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CCP

Cercle Culturel des Pondichériens

Histoire, culture et patrimoine des anciens comptoirs français de l'Inde

Lettre du CCP n° 100

Juin 2018

Sommaire

  • — Déjeuner du matin
  • — Ou.Vé.Sâ, le grand-père du Tamoul ‘Tamijt Tâttâ’ (1855-1942)
  • — Le 100ème numéro de LCCP, 25 ans après
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Numéro 100 de la Lettre du Cercle Culturel des Pondichériens — Juin 2018.

Lettre du ISSN 1273-1048 CERCLE CULTUREL DES கல்வி இல்லாச்‌ PONDICHERIENS No ப்‌ 1 00

செல்வம்‌ Juin 2018 சலவம்‌ ர்‌ ட ன்‌ னு புது ச்சேரியர்‌ கலை ம வற Organe de Liaison des கற்பில்லா அழகு Ressortissants de l’Inde ex- LOL_6Ù française : Pondichéry, , . . Karikal, Mahé, Yanaon Rédaction: M.Gobalakichenane (et Chandernagor)

22 Villa Boissière, 91400 Orsay, France Email : ggobal@yahoo.com

Un poème de Jacques Prévert - ழாக்‌ பிரெவேரின்‌ பா Pour ce numéro spécial qui marque la 100” édition de notre LCCP, nous avons choisi de partager la version tamoule d’un célèbre poème de Prévert. Cette traduction est due à V. Srirâm, ex-Président de l’Alliance Française de Madras - actuelle Chennai- qui avait aussi publié la version tamoule du Petit Prince de Saint-Exupéry, avec Ch. Madanacalliyany de Pondichéry. Vous pouvez retrouver d’autres traductions de poèmes français dans les numéros antérieurs de LCCP. Et nous vous invitons chaleureusement à nous soumettre vos contributions similaires: poèmes ou textes avec traduction franco

-tamoule.

Déjeuner du matin

Il a mis le café

Dans la tasse

Il a mis le lait

Dans la tasse de café Il a mis le sucre Dans le café au lait Avec la petite cuiller Il a tourné

Il a bu le café au lait Et il a reposé la tasse Sans me parler

Il a allumé

Une cigarette

Il a fait des ronds Avec la fumée

Il a mis les cendres Dans le cendrier Sans me parler

Sans me regarder

Il s’est levé

Il a mis

Son chapeau sur sa tête Il a mis son manteau de pluie Parce qu’il pleuvait Et il est parti

Sous la pluie

Sans une parole

Sans me regarder

Et moi j’ai pris

Ma tête dans ma main Et j’ai pleuré.

Jacques Prévert, 1946

M. Gobalakichenane காலைச்‌ சிற்றுண்டி

காப்பியை ஊற்றினான்‌ கோப்பையில்‌ பாலை ஊற்றினான்‌ கோப்பைக்‌ காப்பியில்‌ சர்க்கரையைப்‌ போட்டான்‌ பால்‌ கலந்த காப்பியில்‌ சிறிய ஸ்பூனினால்‌ கலக்கினான்‌ பால்‌ கலந்த காப்பியைக்‌ குடித்தான்‌ கோப்பையைக்‌ கீழே வைத்தான்‌ என்னைப்‌ பாராமலேயே ஒரு சிகரெட்டைப்‌ பற்றவைத்தான்‌ புகையை வனையங்களாக விட்டான்‌ சாம்பலைத்‌ தட்டினான்‌ சாம்பல்‌ கிண்ணத்தில்‌ என்னிடம்‌ பேசாமலேயே என்னைப்‌ பாராமலேயே எழுந்தான்‌ தொப்பியை அணிந்தான்‌ மழை பெய்துகொண்டிருந்ததால்‌ மழைக்கோட்டை அணிந்துகொண்டான்‌ பிறகு புறப்பட்டுவிட்டான்‌ மழையிலேயே ஒரு பேச்சுமின்றி என்னைப்‌ பாராமலேயே நானோ என்‌ தலையைக்‌ கைகளில்‌ ஏந்தி அழுதேன்‌.

