!
Et nous appelons « Gouvernance de Kâmarâs- sat (1)» Un gouvernement qui ruine l’éducation!
Lui qui refuse la statue de TiruvaLLuvar (2, Qui ne daigne pas nous accorder de l’eau ௫, Nous l’appelons ‘Petit frère du DrâviDam’ ஐ!
Pour qu’il progresse, nous fondons une ‘Associ- ation progressiste DrâviDa”
Chez lui, nous installons l’Institut de recherche du beau « triple » tamoul (), Alors qu’il ignore totalement même un seul.
Ceint d’une peau de vache, c’est Notre dieu vivant, clame-t-on dans notre pays!
Irâ. Tirumurugane, Télitamij,17-7-2005 (trad.Câvéry Ostyn)
டி Ministre en Chef (1954-1963) qui avait institué le premier l’instruction obligatoire et gratuite.
(2) L’Institut était alors localisé dans l’Etat voisin du Karnataka qui
interdisait cette statue, refusait la part d’eau décidée par la Cour
Suprême et faisait partie du Sud dravidien aux quatre Etats importants.
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Gabriel Jouveau Dubreuil (1885-1945) et ses œuvres, selon Paul Du Breuil
Né à Saïgon en 1885, fils d’un médecin de la Marine et d’une créole des Antilles, 11 était issu d’une ancienne famille d’outre-mer dont sa branche avait soudé la particule (Les Jouveau Du Breuil -Saint Domingue, Antilles et Maryland- dont la branche aînée compte comme ascendant maternel un Officier du Comte de Rochambeau pendant la campagne d’ Amérique 1781-1783).
L’Auteur républicain de l’Origine exotique des principes de la Révolution (1940) avait aussi pour parents des planteurs qui avaient aidé la campagne abolitionniste (1848), bien qu’il fût aussi proche cousin des bonapartistes De Granier de Cassagnac. Libéral et tôt rallié à la France Libre, il n’en revendiquait pas moins sa descendance exotique des médecins et princes arabes d”’A’Areth, fondateurs de la ville de Bassorah.
Ses premières découvertes furent publiées sous le titre de sa thèse Archéologie du Sud de l’Inde (in « Annales du Musée Guimet », Paul Geuthner, 1914). Et dès 1917, Jouveau Dubreuil révélait l’art et l’histoire des anciens et mystérieux Pallavas.
Son œuvre, d’une densité et d’une rare originalité, fut qualifiée par Jean Filliozat « d’œuvre si pleine d’ardeur et d’une activité si entraînante pour beaucoup d’autres ». Et le grand historien de l’Inde, Nilakanta Sastri, écrivit qu’il avait toujours représenté la France pour lui et tout ce qu’il y a de meilleur dans ce| SOLEILS D’ORIENT grand pays ». Son œuvre fut surtout une recherche de terrain : « Je suis allé, j’ai vu, j’ai constaté ». De son expression favorite : » Il faut aller jusqu’au roc », il avait fait sa devise, qu’il s’agisse de recherches archéologiques au Deccan, en Inde britannique, ou de travaux concentrés à Pondichéry, quand les autorités anglaises lui interdirent de fouiller sur leur territoire. Or, sans les aides financières des archéologues anglais, ce professeur du Collège français de Pondichéry
défricha plus en trois ans que ne l’avait fait la mission anglo-indienne. C’est que
son enthousiasme n’avait d’égal que la meilleure érudition, celle que nourrit également Paul Lévy qui le connut bien, sur laquelle on peut bâtir parce qu’elle est la première source, notée avant les textes, voire les confirmant ou les infirmant, mais toujours au profit d’une science vivante et créatrice. Les dons qu’il fit aux musées parisiens de meubles de l’époque de Dupleix et de son drapeau montrent que son idéal ne se bornait pas à l’archéologie, discipline qui resta toutefois 1௦ centre d’intérêt de sa vie : « C’est l’amour de la cité, écrivait-il, qui suggère l’hypothèse archéologique ». Recherche directe, donc, qu’elle soir archéologique ou ethnologique. De celle que j’ai eu la joie de vivre en participant à des cérémonies interdites aux profanes, en Afrique noire, en Iran, en Inde ; expérience qui me permet de vibrer d’intérêt quand j’écoute Paul Lévy relater ses extraordinaires participations aux fêtes et cérémonies initiatiques des peuples du Laos et du Nord Vietnam. Malgré une vocation toute tournée vers le monde indien, dravidien, védique, l’attrait de Jouveau Dubreuil pour le bouddhisme fut aussi certain que celui de l’auteur de The Date of Kanishka (Bombay, 1923), espérait pouvoir vouer au monde scytho-irano-indien.