மாச்‌ பின்வேர்‌ 1946 (தமிழில்‌ : வெ.சிரீராம்‌-நன்றி கிரியா, அலியான்ஸ்‌ பிரான்சேஸ்‌)

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Ou.Vé.Si, le grand-père du Tamoul ‘Tamijt Tâttà’ (1855-1942) தமிழ்த்‌ தாத்தா உ.வே.சா (1855-1942)

Les premiers indianistes britanniques William Jones et Thomas Colebrooke croyaient que toutes les langues du sous-continent indien dérivaient du sanskrit et leurs racines se rapprochant des langues européennes les conduisirent à la définition du groupe linguistique global indo- européen. Cependant, quelques décennies plus tard, leur compatriote F.W Ellis qui étudia le tamoul et le télougou, trouva que les langues du sud n’appartenaient pas à ce groupe indo- européen mais constituaient un groupe linguistique distinct dravidien. Sa théorie fut confirmée et développée au XIXème siècle par R.Caldwell ; d’où la distinction faite par Thomas Trautmann, entre l’Orientalisme de Madras et l’Orientalisme de Calcutta. L’idée du groupe dravidien distinct fut également reprise et étayée par le linguiste français Edouard Ariel (1818-1854).

Depuis longtemps, ce qui a rendu difficile l’accès et la conservation des écrits tamouls c’est le fait que, jusqu’au XIXème siècle, ils se transmettaient sur un support organique fragile : les

feuilles de palmier appelés ôlaïs (ஓலை). Bien que ceux-ci aient été recopiés périodiquement pour être transmis, ils étaient très sensibles à l’humidité et à la chaleur tropicales, et partaient facilement en poussière, mangés par les termites. Par ailleurs, le cuir n’a pas été utilisé comme support -comme le faisaient les Musulmans- car c’était considéré comme impur par les Tamouls hindous qui suivaient les normes brahmanes. Ce qui a aussi desservi malheureusement la conservation des œuvres majeures tamoules.

Par ailleurs, historiquement, même si l’imprimerie a été introduite par les Européens en Inde, elle était utilisée au début exclusivement pour la propagande chrétienne. Et la publication des œuvres en Olaïs restait interdite jusqu’en 1835.

De ce fait, quand on parle de la littérature tamoule, les premiers éditeurs sont tardifs : Arumuga Nâvalar et C.V.Tâmôdarampillai, tous les deux originaires de Jaffna à Ceylan, qui faisait alors partie de l’Empire Britannique des Indes. Après ces deux érudits, la troisième étoile à briller en ce domaine fut Ou.Vé.Sâminâdaiyer, originaire de Kumbakônam dans le Pays Tamoul, et appelé par ses initiales Ou.Vé.Sä. (உ.வே.சா), ou encore surnommé affecteusement Tamijt 78174

(தமிழ்த்‌ தாத்தா), le grand-père du tamoul.

Fils de Vengada Soubbaiyer et de Saraswadi Yammâl, il naquit le 19 février 1855 à

Outtamadânapouram (உத்தமதானபுரம்‌), d’où son appellation anglaise usuelle de U.V.Sâminädaiyer, sans nom de famille (cf. explications dans LCCP n°42). En français on le transcrivit avec les syllabes tamoules : Ou.Vé.Si.

Son instruction commença avec son père et dans une fhinnai pallikkoüdam (திண்ணை

பள்ளிக்கூடம்‌), un école ouverte traditionnelle : ses précepteurs lui expliquaient et commentaient les œuvres tamoules existantes de l’époque. Son père souhaitait initialement que Ou.Vé.Sâ devienne un grand musicien, mais constatant son vif intérêt et son talent manifeste pour la langue tamoule, il se ravisa et confia son éducation à des lettrés tamouls, n’hésitant pas à changer de lieu de résidence pour cela.

Ainsi son père l’emmena chez un poète et savant reconnu dans tout le Pays Tamoul, qui

s’appelait Mînatchi Sundaram Pillai (MSP) et qui dispensait également des cours particuliers à des élèves choisis.

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Ainsi en avril 1870, à l’âge de 15 ans, Ou.Vé.Sâ devint l’élève de MSP et résida chez son maître à Mâyavaram. Il étudia et apprit tout ce qui était possible à ses côtés, jusqu’à la disparition de son maître en février 1876. Sur cette période, il eut aussi la chance de côtoyer le grand lettré Supramaniya Desigar (SD), chef du Tiruvävaduturai matam, ainsi que d’autres savants et artistes éminents. Ses liens avec SD furent étroits. Tout en étant élève, 11 donnait aussi des leçons à des élèves plus jeunes, ce qui lui permit de maîtriser parfaitement plusieurs œuvres.

Il fut ensuite recommandé par Tiyâgarâja Chettiyär, ancien élève de MSP et professeur au Collège de Kum- bakônam, pour reprendre le poste de ce dernier.

A l’époque dans les écoles, c’était l’enseignement de l’anglais qui prévalait et les professeurs de tamoul étaient peu reconnus et mal payés par rapport à leurs col- lègues des autres disciplines. Cependant, la méthodologie originale de Ou.Vé. 5& et sa passion communicative pour la langue tamoule attirèrent de nombreux élèves et 11 de- vint très célèbre.

Sa rencontre avec Râmassamy Mudaliyâr (RM) de Salem, haut-fonctionnaire judiciaire Munsif de Kumbakô- nam, fut un tournant décisif dans sa vie : en effet ce der- nier lui demanda d’étudier et enseigner l’ancien texte de

Sindâämany(8smos). Et pour cela, Ou.Vé.Sâ eut à tra- vailler intensément, faisant des recherches pour élucider les points obscurs et bien comprendre le texte ; quand la compréhension du contexte de l’œuvre le nécessitait, 11 alla notamment se renseigner auprès des familles jaïnes de la région. Aïnsi, de plus en plus attiré par la puissance poétique de cette œuvre, il eut envie d’en publier une édition critique, en comparant plusieurs copies qu’il put trouver en cherchant dans tous les coins du Tamilnâdu.

Dans le même élan, 11 publia les œuvres anciennes de PattuppâTTu, Silappadigäram, MaNi- mégalaï qui permirent ensuite aux chercheurs de plonger dans le passé littéraire tamoul et de dé- couvrir des trésors totalement ignorés jusqu’alors. Parmi les anthologies qui constituent le ETTut- togai, il publia également le AïnguRunuRu, PadiRRuppattu, ParipäDal, PuRanänuRu ; auxquelles on peut ajouter plus tard d’autres œuvres comme le Perungadai, PuRapporuL Venbâ Mälai, Nan- nûl et d’autres nombreuses publications.

Dans sa méthodologie, il avait pour habitude de donner les commentaires anciens en indiquant leurs au- teurs, pour les comparer et choisir la meilleure interpréta- tion. Par ailleurs, quand 11 ne connaissait pas les points de contexte relatifs au bouddhisme de certains textes, il cher- à chait à se documenter au mieux en croisant les informa- tions contenues dans d’autres œuvres et en questionnant d’autres personnes. Ainsi, il publia le résumé du MaNimé- galaï, de UdayaNan et du Buddhadharma, textes à conte- nus liés au bouddhisme.

Par ailleurs, 11 collecta également les œuvres de son

maître MSP et les publia regroupées en anthologie. Bibliothèque Ou. Vé.Sä. à Chennaï

En 1903, il devint Professeur de tamoul au College of Madras, où il travailla 16 ans avant de prendre sa retraite en 1919. Mais ensuite, par passion, il continua à enseigner le tamoul à ceux qui le sollicitaient et à publier des éditions critiques comme avant. De 1923 à 1927, il enseigna également au Collège tamoul Minâtchi, fondé par Râja An- nâmalai Chettiyâr.