Note: de formation latiniste, G.Jouveau Dubreuil était devenu indianiste sans avoir pu approfondir l’étude du monde intermédiaire, indo-européen, ancien iranien, dont 1l ressentait pourtant l’attrait. Cet érudit du Collège français de Pondichéry (maintenant Lycée français) qui enseignait fous les programmes du baccalauréat, de l’anglais aux mathématiques, n’a pas connu le pont culturel indo-iranien, d’où l’isolement de certaines de ses conclusions (cf. Borobudur de Paul Mus, et sur les origines des Pallavas). En revanche, ses recherches fondamentales sur l’archéologie du sud de l’Inde attendent encore une réédition réclamée par les spécialistes indiens et français. On sait que son ami de Pondichéry P.Pattabiramin (cf.LCCP ௩௦.86) a longtemps poursuivi ses travaux. G. Jouveau Dubreuil est mort trop jeune, frappé d’une maladie incurable à 60 ans (14-07-1945) à Paris. De vieux amis, des chercheurs et même des guides indiens pour touristes honorent encore sa mémoire sur place.
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C’est par un curieux hasard que Jouveau Dubreuil rencontra la culture iranienne quand, en 1924, Alfred Foucher tentait de retrouver dans la vallée de Kaboul le site de l’antique Kapiçi, dont s’était emparé Cyrus. Sylvain Lévi et la commission du Ministère de l’Education nationale firent appel à l’archéologue pondichérien pour « donner l’élan nécessaire à leur prospection ». En fait, travailler sur les sites afghans était pour lui un vieux rêve, car, dès 1914, il avait sollicité d’aller au Laghman pour y étudier les grottes bouddhiques. Le projet échoua par la révolution qui survint peu après son arrivée, mais le directeur de l’E.F.E.O. rendit hommage au travail ébauché en Afghanis- tan par le chercheur pondichérien dont la D.A.F.A. avait eu le temps d’apprécier une participation bien significative de l’éclectisme scientifique du savant indianiste.
Paul du Breuil, Soleils d’Orient, 1987 Le 26 janvier, jour d’Indépendance et/ou de la République
Déjà, pour Pondichéry et les comptoirs français, nous avons trois dates à retenir pour leur rattachement à l’Union indienne : le 1er novembre 1954 pour le transfert de facto, le 26 mai 1956 pour la signature du traité de cession et le 16 août 1962 pour le transfert de jure.)
En ce qui concerne les Indes britanniques, il existe également plusieurs dates historiques à retenir. Alors que les couleurs britanniques sont descendues et le drapeau indien hissé le 15 août 1947 (le Pakistan avait eu son indépendance un jour plus tôt, alors même que ses frontières n’étaient pas encore bien fixées), la rédaction de la constitution de l’Union indienne par l’Assem- blée constituante fut terminée en novembre 1949. Et la proclamation de la République de l’Union indienne fut fixée au 26 janvier 1950. Pourquoi?
Rappelons que /2 lundi 26 janvier 1948, soit quelques jours avant son as- sassinat, Gandhi disait déjà : ‘Ce jour de 26 janvier est le Jour d’Indépendance de l’Inde. Cette célébration était appropriée lorsque nous nous battions pour l’Indépendance; en ce temps, alors nous ne l’avions pas et nous ne la vivions pas. Maintenant que nous l’avons et la vivons, nous semblons avoir eu une désillu-| sion. Du moins, moi, j’ai eu cette désillusion. En effet, qu’est-ce que nous célé- brons aujourd’hui? Nous devrions célébrer l’espoir que le pire est passé et que nous sommes sur le chemin de montrer au plus pauvre des villageois que cela signifie la fin de son état de serf et qu’il n’est plus un esclave, né pour servir les | villes de l’Inde, mais qu’il devrait considérer les habitants des villes comme clients pour les produits finis sortant de son labeur. Il est le sel de la terre in- 01௦0௦.”
Mahatma Gandhi The last 200 days, p.474
Pour comprendre chronologiquement ces paroles de Gandhi en 1948 et ce choix de date de proclamation, il faut remonter à l’histoire des premières actions du Congrès indien. Ce parti, fondé en 1885 par un petit groupe de Britanniques éclairés et d’Indiens riches éduqués à l’anglaise, ne demande d’abord qu’une participation des autochtones dans l’administration. Gandhi, fort de ses expériences de mouvement satyagraha en Afrique du sud arrive en 1915 en Inde et commence à faire du Congrès un parti moins élitiste, avec les mêmes buts minimalistes d’alors.
Ce parti du Congrès indien tenait une session annuelle pour ses élections internes et pour concevoir et organiser les actions futures selon les résolutions prises. D’ailleurs le Congrès de Su- rat en 1907 vit la participation de Bâradiyâr et de ses amis tamouls.
La session annuelle de 1930 eut lieu le 26 janvier à Lahore et c’est alors que fut adoptée la résolution de demander pour la première fois l’indépendance totale de l’Inde. Depuis cette année, on célèbre annuellement le ‘Jour d’indépendance’ à cette date.
Par la suite, ce 26 janvier Jour d’indépendance est devenu Jour de la République.
M.Gobalakichenane
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Maurice-Pondichéry-Réunion : Trois territoires français, trois destins différents
மோர்சு-புதுச்சேரி- ரெயூனியோம் : மூன்று பிரெஞ்சு நிலங்கள், மூன்று வேறு விதிகள்
Dans l’Océan indien, la France possédait au 18ème siècle trois territoires : Pondichéry (l’un des cinq Comptoirs français), l’île Maurice (appelée alors Ile de France) et la Réunion (Ile Bourbon). Ces deux der- nières, étaient des îles inhabitées. Elles servaient surtout comme points de passage pour les vaisseaux arri- vant de Lorient -anciennement L’Orient- et Saint-Malo et se rendant à 18 côte de Coromandel, car les Fran- çais venaient d’obtenir l’autorisation d’y ériger des dépôts de textiles.
En 1735, à Bourbon la population était de quelques milliers et à l’Ile de France un millier, alors que le Comptoir de Pondichéry était peuplé d’une cen- taine de milliers, d’où sa prééminence et son rôle de capitale économique et po- litique des Établissements français dans l’Océan indien, intervenant naturelle- ment dans les affaires des Iles Mascareignes.
L’Ile de France avait été occupée par la France depuis 1721, après le dé- part des Hollandais. Et les habitants des deux Iles venaient principalement de la Bretagne, de Madagascar et de la côte de Coromandel.
Lors de la guerre de Sept ans (1756-1763), les Anglais (de Madras) occu- pèrent Pondichéry en janvier 1761 et rasèrent la ville fortifiée. La France perdit Courie ] ainsi le Canada et l’Inde au traité de Paris de 1763. A partir de 1765 Pondichéry La Réunion fut reconstruite et son économie développée sous Jean Law de Lauriston (1765-
- et Bellecombe (1777-1778). Mais, la France ayant choisi d’aider les Etats d’ Amérique révoltés contre l’Angleterre pendant la guerre d’Indépendance, Pondichéry fut réoccupée en octobre 1778, malgré la ‘vaillante défense de Bellecombe” et dut subir l’occupation anglaise jusqu’en 1785.
Cependant, la Cour de Versailles décida de transférer la capitale des Établissements français dans l’Océan indien à Port-Louis (Ile de France). Sous la Révolution, Pondichéry fut occupée une troisième fois, en août 1793 (Napoléon, grand conquérant en Europe continentale, manquait d’amiraux du calibre de Suffren) et resta anglaise jusqu’en 1815. Les Anglais poursuivirent leur politique de protection des Indes récemment acquises. Ayant déjà conquis Malte, l’Egypte et Aden au Nord-ouest de l’Océan indien, ils réus- sirent à occuper en 1810 les deux Iles dans le Sud-ouest de l’Océan avec leur flotte puissante.
En 1816, selon les décisions du Congrès de Vienne, la Réunion fut rendue à la France, de même que les Comptoirs français en Inde occupés par les Anglais. Mais, l’Ile de France resta anglaise en reprenant l’ancien nom hollandais de Maurice. Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, Maurice vit arriver massi- vement des Indiens du nord, via Calcutta et Bombay. Après 158 ans d’administration britannique, cette ‘Etoile de l’Océan indien’ devint indépendante en 1968. Ces appartenances successives expliquent que, même si l’anglais en reste aujourd’hui la langue administrative, le français est la langue courante parlée par la population locale, au même titre que le créole.
Le Comptoir de Pondichéry est constitué lui-même d’une douzaine de petites enclaves terrestres. Difficile à administrer de ce fait, il fut un sujet d’échange contre Maurice sous la Restauration, sans résultat (cf.LCCP ௩௦.30). 4 Après la Seconde Guerre Mondiale, /a loi de départementalisation du 19 mars 1946 qui fit de la Réunion, la Guadeloupe, la Martinique des départements ட.
ES
Sri Lanka
omalie
Pondicherry
français, omit les Comptoirs de l’Inde, pourtant peuplés alors de plus de 250
000 habitants (plus que ces nouveaux départements et la Corse). Ils furent alors
considérés comme liés au sort de l’Indochine française. Suite à la défaite de Ts Dien-Bien-Phu et les accords de Genève en 1954, ‘Pondichéry’ devint une ெ pièce de l’échiquier international (cf. LCCP ௩௦.81). Après un simulacre de con-
sultation, les quatre Comptoirs furent cédés - et non ‘rétrocédés’ - à l’Union
indienne, par le traité signé le 28 mai 1956 et ratifié le 16 août 1962.
A Pondichéry, on note une forte anglicisation, malgré une petite visibilité de la francophonie, réguliè- rement rappelée dans les médias. A la Réunion, le français est la langue administrative comme dans l’Hexa- gone et le créole la langue populaire, tout comme à Maurice dont la langue administrative est l’anglais. Mais, même si leur destin a divergé à partir de 1810, les populations arrivées là-bas du Sud de l’Inde depuis le début du 18ème s. font aujourd’hui que /a langue tamoule (tamil ou plutôt tamij) demeure l’unique trait d’union actuel entre ces trois territoires.
M. Gobalakichenane
Les articles de La Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens (archivage depuis le No.3) sont sur : http: //www.puduchery.org Toute reproduction doit être accompagnée de la citation de la source
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