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Puis 11 se mit à rédiger, dans un style simple et accessible, ses propres expériences dans des magazines tels que KalaïmagaL. Il raconta également les liens prolifiques qu’il avait tissés avec des lettrés comme Tiyâgarâja Chettiyâr, Gobâlakrishna Bâradiyâr, Vaithiyanâdaiyer, Krishnaiyer, en mentionnant leurs apports à ses études et recherches. Après lui, d’autres suivirent aussi sa méthode pour publier des éditions critiques, comme Pinnattûr Nârâyanaswâmyaiyer ou E.V.Anandarâmaiyer.

En 1906, le Gouvernement de Madras lui décerna le titre de Mahämahôbâttiyäya ; d’autres institutions l’honorèrent également. Et en 1932, l’Université de Madras lui décerna le titre de Doc- teur Honoris Causa. En 1935, le 6 mars, pour ses 80 ans, le Pays Tamoul célébra son anniversaire en grande pompe. Et même à cet âge, Ou.Vé.Säâ. publia encore le commentaire de Kuruntogaï.

A la demande de plusieurs admirateurs, il relata ses souvenirs dans la revue AÂnandavigadane sous le titre En sarittiram (mon histoire). Cette série de 122 articles, débutée en 1940, constitua plus tard, une fois regroupée, une publication autobiographique.

Toutefois, lors de la seconde guerre mondiale, 11 dut quitter Madras pour s’installer avec sa

famille à ThirukkajukunRam (திருக்கழுகுன்றம்‌). Et c’est là qu’il décéda 16 28 avril 1942, en laissant d’innombrables trésors au peuple tamoul. M.Gobalakichenane et Câvéry Ostyn

Le 100ème numéro de LCCP, 25 ans après இருபத்தைந்து ஆண்டுகளுக்குப்‌ பிறகு, நூறாவது மடல்‌

Notre association ‘Le Cercle Culturel des Pondichériens” fut fondée en 1991. Nos premières Lettres manuscrites donnaient surtout des éclaircissements contextuels sur les événements organisés par l’association comme la fête du Pongal. Le but était d’informer les Franco-pondichériens et leurs enfants sur la langue et la culture tamoules, et les liens historiques entre la France et ses anciens Comptoirs français.

Par la suite, notre Lettre devint régulière en 1993 et commença à comporter des articles sur des thèmes plus approfondis. Ceux-ci n’ont pas de prétention académique ou universitaire, mais sont suffisamment rigoureux pour constituer une base de référence historique et susciter des re- cherches.

றாக… | En. | Quelques événements mondiaux marquants Traité d’Airla-

Pondichéry capitule après la vaillante défense de Bellecombe. Louis XVI reçoit les ambassadeurs de Tippou Sultan à Versailles.

1818 | Naissance d’Edouard Ariel à Nantes, fondateur des Etudes tamoules. Il mourra à Pondichéry, à 36 ans. | 170ans | 1848 | Victor Hugo devient député, pendant la Ilème République qui dure 4 ans et demi.

[110 ans | 1908 | Bäradiyär se réfugie à Pondichéry. 11 y resterajusqu’en 1918. [| 10085 | 1918 | Ammistice après la fin de la Grande Guerre.

1948 | Gandhi est assassiné parun intégriste hindou de Pune. Déclaration des Droits de l’homme.

[___60 ans | 1958 |

50 ans 1968 | Le Sud-Vietnam subit l’attaque de Têt. Bol Les En mars s’amorce le mouvement de mai 1968 entäche d’huile. Pnntemps de Prague. Martin Luther King et Robert Kennedy sont assassinés. Les ‘boat people’ amvent du Vietnam. 1988 | Benazir Bhutto devient Premier Ministre au Pakistan.

La France remporte la première étoile de coupe mondiale de football. [ 10 ans | 2008 | Banqueroute financière mondiale (Lehmann Brothers, etc.).

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